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Full text of "Les trois aspects du président Wilson: la neutralité, l'intervention, l ..."

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HAURRAS — ï 



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LES TROIS ASPECTS 
DU PRÉSIDENT WILSON 



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OtlVRiGES DU MÊME AUTEUR 



A LA HÉNE LlBRAïaiE 

L'Action française et la religion utbolique, 

L'Avenir de l'Intelligence, suivi de: AugutU Comte ; Le Roman- 

titme féminin; Ma4emoi*eUe Mank, ou la Génératioa des 

événement*. 
Une Campagne rdtalibtb au Ficaro. 

La DiLEHEB DE MiRC Sangnieb. Esiai tMT la démocratie religieuse. 
Enquête aoR la Honarcbib (1900-1909). 
KiEL ET Tanger. La République françaUe devant l'Europe. 

La POLITIQDB RELIGIEUSE. 

Qdand les Français ne s' aimaient pas. Chronique ifune reitais- 

lance (1895-190S). 
Si le cou» db force est possible [en coUaboralion avec H. Ddtrait- 

AltTlCLSS DE Gl'EHRE : 
La France se sauve elLe-hëhe. De Juillet à mi-Novemtre 1914. 
Le Parlement se rédnit. De mi-Novemtre 191t i /tn Août 191S. 
Ministère et PAaLBME^T. De Septembre à fin Décembre lOlB. 
La Blessure ItTËHiEURB. De Janvier d fin Mai 1916, 
Le Pipe, la gderhe et la faix. 
La Part du Combattant. 
Les Chefs socialistes pendant la guerre. 



JtAK.IiOHÉAS. Elude lillérairc. 

l'Idée de la DtcBHTRAUSAtioH. (Bnreaui de l'Atlio» frit«çaite.) 

Trois idées pm-iTifln» :Ctaf«aiitri<inif, ISichilet, Saisle-Beupe. {Clunpien.) 

ANTHiNiA. D'Athènei à ^Uireiu-e. Huuvelts édilion. {Ckampian.) 

Les Amants de Vehise. Georçt Saad et Muttel, {E. it Boccari.]' 

Un DÉRAT nodVEAC sur la RÏPDRIJQDE et la DÉCBNTRALlSATIOn, en 

collstioration avec M. Psul-Bancour, Josepb BaioAcb, Clemencesu, 
Xavier de Ricard, Varenno, CiimBRlel, etc. {SocUté protincnle H^tita.) 

Libéralisme et Libertés. Démacrtiie el peuple. {Bareaux de tAclùn 
fraHfaiie.) 

Idées rotalistes. (Bureaoi de l'Action fruiraiie.) 

L'ÉTANS DE Bebhk. (Cluimpien,) 

AiBtNBa ANTrcoE. [E. de Boccard.) 



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CHARLES. MAURRAS , 



LES 

TROIS ASPECTS 
DU PRÉSIDENT WILSON 

LA NEUTRALITÉ 
L'INTERVENTION — L'ARMISTICE 



PARIS 

NOUVELLE LIBRitlHIÉ NATIONALE 

3, PLACE DU PANTHÉON, 3 



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JUSTIFICATION 

DES ÉDITIONS^ET TIRAGES. 



La pRBUiËRB ÉDITION ds cst ouvrBgs S été faite, en décembre 1919, 
i SOO exemplaires sur Vergé teinté pur fil des Papeteries LaCuma, 
ponant en filigrane le chliTre do la Nouielle librairie Hatloagle. 



Copyright 199),. Ly Société française d'Édition et de Libi 
proprielor of Nouvelle Librairie Nationale. 



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PROLOGUE 



AUX AMÉmCAINS^DE PARIS 

Le bon chasseur qui tire au vol nra de la mé^oàe 
approximative etlènle employée dans ces notes prisgs 
au jour le jour : on y voit le tireur, le doigt sur la 
gâchette, attendre et tarder d'aboutir.- C'est qu'il ne 
cesse de se sentir partagé entre deux sentiments assez 
opposés : la ferme volonté de voir clair, de faire voir 
clair sur le persoiijiage extraordinaire jeté tout au 
travers des choses d'Europe, et la volonté non moins 
ferme de ne pas réduire les biens, de Yie pas accroître 
les maux qu'il était 'au pouvoir du nouveau venu de 
dispenser à la patrie et à l'univers. Tout dépendit de 
lui. La neutralité et l'intervention, l'armistice et la 
paix vivaient, non sans tapage, dans les sobres plis 
de son vêtement ajusté. 

Jusqu'à ces derniers temps, un (rpwième sentiment 
mesurait aussi nos paroles ; nous' devions nous 
appliquera ne jamais atteindre nos grands alliés à 
travers leur prenyier magistrat. Depuis, le peuple 
d'A7nérique semple s'être chargé de reprendre à son 
compte cette distinction. 



377485 

D.,-:..Jt,C.OOglc 



vui PROLOGUE 

De toute évidence, les bonnes relaHoru franco-amé- 
ricaines gont dans la nature des choses ; elles sont 
surtout duns l'esprit des deux peuples. En ce qui nous 
concerne, f-en appelle aux Parisiens de 1918: ils n'ou- 
blieront jamais la fête inouïe donnée cette année-là le 
Jour de l'Indépendance de l'Amérique. Pour l'enthou- 
siasme populaire et jailli de l'âme, ce 4 Juillet marqua 
une heure unique. Nous avions eu de beatLx défilés et 
d'émouvants cortèges. De nombreux Français, étran- 
gers les uns aux autres, s'étaient vus, s'étaient 
reconnus et rejoints cœur à cœur. Ils avaient acclamé' 
beaucoup d'Alliés et d'omis, les uns puissants, les 
autres vaincus et spoliés. Jamais Paris ne s'était levé 
de la sorte, entier, comme un sévi être, aveo ce clair 
visage de confiance, de remercieTneni et d'espoir. 

A quelle minute tragique! La pointe de la belle 
offensive qui devait se déclencher onze jours plus 
tard n'avait pas encore brillé. Bien peu se rendaient 
compte de l'effet décisif des mowuemenfe du général 
Mangin le 11 juin. On espérait dans un grave silence. 
Sur la molle déclivité de celte avenue du Président- 
H^iison que nous appelions autrefois l'avenue du 
Trocadéro, je vois encore Poincaré et Clemenceau, 
assis dans la même voiture, muets, inclinés i'un vers 
l'aitfre, et qui Jie s£ regardaient pas. autour d'eux 
éclatait en musique vibrante l'harmonie des nations 
alliées, envahies, menacées, non désespérées. Par 
l'attitude des deux chefs, par celle de Paris entier, 
jamais ne s'était marquée avec cette force l'indomp- 
table foi du pays. 

Jamais, non plus, les armées alliées n'awoien( été 
regardées auec de tels yeux. Certes, l'Angleterre /îgu- 



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PROLOGUE IX 

rera étemeUemeni la grande amitié de cet épisode de 
la vie nationale. Cela date du turlendemain des pre- 
mières hostilités : du jour où recommença dans les 
Flandres la lutte six fois séculaire, la lutte nécessaire 
de nos voisins. Leur amitié représente un soupir de 
satisfaction tardive, mais définitive. Ën/ïn, nous nous 
trouvions mis du même côté par la bienveillance des 
choses! Enfin,, l'estime obscure et latente pouvait 
éclater! Enfin, les àe\ix rameaux de cette race cette 
qui fait une moitié de la Grande-Bretagne comme une 
moitié de la Gaule pouvaient se joindre et s'identifier 
pareils au glaive symbolique dont Lamartine a parlé 
magnifiqitement .■ 



Frère, se disaient-ils, reeonnais-tu la lame? 
Est-ce bien là Céelair, et la trempe et le fil? 
El l'acier qu'a Jondu le même jet de flamme, 

Fibre à fibre se rejoint-il ? 

Et nous, nous vous disons: — OJlls des mêmesplages. 
Nous sommes un tronçon de ce glaive vainqueur ! 
Regardei-nout aux yeux, aux cheveux, aux visages ; 
Nous reconnaisset-vous à la trempe du cœur f 

Lorsque, à cette cérémonie. M, Lloyd George, 
reconnu, fut prié de venir prendre sa place dans te 
' grand murmure de l'ovation aux eûtes des chefs' de 
VEt'it français, tout le monde sentit un violent mou- 
vement d'allégresse physique monter du fond des 
cœurs comme un soupir de nos antiquités retrouvées / 
congénères de Galgacua et de Celtill, pelils-flls des 
fidèles du duc Guillaume et des héritiers de Rollon ! 
Qu'est-ce qui divita ? L'appréciation de lointains 



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X PROLOGUE 

intérêta complexes. Avec l'évidence éclatante de com- 
tmmauté d'intérêts simple*, profonds, prochains, 
môme immédiats, rien ne s'opposait plus aux sympa- 
thies qui naissent de ( la trempe des cœurs i. Ils se 
donnaient ainsi carrière depuis quatre an». 

Rien de plus naturel, rien qui fût m,ieux dans 
l'ordre. 

Mais auec l'Amérique, nous entrions dans ce fée- 
rique et ce merveilleux qui était plus sensible encore 
au peuple de Paris. 

Réfugiés entre un parh' de musiciens gui jouaient 
sur un terre-plein et ce peloton d'officiers, blessés, 
entre lesquels une main amie fendue à propos nous 
gara, nous pouvions suivre, sur un ^rand nombre de 
specfateurs, les états de cette vibration populaire cùnti- 
nuéc tant que dura le défilé. Xe passage de» combat- 
tants américains, d'une expression et d'une structure 
physique si variée, tous si robustes, exprimant la 
même volonté de retourner combattre et d'aller 
« gagner -la guerre > là-bas, imposait au passage des 
frémissements d'admiration et de certitude qui tour- 
naient à des explosions de reconnaissance enivrée. La 
nah'on éprouvée voyait passer et sentait vivre devant 
elle l'énergie, la puissance, le bienfait de l'ami sau- 
venr : transports de cordialité généreuse, exaltés au' 
delà de tout ce que peignent les mots. 

Mais soudainement à la vue d'une nouveauté sai- 
sissante, cet accenf changeait : en tête de la troupe 
amie, quelque chose de plus ami encore arrivait, le 
témoignage matériel et physiqve de l'intime union 
de la France et de l'Amérique; un, deuas, trois officiers 



>:,n:cjL,C00J^|i: 



PROLOGUE XI 

revêtu» de notre uniforme, commandant aux recrues 
de là-bas, témoins de l'instruction demandée et 
donnée, signes animés el vifs monuments de l'ardente 
collaboralion poursuivie. Il y nvail des Français et 
des Françaises que cette vue avait surpris et contractés 
aux profondes fibres de l'âme. On se reconnaissait,^ 
on s'honorait et l'on s'aimaitmieux de se sentir ainsi 
capable de. donner quelque chose, et de donner même 
beaucoup, lorsqu'on recevait tant et tant! Ces hommee 
de l'autre rivage sous le commandement des chefs de 
notre langue élevaient au sublime l'immense frisson 
du public. . 

On peut-dépouiller nos annales de Varrière pendant 
cet quatre rudes années : nul instant n'est à comparer 
à celui-là, et si l'afflux américain ouvrait une nouvelle 
zone de la bataille, ce retxouvellement- de l'espoir^ 
national ouui-ai( aussi une ère dans la conscience de 
la naiion. Les paroles officielles de la grave Journée 
avaient été brillamment colorées et comme diaprées 
du feu de cette double aurore. Vn discours de 
M^ le ' haut-commissaire- Tardieu/ récapitulant les 
improvisations américaines nous avait paru beau 
comme ijn conte de fée. Après lui avaient flambé 
comme un bot de punch les Américains de la Chambré 
(Je commerce de Paris : M. traiter Berry, leur pré- 
sident, lançait l'étonnante et splendide profusion de 
hautes promesses ^u'on salua gaiement comme la 
corne 'd'abondance belle et large d'où s'épandraienl, 
en pluie féconde, dollars, navires, usines, hauts 
fourneaux, produits bruts et produits fabriqués, ioules 
les réparations, toutes les restitutions que le monde el 
spécialement l'^mérigue, disait M..J^aIter Berry, 



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XII PROLOGUE 

doivent verser et par conséquent verseront au génie 
sauveur de la France. 

Esprit ingénieux et cœur magnifique, cet admi- 
rable Américain nous déclarait en propres termes : 

Mes amis de France, avant notre entrée dans la 
guerre — et nous y entrons à peine aujourd'hui — les 
Etats-Unis vous ont consenti des ajianees financières. 
Aujourd'hui, nous nous rendons compte pleinenie_ni 
que, pendant quatre ans, c'est POUR NOUS que voua 
BOUS batiiet- Alors, ces avances, jusqu'au dernier dollar, 
doivent être annulées. Pendant que cotre murcioant 
tenait ces hordes enivrées de domination universelle 
— les tenait pour nous — vos chantiers navale 
étaient .déserts, votre Jlotte marchande iombait en 
ruine. Donc, après la guerre, nous serons prêts à 
vous donner les navires nécessaires et Jous les moyens 
de reprendre pleinement votre commerce maritime. 
Puisque c'est POUR NOUS que VOS villes ont été mises 
à sac, vos arsenaux incendiés, vos usines démantelées, 
c'est à nous de vous les reconstruire. Et nous le ferons. 
Et quand nous aurons fait tout cela, nous rentrerons 
chet nous, en remerciant encore, la France d'avoir 
sauvé le monde du pangermanisme. 

Ces généreuses volontés ' étaient déjà connues de 
nous au 4 juillet 19iS, mais écrivions nous au lende- 
main de leur publication*, c'est la première.^ fois, 
semble-^l, qu'elles g'eaîpnment avec clarté et ampleur. 

l.~D&ns la même pensée, Jl faut citer Js campagne du diplo- 
mate qui signe Vigiî à VAclion française, campagne malhea- 
reiiacment unique dans notre presse, et faite en vue d'insister 
sur celle évidence que nos alliés et associés ont fait * leur 
propre guerre • sur < notre champ de balaille ». Vigîl en 
concluait dès lors sans réplique possible, que la France 
possédait d'importanlesf créances reconventionnelles» sur eux 

Z. Action francise du 5 juillet. 



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PROLOGUE xui 

« La réponse de noire cceur, » poursuivions nous, 
r doit êlre une fois déplus rexprestion d'un remer- 
ciement sans mesure. Mais cette gratitude infinie ne 
doit pas nous dispenser de penser, c'est-à-dire de 
■ juger et de mesurer... 

« Les Américains nous estimeront et nous aimeront 
mietia: de (oui Ce que notre activité personnelle, éco- 
nomique ou politique ou militaire, saura ajouter à la 
leur. Ils seront heureux de nous aider. Ils seront fiers 
de voir que nous sauong nous aider ausst. /( ne sera 
pas pour leur déplaire, j'en suis sûr, de voir ici for- 
muler noi réserves contre un esprit de quiétisme et de 
rémission qui tendrait à nous amollir. » 

Dans ces lignes, nous avions surtout en vue un 
esprit de rémission et d'abandon à la belle pensée et 
aux bonnes volontés personnelles de M. le- Prési- 
dent Wtison. Car, celui-id passait alors pour devoir 
être notre seule providence. Il était fort loin d'y songer. 
Nous favone indi-ju^ plusieurs fois, 1res discrètement. 

Est-ce pour cela qu'un journal américain alors ami 
de M. Wilson, le New Republic, a gémi cPavoir trouvé ■ 
chez nous de l'égoisme, puis un calme cynisme, puis 
des propositions barbares, an ti -sociales, inhumaines, 
et nous ne savons combien d'autres diableries? Ces 
amis de M. IVilson avaient bien tort d'écrire de tels 
mots ;. les seules barbaries, elles venaient de leur grand 
homme. Néanmoins, il est vrai que nos petites touches 
quotidiennes oboutissaient à un portrait, flatté sans 
doute mais inquiétant déjà. Bien avant son fâcheux 
point d'arrivée, il était difficile de bannir de notre 
mémoire l'impression d'un point de départ qui nous. 



u, .Mi.Cooj^lc 



XI»' PROLOGUE ■ '. 

défendait la confiance proprement dite: tes démarches 
de M. Wiison au commencement de la guerre révé- 
laient, trahissaient peut-être det tendances profondes 
à peu prés inexorables à l'égard des Françaiar 

«" Nous devons, avait-il écrit à cette date ', être 
€ impartiaux en pensées aussi bien qu'^n action, 
«'nous deuoiis mettre un (rein à nos tentiments qui 
« poierraienl nous ranger d'un côté ou de l'autre. » 
Les cœurs américains volaient d'eux-mêmes à la 
France devant l'évidence de l'agression et de l'inva- 
sion; leur Tnouuemcnl fut arrêté, glacé par les paroles 
de M. Wiison, et cette uiolence pubiiijue faite ou sens 
spirituel par un magistrat d'ordre temporel, lui-même 
ciéatiire d'un gouvernement d'opinion, éueiiia don» 
temonde entier ce (rouble uapue que les peuples ressen- 
tent à l'aube d'une tijrannie. Nous tâchions, il est 
vrai, dç dissiper ce trouble par la juste attention 
donnée d (a souplesse d'un esprit potitigile soucieuo; 
des réalités. Uéloge forcené de son i idéalisme » dans 
- les miliewœ les plus suspects entretenait les inquié- 
tudes. 

L'équivoque étàit^eiie dissipée par l'énorme impor- 
tance accordée par M. H^ilson aux idées jurîdiqvis ? 
t L'homme de la Bible et du. Codé « laissait trar\spa- 
raitre les arrière-penséi^s d'une médiation qui, en p,n 
de compte, a placé l'assaillant au m,éme niiteau que 
Vassailli, a égalé nos envahisseurs et nos envahis, et, 
somme toute, n'a classé les belligérants que suivant 
leur plus ou Tnoins d'empressement à venir se ranger 
au pied d'un certain tribunal. 

1. Le IS.aoùt 19U. 



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PROLOGUE , .\v ■ 

Depuis, comme un feu qui confond les traits naturel» 
des choses et des gens, mais laisse un rendu de matières 
irréductibles, l'état d'esprit métaphysique manifesté 
par M. le Président WiUon a détruit des valeurs de 
grand prix (comme la vieille' Autriche) et respecté^ 
. plus d'une nuisible vanité (comme la jeune Alle- 
magne}. Cela au gré du bon plaisir.' Du moment qu'il 
pouvait décréter : ceci est sacré, et impossible d'y 
toucher, à propos des idées (es plus contradictoires, 
M. W ilson pouvait se permettre absolument tout. Les 
décisions de ce Sinai wilsonien étant communiquées 
au monde comme autant de lois surhumaines que rien 
ne fléchirait, il est de fait qu'elles ne fléchirent jamais 
que dans ts sens qui favorisa, les intérêts d'une vaste 
ambition secrète et les puissances qui en étaient la 
condition. Puissances ethniques et autre* : coalitions 
de race, consortiums d'argent. 

Le lendemain de sa première élection de 1913, 
M. Wilson s'était présenté comme un autocrate en 
herbe à l'assemblée de- ses compatriotes. Son affir- 
mation de pouvoir personnel enueloppaiï-elle déjà 
quelque prétention à Vempire du monde ? Il est pro- 
bable que' l'occasion a faitle larron. Mais tels journaux 
et telles revues de son pays ' en arrivent à l'accusçr 
de vouiotV renverser 'à son profit leur République. Le 
certain est qu'il a sacrifié aux intérêts de son prestige 
les plus beaux fruits de notre commune victoire. Il fut- 
un César m.ûgnifîque à nos dépens. Nous en avions 
été amplement prévenus par les concifoyens de 
A(. Wiûon. /(s se rappelleront sans doute que nous 

I. En particulier le Harvey'i Magazine. 



CCI t, Google 



xvi . PROLOGUE 

amons, matgré nous e( contre eux, espéré. Ainsi, peu 
contants, nous faisions confiance. Nou» réagissions 
même, avec Bainville, avec Grosclaude, auec Daniel 
Halèvy, avec Emile Buré, contre ces pronostics trop 
Justes que noua voulions appeler des erreurs et qui 
. noua semblaient comporter une part d'outrance. iVous 
ne le regretterons pas. De toutes façons CAmérique 
ne décevra personne si beaucoup oni été déçus par 
le pieux Améi^ain à qui les grandeurs on( tour- 
né la tête. 

C'e«£ dans ce sentiment qu'il faut lire cette analyse 
au jour le jour: elle forme à la lettre un journal 
des t Aspects» de l'action u;tJsonienne et surtout des 
idées qui la. déterminèrent. Cette actiori fut diséincte 
de celle du peuple américain, bien ipxe tirant de lui 
toute sa voleur politique. 



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LA NEUTRALITÉ 



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1b, Google 



LE SPECTATEUR IMPARTIAL 



18 an-il 1916. 
L'Amérique est un pays neuf où la distinction des 
Églises et de l'Ëtat s'ébauche à peine. Personne ne 
se prive d'y comftiânter en publie les livres sacrés, 
le président Woodrow Wil8on,y monte en chaire 
et l'onction ne manque pas à ses prônes. Celui que 
transmet le correspondant new-yorkais du Daily 
Telegraph fera, je crois, le tour du monde, car, 
malgré le caractère privé de ces pieuses manifesta- 
tions de haute conscience individuelle, il est bien 
difficile de négliger absolument le sens politique de 
la morale enseignée & l'église méthodiste de Mary- 
laod par le premier magistrat de l'Union. 

Ce sont des jours de grande perplexité, a dit le prési- 
dent Wilson dans un langage qui le peint Inî-mème 
mieux encore que nos sombres jours. Un grand nuage, 
a-t-il ajouté, assombrit la plus grande partie de l'ho- 

II semble que de grandes forces matérielles et 
aveugles, contenues depuis longtemps, aient été déohai- 
nées et que, cependant, on puisse distinguer au-des- 
sous d'elles la forte impulsion d'idéals élevés. 

Il serait impossible k des hommes d'endurer ce qu'ils 
souffrent sur les champs de bataille d'Europe, d'affronter 
les ténèbres où se livre la terrible lutte, s'ils ne voyaient 
pas ou ne croyaient pas voir grandir la lueur aurorale 
d'où va s'élancer le solei! 

Les neutres étaient incertains de leur devoir ■- ils 
vont commencer & le déoouTPir, dono à l'accomplir. 



jb, Google 



* LE PRÉSIDENT WILSON 

M. Wilson n'en voit que l'aube. Patience, lui aussi, 
saura saluer son soleil. 

Il le salue, et doublement dans ces termes curieu- 
sement impartiaux auxquels aboutit, non sans sur~ 
prise, le mouvement de la phrase et de la pensée 
interrompues. Les peuples ne se battraient pas... 

... s'ils ne croyaient pas, chacun dk leur cotA, sou- 
tenir QUELQUE PRINCIPE ÈTBHNBL de droit. 

LES IDÉALS 

( Chacun de leur cdté > ou, dans une meilleure 
traduction, c de son côté », cela veut dire que les 
compliments de M. Wilson n'étaient pas unilatéraux. 
Ils s'adressaient & tout le monde': aux alliés, sans 
doute, mais aussi A leurs ennemis. Allemands, Bul- 
gares, Hongrois, Turcs. Car tous, suppose-t-il, 
croient soutenir quelque principe de droit. Tous as- 
pirent à quelque soleil de justice et, même sous les 
bombes qui détruisent Reims et Senlis, Soissons et 
Louvain, sous l'éclair des baïonnettes et des sabres 
qui tranchent le poing aux enfants, éventrent les 
femmes enceintes ou font subir de honteuses cruautés 
A de vieux hommes désarmés, nos pauvres prêtres, 
le président Wilson voit limpidement rayonner des 
idéale dignes de respect et d'honneur. 

Il a de bons yeux, mais surtout une bonne langue. 

AU QRANO TRIBUNAL DE L'OPINION DU MONDE 

Nous l'avons déjà dit à M. Bergson, qui ne voulait 
permettre aux Boches que le matérialisme'. Il y 

1. Voir noire livre Le Parlement te réunit, p. 43. 

DigniMt, Google 



LE SPECTATEUR IMPARTIAL 5 

a un idéal boche, et c'est mfiine par la couleur de 
Boa < idéal ■ que le Boche s'est distingué en tout 
temps du reste du monde. M. 1« président WilsoD 
read justice à oette vérité historique. Et les c idéals * 
étant égaux entre eux, exactement comme les 
hommes, -jusqu'au moment oii ta survivance du pins 
fort fera ressortir quel est le meilleur, ce haut magis- 
trat installé dans la ohaire ecclésiastique a sîgniSé 
en langage d'a^tonado, son verdict aux gladia- 
teurs : 

Donc, tout autour d'eux, tout autour de nous, siège 
dans l'attente le tribunal silencieux qui doit prononcer 
le jugement définitif sur cette lutte, le grand tribunal 
de l'opinion du monde, et je m'imagine que je vois — 
je crois voir et je prie Dieu qu'il me fasse voir vraiment 
— da grandes forces spirituelles qui demeurent dans 
l'attente de l'issue de cette guerre pour s'af&rmer, qui 
commencent môme à s'affirmer déjà, pour éclairer 
notre jugement et raffermir nos esprits. 

Aucun homme n'est assez sage pour pouvoir pro- 
noncer un jugement ; mais nous devons tenir nos esprits 
prêts à accepter la oérité quand elle surgira devant 
nous, quand elle nous sera révélée à l'issue de cette 
lutte titanique. 

• La vérité », disait le grand pacifiste de 1840 dans 
le plus généreux, le plus bruyant et le plus -vide des 
hymnes de paix, < la vérité c'est mon pays *. Il enten- 
dait qu'il n'avait d'autre patrie que le vrai. Le fait 
national était ainsi subordonné & l'idée. M. Woodrow 
Wilâon parait intervertir tes termes de la pensée de 
Lamartine et, pour définir la vérité idéale, il attend, 
il adjure d'attendre la décision des faits. Ce que nos 
pères batailleurs appelaient, en l'appréciant certes, 



.Cooj^lc 



e LE PRÉSIDENT WILSON 

mais sana l'adorer, le hasard des combats, la fortune 
des armes est ici convié à dire le droit et le vrai. 
Dans les siècles barbares, le plus fort avait les dé- 
pouilles. Od lui fait entrevoir pour cette fois qu'on 
lui fera honneur, par-dessus le marohè, de la vérité 
et du droit. 



jb, Google 



NI VAINQUEURS NI VAINCUS 



S* jftnTier 1917, 
On a bu hier soir, dans le banqaet Prance-Am*- 
rique, en l'honneur de M. le président de la Répu- 
blique des États-Unis. Levons cordialement notre 
verre à la santé du plus haut magistrat d'un peuple 
ami et généreux auquel noua devons tant et que 
nous voudrions remercier de toute manière! Cela 
fait, ne nous gônons pas pOur examiner et critiquer, 
non moins cordialement, la morale de M . Woodrow 
Wilson. Ses compatriotes nous en donnent l'exemple : 
dans un beau petit livre d'une remarquable Apreté, 
Hésitations, dont l'auteur, M. W. Morton Futlerton, 
est un Américain éminent, M. Wilson n'est pas 



J'avoue d'ailleurs que je n'aurais pas eu l'idée 
d'ajouter un mot si ce pauvre Hervé (toujours là!) 
n'avait pris soin de reconnaître ses idées dans ce 
message au Sénat américain : i Tous les républi- 
cains français pourront y saluer au passage des 
idées et des principes qui leur sont chers depuis 
1789 1, et surtout si, brochant sur notre Hervé, 
un rédacteur de l'Humanité n'avait imaginé de célé- 
brer à ce propos * la haute conscience ■ de M. le 
président Wilson. 

On est profondément persuadé de la droiture, de 
la probité, de l'intégrité, de l'honneur et, en général, 
de toutes les vertus qui décorent M. le président 
Wilson. Mais je ne sais pourquoi cette façon de le 



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8 ' LB PRESIDENT WILSON 

loaer éveille ma délUnce. Je ne sais pourquoi de 
telles louauges ont toujours été l'occasion d'un mau- 
vais coup porté tantflt par le célébré et tantât par 
les célébrants. 

Les ennemis intérieurs de mon pays enguirlandent 
M. WilsoD. Ce n'est pas naturel. 

.SOUVENIR SINGULIER 

Il convient de lire de près, de relire, en interro- 
geant les écbos indistincts et puis les échos très 
neta qui bourdonnent dans la mémoire. Quelques 
mots du Message me reviennent avec une ÎDsiatonce 
inouïe. Souvenir, souvenir, gue me vçux-fu?.. chante 
Verlaine. M. Woodrow Wilson chante aussi : 

Il m'a semblé nécessaire, s'il existe réellement 
quelque part'an désir sincère de paix, de parler un 
langage franc. Je suis la seule /personne jouissant d'une 
autorité parmi tous les peuples du monde qui ait le 
droit de parler et de ne rien cacher. 

Je parle coiûme simple individualité, mais je parle 
cependant- aussi comme le chef responsable d'un grand 
Gouvernement... 

Cela ne vous rappelle rien ? « Souvenir, souve- 
nir... 1 Ehl si faiti la lettre de Guillaume À son pen- 
dard de Bethmann, fausse comme sa date, que tout 
le monde a suspectée, fausse comme aa voix, comme 
tout ce qu'elle porte et contient. On y a lu presque 
en mêmes termes : 

11 est évident que les populations des pa^s ennemis 
qu'on oblige à continuer cette dure guerre & l'aide de 
mensonges et de tromperies et qui sont égarés par les 
combaU et par la haine, ne possède» t aucun homme 



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NI VAINQUEURS NI VAINCUS . 9 

eapcAU ou ayant le courage moral de prononcer le 
mot qui leur apportera le soulagement de proposer U 
paiï. Ce qu'on désire, c'est un acte moral qui libère le 
monde. 

Il est encore question de libérer le monde au sui- 
vant paragraphe du poulet impérial. 

En voulez-vous des principes de 1789, 'de l'huma- 
nitairerie? Et de la haute' conscience? A rendre baba 
toute la rédaction de tHumanilé de Snell en Bracke 
et de Renaudel en Veillard ? Malgré l'océan qui 
sépare les deux hautes consciences de < chef », 
WiXhelm rex a-t-il perçu l'écho qui lui est &it, la 
rime qui lui est envoyée par M. Wilson? J'en atteste 
la suitç de la lettre à Bethmann : 

Il est nécessaire pour cela do trouver un chef d'État 
qui ait une conscience... 'qui possède la volonté de 
libérer lejoionde de ses souffrances. 

Ceux qui ont su lire le message de M. Wilaon ont 
observé qu'il demandait une « révolution morale ». 
C'est aussi nn c acte moral » que se propose d'opérer 
le roi boche. Tout cela vous dégage un petit fumet 
kantiste et roussien dont on conçoit que les cons- 
ciences démocratiques soient régalées. On me per- 
mettra de témoigner une horreur ïervonte pour cette 
cuisine. Droite et sincère chez M. Wibon, parfaite- 
ment hypocrite chez Guillaume II, elle représente 
au point de vue de l'histoire des idées et du langage 
un état certain de décadence et de barbarie, celui 
oft les genres se mêlent, quand pour parler peinture 
on fait de la poésie et quand les idées au Heu d'être 
apportées directement par leurs signes abstraits 



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10 LE PRÉSIDENT WILSON 

usent de ces transpositionB de Bgure qui favorisent 
tous les malentendus, toutes les équivoques, toutes 
les erreurs, et par conséquent tous les crimes. 

LA MORALE UTILISÉE 

Avec les intentions très contraires qu'on leur 
connaît, ces deux chefs d'État commettent le même 
abus des formules morales ht religieuses en un sujet 
dont l'essence commune est politique. 

Prenons un exemple. Une société financière est, 
aussi bien qu'une nation, tenue de respecter le droit, 
de faire son devoir, de se montrer secourable et 
pitoyable, d'allier au sentiment de ses intérêts le 
respect des intérêts d'autrui ; cependant oe n'est pas 
pour cela qu'elle est fondée : que penserait-on d'un 
administrateur délégué qui remplacerait le compte 
rendu de sa gestion annuelle ou l'exposé de ses vues 
sur l'avenir matériel de la situation par une homélie 
ne tendant qu'à manifester la pureté de ses inten- 
tions 7 

On penserait : ou que le personnage incline à uu 
doux gâtisme ou que le formulaire ethico-théologique 
est destiné à cacher son jeu et à jeter de la poudre 
aux yeux du pieux auditoire. 

Remarquons en passant que l'usage intéressé de 
cette poudre en Allemagne et en Amérique vérifie 
l'observation que faisait l'autre jour, à l'Echo de 
Paris, Louis Bertrand : les peuples sont beaucoup 
plus religieux qu'on ne le croit en France. Nous 
tournons le dos k l'évidence des réalités ou nous 
nous- abusons grossièrement sur la nature du sens 
religieux quand nous prétendons retrancher tout 



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NI VAINQUEimS NI VAINCUS 11 

avenir à œ qui ^n'eat pas sœpticiame oa agnoati- 
oieme. Le menteur Guillaume II s'adresse à une 
Europe embéguinée. Le Bincère Wilaon parle à une 
Amérique idéaliste et dévote. C'est comme ça. Je n'y 
puis rien. Ce que je peux, c'est d'obtenir de mes 
yeux et de mon esprit qu'ils voient ce qui est, au lieu 
de transformer leurs visions d'après les partis pris 
de mou cerveau. 

LES INTÉRÊTS ET LES PRINCIPES 

Ce qui est, ea même temps, c'est que. l'idéalisme 
et la dévotion n'empêchent pas les affaires. 11 n'est 
pas impossible que M. Wilson s'abandonne sans 
aucune arrière-pensée au cours de ses utopies juri- 
diques : par devoir d'Ëtat il y mettrait certainement 
un frein si elles gâoaient les intérêts vitaux de son 
pays. De toute vraisemblance, si ces intérêts par- 
laient avec décision leur impérieux langage, il se rési- 
gnerait à. fermer les yeux sur la violation des 
sacrés principes*. Dès les premières rumeurs du mes- 
sage NI VAINQUEURS NI VAINCUS, Pan'i-Midi a très per- 
tinemment demandé avant-hier s'il n'y avait eu ni 
vainqueurs ni vaincus dans la guerre de Cuba. Et le 
passage de ce document mémorable ou il est dit : 

Les garanties échangées ne doivent ni reconnaître 
ni impliquer une différence entre les nationi grandes 
ou petites, entre celles qui sont puissantes et celles 
qui sont faibles, 

« atlénuSitions apportées par M. Wil- 
lea projets dès que l'opinion amérî- 

.Yèe soit contre l'égalité de race, soit contre des 

inJéflniea en Europe, aoil oont 
des nations ooropâennes en Amérlqno (I9I9). 



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12 LE PRÉSIDENT WILSON 

ce passage a irrésîstiblemeat évoqué dans mon sou- 
venir le tapia vert du Traité de Paris, le dernier, je 
orois, du xix* siècle, où les négociateurs américains 
du seul fait qu'ils avaient prouvé leur qualité et leur 
ascendant de vainqueurs, o'eat-à-dire de peupla 
€ grand > et de nation < puissante », arrachèrent aux 
Espagnols vaincus, presque autant de territoires, 
d'iles, de villes et de ports qu'en avait conquis .le' 
canon de l'amiral Dewey! 

■ JE N'Ai PAS CONFIANCE» 

Petit! petit! petitt C'est ainsi que le cuisinier 
appelle l'oiseau dans la fable de La Fontaine, L'oi- 
seau bien inspiré s'enfuit. A la place des petits 
peuples, je n'écouterais pas sans un peu de sagesse 
méfiante un appel cordial ainsi jeté au monde par le 
chef tout-puissant d'une Confédération de quarante- 
huit Stats riches, peuplés, vivaces. Le cuisinier, 
pardon, le chef sait que sa conscience pure, comme 
celle du philosophe de Kœnigaberg, reîléte le ciel 
étoile ; mais les conséquences politiques dérivées de 
son appel ne refléteront vraisemblablement que les 
forces unies des étoiles inscrites sur le drapeau amé- 
ricain : or, des conséquences de ce calibre et de ce 
poids dépassent d'ordinaire la portée des intentions, 
d'un homme mortel. 

La philosophie juridique et humanitaire compose 
dans la vie cruelle du monde une espèce de luxe qui, 
en vertu do l'éternel priiis in'vere, passe forcément 
après la satisfaction des besoins de la vie collective 
des hommes. Il est toujours très dangereux de 
prendre une nation pour une Académie. Comme une 



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NI VAINQUEURS NI VAINCUS 13 

société financière est taxie pour gagner de l'argent, 
uoe société nationale, c'est-d-dire où les hommes 
naissent et meurent, est faite pour améliorer les 
conditions de leur vie. La vraie justice, le véritable 
droit, l'honnêteté vraiment consciente et lucide cou- 
siaterait k commencer par exposer, clairement et 
candidement, -les intérêts fondamentaux, les intérêts 
sacrés qui correspondent à cette fonction des Etats. 

Qu'on les subordonne aux règles supérieures de 
toute vie, rien de mieux. Mais qu'on se serre de ces 
règles pour costumer, masquer, maquiller ces inté- 
Tèts, le carnaval, voulu ou non, et qu'il soit suggéré 
par basse ruse comme c'est le cas de Guillaume, ou 
par habitudes professionnelles, comme c'est le cas 
de M. WilsoQ, ce carnaval d'idées précipite A des 
maux artificiels supérieur encore à, tous ceux 
qu'inflige la nature. 

DE LE CHAPELIER EN WILSON 

On pourra s'en faire une idée approximative, mais 
que je crois juste si l'on se donne la peine de réflé- 
chir aux analogies éveillées par l'endroit du message 
où M. Wilson repousse de l'humanité future tout 
système d'alliances, chacun j devant être protégé 
par tous : 

...qu'aucune nation ne chercha à imposer sa politique 
à aucun autre pays, mais que chaque peuple soit laÎBsè 
libre de fixer lui-même, sa politique personnelle, de 
choisir sa voie propre vers son développement, et cela, 
sans qjie rien le gêne, le moleste ou l'effraie, et de 
façon que l'on voie le petit marcher c&te à côte avec 
le grand puissant. 



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14 LE PRÉSIDENT WILSON 

Je propoae donc qae dorénavant toutes les nations 
évitent les eompUealions d'allianeea qui pourraient les 
enti-aSner A des rivalités de pouvoir, les envelopper 
dans un filet d'ictrigues et de compdtitions égoïstes, et 
par des influences venues de l'extérieur, les dôtoarner 
de leurs propres affaires; il ne saura.it exister de com- 
plications d'ailleurs dans un loyal accord de puissances ; 
quand noua sommes tous unis pour agir dans le ménifl 
sentiment et en vue du même but, nous agissons dans 
riat6rét général et nous restons chacun libres de nos 
propres actes sous la protection de tous. 

< Souvenir, souvenir..'. » Qu'est-oe que noua rap- 
pellent de nouveau, ou d'ancien, de telles paroles? 
Vous y êtes : en plus vaste, appliqué è. l'Europe ou 
aux deux continenta, c'est le système du conven- 
tionné] Le Chapelier, c'est le fameux décret qui 
interdisait aux ouvriers et aux patrons toute assooi»- 
tion, entente et alliance sur ■ leurs prétendus inté- 
rêts communs >. Un État central tout-puissant se 
préparait à prendre en mains les intérêts de tous et 
de les représenter souverainement. Quel gage de 
paix sociale! disaient les rêveurs de l'époque. Quelles 
immenses garanties d'accord 1 

Il est  peine utile de rappeler que les soixante- 
dix ou quatre-vingts ans qui suivirent furent l'enfer 
du monde ouvrier français en même temps que le 
paradis des capitalistes. On avait décrété l'égalité 
idéale des grands et des petits. Un avait gravé dans 
la loi l'équivalence juridique du faible et du puissant. 
Mats même poudrée d'or et confiée à du papier doré 
sur tranches, cette belle encre n'avait pas transformé 
les réalités. Les réalités furent pires que les plus 
fabuleuses horreurs de l'ancien régime. L'ouvrier en 



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NI VAINQUEURS NI VAINCUS 15 

conçut un état d'esprit révolutionnaire farouche qui 
déclfira la guerre à l'ordre social tout entier, cet 
ordre consacrant les plus monstrueux abus de puis- 

On ne peut espérer aucune sécurité de l'avène- 
ment juridique et blagologique d'une ère d'égalité 
européenne oh il serait défendu à la Belgique de se 
mettre sous la protection de la France, de l'Angle- 
terre et de la Russie', mais où l'Allemagne garderait 
le plein de ses territoires, de ses populations, de ses 
richesses, de ses puissances quand bien même elle 
trouverait sa limite idéale dans la menace d'un gen- 
darme-fantdme au service des États-Unis du Monde 
dont la gouvernement serait d'ailleurs à la discrétion 
d'agents secrets ou d'agents publics armés de sok fer 
ou lestés de son.or. 

M. Wilson prend pour le régime de l'avenir l'état 
dont nous venons ; on peut lui répondre que nous 
sortons d'en prendre, à La Haye. Merci bien. 

1. Le aânateur Frelingfiuyaen, de New-Jersey, a poaé • à, 
tout Américain intelligent > un cert&iû nombre de questions 
entre lesquelles celle-ci porte le n* 7 : • — Si I& Lifpie dea 
Nations avait exista au moment de notre Révolution de 1776, 
la France aurait-elle pu nous aider 7 Et plus tard, le l'exas 
ferait-il partie de l'Union ? Cuba ssraitelle libre T • (Hanejfi 
y/e«kly, ïï mars.) 

La réponse des adeptes à ce genre de question ne peut 
Tarier. Ils déclarent que les références au passé sont inopé- 
rantes : n'allons-nous pas ouTrîr une ère absolument nouvelle 
et sans rapport avec tout ne qui s'est vu autrefois? 



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IDÈALISMES DANGEREUX 



...Les situations respectives de M. WitsoD, du Gou- 
vernement français et des socialistes français, ont 
moins changé qu'on ne croirait depuis le commence- 
ment de la guerre. 

Ce n'est pas de décembre 1916 ni de janvier 1917 
que datent les rêves d'intervention et de médiation 
de M. Woodrow Wilson. Le président américain, 
dont les idées sont Bxes comme son pouvoir est per- 
sonnel, avait fait un premier pas dans le même sens, 
absolument dès les premiers jours d'août 1914. La 
dépêche de Washington portant le texte de 6a pro~ 
position fut insérée au Temps du 7 août, paru le 6 
au soir. 

Mai.t le Journal de Genève du 10 l'ayant repro- 
duite, aussitôt il s'éleva, comme il convient, uH mur- 
mure du côté de l'Humanité qui, n'ayant pas pris 
garde à, l'information du Temps, imagina le 15 août de 
dire qu'il était • f&cheuz pour l'opinion française » 
(à laquelle la feuille socialiste se substituait une fois 
de plus) f d'apprendre par un journal étranger la 
proposition » de M. Wilson. 

Le flambeau que soutiennent les mains de M. Re- 
nan del et de M. Compère-Morel ajoutait avec une 
gravité impayable qu'il € ne saurait y avoir un 
avantage à laisser ignorer à la France une dé- 
marche aussi importante que celle des Etats-Unis». 
De l'importance de la démarche, les événements 



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IDÈAU8MBS DANGEREUX * 17 

pMtëriAuri penoetteot de diaenter. Mais, poar oont- 
metfre soa erreur da jugement, VHtananité avait 
commencé par ae précipiter sur uoe erretv maté- 
rielle. Le jour même, t'Agence Havaa rappelait que 
la dépéolie aononçant la proposition am^caine avait 
parfaitement paru en France. Le Temp» du soir 
confirma le démenti. 

LES FRANÇAIS NE VARIENT PAS 

Dans le même numéro du 16 août 1914, le T«mp> 
profitait do l'occasion pour donner le texte de la 
réponse du Gouveruement français. Réponse polie, 
mais telle qu'on pouvait l'attendre d'un Etat qui ne 
fait la'guerre que parce qu'on la lui fait. 

Le Temps ajoutait même un commentaire si net 
que le plus grand journal de la République (oomme 
cela lui arrive quelquefois) s'f montrait l'interprète 
du sentiment français. Le Temps du 16 août 1914 
répondait, en effet, au grognement de CHumanîté : 

... Ce n'est pas du tout le' raoïneiit de. faire eatra le* 
belligôrants le geste classique des Salines. Cette 
guerre n'est pas un débat à peser dans des balances 
philosophiques. D'une part, une tentative d'asservisse- 
ment définitif da la communauté eut^pôenne à une 
raea; d'ajtfre part, la défense de la liberté de l'Europe 
et d6i ftioàse» mAmae sur lesquels sst Sondée Wo'mn 
américaine. Cajn ment imaginer que le président Wilson 
et son Gouvernement parlent le même langage aux 
agrestturt et A ceux qui représentent le droit et les 
mette sur le même piedf C'est un dangereiix i«£fti.iSME, 
celui qui n'aboutirait qu'à énerver la force da oetix-ci 
sans arrêter les premiers. Dans un duel a fund, comme , 
celui que i'Aileoui^Qe a voulu engager avec l'Europe 
entière, il n'y a pas à relever les épées. 



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18 ■ LE PRÉSIDENT WILSON 

Sq vérité, je le répète, depuis ces trente mois de 
guerre, rien ne pariitt avoir bougé dans les éléments 
ea présence. M. Woodrow Wilsoa a'obstine à ne 
pas distinguer entre provocateurs et provoqués, 
entre agresseurs et défenseurs. Et uoa républicains 
ne cessent pas de ne pas voir que leurs appels * aux 
principes mêmes sur lesquels est fondée l'Union 
américaine > sont aussi inopérants que possible *. 
Le < dangereux idéalisme > continue à sévir à la 
Maison- Blanc lie, il continue de trouver crédit au 
groupe socialiste de la Chambre et à la rédaction de 
l'Humanité. 

CELUI QUI A CHANGÉ 

Un persounage a changé pourtant, et c'est Guil- 
laume II. Conversion récente: ayant cassé quelques- 
unes de ses dents sur la défense militaire de l'En- 
tente, il voudrait bien garder les autres et, puisque 
l'idéalisme sociale -américain par^t ouvrir une voie 
de salut, va pour l'idéalisme ! 

Ça le connaît, comme disent les bonnes gens! Il 
n'est pas pour rien le compatriote de Kant et l'élève 
de Fichte. Ficbte a elTeotué le passage de l'idéalisme 
et du moralisme libérai à l'idéalisme et au moralisme 
autoritaire et jacobin par des moyens sensiblement 
analogues à ceux qui tirèrent de la douce Consti- 
tuante de 1789 la féroce Convention de 1793, des 
proclamatflurs des Droits de l'Homme les équipes de 
la Terreur. 

il a«i moins 



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IDÉAUSMËS DANGEREUX. 19 

La voie inverse Buivie par Guillaume II, ce recours 
du jacobinisme pao germanisant au libéralisme bêlant 
qui veut s'armer de f courage moral ■ pour accom- 
plir, dit la lettre à Bethmann-Hollweg, un ■ acte 
moral > destiné à < libérer le monde * des ( souf- 
frances > et de « l'oppression >, ce nouveau cours n'a 
rien d'inédit non plus dans l'histoire des doctrines 
révolutionnaires issues de Kant, Rousseau, Luther : 
tout le zix* siède a vu les persécuteurs, A peine 
menacés d'un retour de fortune ou d'un murmure de 
l'opinion, se remettre à bëler, comme l'empereur 
allemand, des couplets de pitié suprême et de tolé- 
rance mystique. 

Guillaume Boche sait son manuel de philo comme 
il sait son métier. Il faut savoir le nôtre. It faut 
comprendre que les « dangereux idéalismes « pro- 
fessés par le président Wilson et par nos socialistes 
deviennent entre les mains de l'empereur allemand 
un idéalisine alimentaire, un idéalisme sauveur : aux 
temps où sa nfûveté ne lui montrait que des proies 
faciles, Guillaume Boche- déployait un réalisme sans 
merci. Si les chefs socialistes sont assez sots pour 
se laisser prendre à la manœuvre impériale et tra- 
vaillent à lui épargner ch&timents et réparations, 
instruisons le pays de leur simplicité et montrons 
dans quel nouveau fleuve de sang serait plongée la 
France si l'on avait le malheur de les écouter. 



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ÏCANT ET U. WILSOti 



16 lèrriat 1917. 

La Revue de» Deux Mondes publie l'analyi» pa- 
rallèl« da traité delà Paix perpèlXieUe de Kaatet 
des diverses doctrines manifestées par H. Wils(») 
sur la ptix future. Cette étude du plus hast intérêt 
eat l*crân« de H. César Chabrun dont le ii<»n nooe 
était inmnRu. Noss attrions dû )t ctmnaîlre. M. Gh^- 
bran eM professeur à la Faoultà eatbolîqna ée drtMt 
& Lille. Il a vaillamment combattu, il a été blessé. 
Cet homoM de talent est he«i««8eine«t «oAserVé A la 
Prano*. 

Les curieux se reporterontàlarevnedu 15 février. 
IJ faut noter pour nous deus points. 

MORALISTES LIBÉRAUX 

D''abord toe rapprochements à» M> Chabrun ver- 
sent une lumière éblouissante sur le cas, déjA très 
sensible A U. simple lecture, d» la comiBQnauté phi- 
lomphiqaeon, pour »ieax dire, du contMtctpuldt de 
M. Wi(M« «t ée Guilla»»e II. Les simples testée en 
déposaient. 11 saffiMit de relire a^i>és tes wmsages 
^vers du président de l'Union américsôiie le fameux 
billet et Bethmann-HoUweg en prenant garde an jar- 
gon de moralisme libéral. Relisons-le : 

Mon cijar Bethmaun, j'ai soigneusement appro- 
fondi notre conversation. Il est évident que les popu- 
lations des pays ennemis, qu'on oblige à continuer 
cette dure guerre k l'aide da mensonges et de trampe- 



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KANT ET M. WILSON SI 

ries et qui aont égftrèas psr les combats et par la haiae, 
DQ possèdent aucun homme capable ou ayant ie courage 
moral de prononcer le nioc qui leur apportera le sou- 
lagement de proposer la paix. Ce qu'on désire, c'est un 
acte moral qui libère le monde, y compris les neutres, 
da fardeau qui Copprease. 

II est nécessaire pour cela d« trouver un cbef d'État 
qui ait une eonacienee, qui se sente responaubls vis-à- 
vis de Dieu, qui possède un cœur pour son propre peu- 
ple comme pour ses ennemis et qui, indifférent à toute 
fausse interprétation possible ou voulue de son action, 
possède la colonie de libérer le mondt de ses 90uf- 
frances. J'aurai ce courage ; m'en reposant en Dieu, 
j'oserai faire cette dénnarclie. 

Veuillez élaborer une note dans ce sens et me sou- 
mettre toutes les dispositions nécessaires sans délai. 
Signé: Guillaume II, empereuret roi. 

Ce a'eal pas autrement qu'il a été parlé, de la Mai- 
son-BUnohe, d'abord aux belligérants, ensuite au 
Sénat américain. Nous avons eu à souligner, ohez 
lesdeus aotears, exprimé dans les mêmes termes, 
le même sens de leur importance, de leur autorité, 
de leur pouvoir personnels: « Les populations des 
pays ennemis ne possèdent, dit l'empereur boche, 
aucun homme capable ou ayant le courage moral (te 
prononcer le mot... J'aurai ce courage... » 

M. Wifson disait ; 

... Je ams la sbule pbhsonne jouissant d'une autorité 
parmi tous les peuples du monde qui ait le droit de 
parler et de ne rien cacher. Je parle comme simple 
individualité, mais je parle cependant aussi comme le 
chef responsable d'un grand Gouvernement. 

Les doctrines philosophiques plus enowe ^e Isa 



£2 LE PRÉSIDENT WILSON 

écoles des rhéteurs ont chacune leurs grimaces pro- 
pres, leurs tics. L'identité du tic pseudo-stoïcien ou 
kantien eût aidé k déceler la oommunauté d'ori- 
gine si l'identité du vocabulaire n'avait déjà fourni 
le premier indice révélateur. Ces indices divers sont 
vérifiés aussi complètement que possible dans le 
travail de M. César Chahrun. Sa collation des tex- 
tes est irrésistible. La philosophie de Kœnîgsberg a 
bien introduit le président de l'Union américaine à 
toutes les notions du droit international. 

LE KANTISME WILSONIEN 

C'est de ce docteur qu'il dépend. Sa critique s'ex- 
plique par la critique kantienne. Sa théorie de la 
pratique, ou, en français, ses vues d'avenir, ses con- 
ceptions de la paix future sont également suspendues 
" à la même chaire. Quand nous faisions nos objec- 
tions habituelles au *paci(ïsme de M. Wilson, c'est 
bien A Kant, c'est bien A Rousseau et à Luther, à 
l'esprit de la Réforme allemande et de la Révolution 
dite française que noua répondions. C'était bien Kant 
qui décidait de remplacer les garanties précaires 
mais réelles et appréciables de la politique par les 
garanties absolues mais irréelles de la justice. C'était 
Kant qui, au nom de son ordre international incréé, 
proscrivait les ententes, les alliances et les ligues des 
petits peuples contre la tyrannie des gros. Paragra- 
phe par paragraphe, et quasiment ligne par. ligne, 
cela est démontré, comme au tableau, par M. Cha- 
brun. 

. Par parenthèse, cela explique comment au milieu - 
de colères boches provoquées par les actes divers du 



KANT ET M. '^[LSON 23 

président Woodrow Wilson, ses « idées » recevaient 
en Allemagne les plus emphatiques hommages.: il ' 
fallait bien y reconn^dtre une marque de la maison. 

LE RÉEL ET L'IDÉAL 

Le travail de M. César Chabrun s'arrête naturelle- 
ment au point où cesse sa matière et où les idées de 
M. le président Wilson cèdent le pas à l'action. Cha- 
cun, je crois, d'un. bout à, l'ailtre du monde civilisé, a 
saisi Id comme qui dirait un hiatus et l'on pourrait 
dire un grand trou. Le premier, je crois, Jacques 
Bainville l'a vu lorsqu'il a indiqué comment le dicta- 
teur américain avait, à l'usage, découvert l'Allema- 
gne et devant cette réalité nouvelle, corrigé ses 
visions, rectifié la marche et le tir. 

C'est un autre point^à noter dans le beau travail 
de M. Ciiabrun. 

M. César Chabrun ne conçoit pas absolument 
comme nous le râle de Kant et du kantisme en Alle- 
magne. Il est plus frappé des ressemblances de cette 
philosophie avec les maîtres de l'Europe moderne et 
de l'antiquité qu'avec 3\postérité germanique et pan- 
germaniste? Cependant cette filiation est étroite, et 
Ton ne peut pas oublier non plus parmi les ascen- 
dants du kantisme le fort élément de dissidence cal- 
viniste et luthérienne par lequel s'explique aussi, en . 
partie, Rousseau. Quoi qu'il en soit, M. Chabrun est 
naturellement amené par son point de vue à distin- 
guer en M, Wilson l'homme d'État et le lettré, i 
écrire que < la pensée est son domaine autant que les 
attires i : il refuse donc de discuter avec lui ■ sur le 
terrain des pures idées »... 



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!1 LE Pae^DBKT WD9SON 

.Pourquoi ce refus? Parce que, dit M. Chabrun, 
■ ttoi^s sommes f engagés dans la lutte >, et M, Wilson 
y entre d'ailleurs à son tour. Ce sera pour lai, 
ajoute-t-il, l'heure ■ de quitter les pures théories 
pour. entrer en contact avec les réalités ». Voilà, je 
l'avoue, qui étonne. Qu'est-ce que des théories qu'il 
faut quitter devant le réel? Un banquier n'oublie 
pas les généralités de l'arithmétique quand l'heure 
est arrivée d^ faire sa caisse, et bien au contraire : 
plus il y est iîdële et meilleur est son compte. 
Qu'est-ce qoe des idées pures que l'on ne peut pas 
utiliser dn nwment qu'on est engagé dans la lutte? 
Ce doivent être des idées fausses, car, pour des 
idées vraies, il semble bien que plus la lutte sera 
dirficile, Apre, compliquée, plus il sera bon de se 
référer pour la débrouiller çt pour l'éclairer à la 
daîre lumière,,à la haute assistance d'idées aossi 
pures que possible. 

Sans doute, eatce l'idée et la réalité, il y a une 
différence de perfection. Le sens critique et te btm 
sens sont nécessaires pour adapter et approprier les 
conclusions abstraites et les (Jéductions logiqnes à la 
complexité des faits et de leurs oir cous tances. Hais 
chaque science, chaque art, chaque discipline morale 
contient des préceptes et des conseils en vue de ces 
.applications. Il y a partout une théorie de la.frra- 
tique, une praëque de la Utéorie, qîii s'engendrent 
l'une de l'autre et qui apportent leur appui dans cha- 
que cas. Elles sont distinctes. Ellos ne sont pas oppo- 
sées. La distinction toute normale n'a rien de commun 
avec cette opposition absolue de l'ordre théorique 
et de l'ordre pratique affectée dans les actesds prési- 



ed t, Google 



. KANT ET M. WiLSON «5 

dent Wilfion, reconnue dans l'article de M. César 
ChabruD et que M. Chabrun trouve très naturelle, 
tandis- qu'elle nous apparaît à nous monstrueuse. 

OPPOSITIONS DE MOTS 

En vérité, en vérité 1... Mais approcbODS et prêta- 
sona. 

Un homme a médité toute sa rie sur les rapports 
de la Justice ou de la Morale avec la Politique et, 
ayant pu d'abord affecter par sa position américaine 
les allures d'une espèce de pontife spirituel, il a défini 
en de solefinels documents ce qu'il considère comme 
l'expression la plus générale de ta vérité ta plus 
haute en cette matière. Des hommes européens, qui 
avouent partager sa façon de voir, le louent, le 
félicitent, l'applaudissent, mais disent : « — ^ Nous 
ne vous écouterons pas, nous sommes engagés dans 
l'action... » Lui, pourrait leur répondre : « — C'est 
parce que vous êtes engagés dans l'action que vous 
avez le plus pressant besoin de ces principes et de 
l'application que j'en fais... > Pas du tout... Et voici 
qu'à peine est-il aux prises avec le réel, lui-m6me 
doit modifier langage et point de vue, en tout cas 
procéder, en fait, comme s'il professait une autre 
doctrine I 

St personne ne s'en étonnerai Et d'aussi bons 
esprits que M. César Chabrun s'en consolent par des 
antinomies verbales : le réel et l'idéal, le théorique et 
le pratique, le concret et l'abstrait... Comme si l'ab- 
straction bien faite ne devrait pas correspondre au 
concret I Comme si l'idée raisonnable n'était pas la 
plus hante poissance delà réalitél Autant dire qu'une 



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28 LE PRÉSIDENT WILSON 

philosophie qui se charge d'expliquer le inonde doit 
s'évanouir tout naturellement au premier « contact » 
avec les affaires de la vie I Autant dire qu'une clef 
des choses peut être celle qui est trop grande pour 
entrer dans la serrure ou trop petite pour y peser 
utilement 1 Non, non, la véritable théorie est pra- 
tique, je voudrais oser dire, empruntant le langage de 
nos artilleurs, qu'elle est rustique et peut affronter 
sans être fatiguée ni endommagée les hauts et les 
bas, les ravins, les collines, les âpres pentes et les 
rudes escarpements de l'expérience historique. Des 
doctrines qu'il faut quitter quand on aborde le front 
des choses et k le contact des réalités » peuvent être 
d'amusants bibelots de métaphysique juridique ou 
morale, mais valent la peine d'être examinées de 
près : leur inutilité, qui n'est pas la preuve directe 
de leur fausseté, en est au moins l'indice quand elle 
n'en est paa la confirmation. 

L'ERREUR VÉRIFIÉE 

Les réfutations directes.par voie d'analyse, n'auront 
manqué ni à Rousseau, ni à Kant, mais la précipi- 
tation où vivent les hommes et l'intérêt, hélas! trop 
cher payé, qu'ils ont à s'abuser au moyen do men- 
songes spécieux, suffisent largement à les détourner 
de ces discussions âpres, fermes et décisives. Ils se 
détourneront moins aisément du grave témoignage 
apporté par les faits. Les faits de l'histoire des 
hommes depuis Rousseau et Kant sont d'autant plus 
précieux qu'ils vont tous dans le même sens ; il y 
avait longtemps que la guerre civile et la guerre 
étrangère n'avaient été aussi meurtrières que depuis 



KANT ET M. WILSON 27 

le traité de Paix perpétuelle et les rêves de Traternité 
humanitaire agglomérés autour'de ce traité. De 1789 
à 1815. de 1848 à 1870, de 1898 à 1920 la terre n'a 
cessé de fumer des flots de sang répandus autour de 
son autel. 

LE MAUVAIS SIGNE 

Il n'y a pas h établir de rapport de cause à effet 
entre les ambitions du pacifisme et les cruelles ban- 
queroutes de la paix, mais il y a & constater l'extra- 
ordinaire inefficacité, l'inanité monstrueuse de cette 
prédication. La concordance des deux phénomènes 
est telle que l'on peut concevoir, sans grande chance 
d'errer, tout accès de pacifisme international comme 
un maurais signe, un signe à peu prés certain de 
guerre prochaine, et c'est ce que noua faisions 
remarquer, en propres termes, l'année du centenaire 
de Kant, en 1904, aux rhéteurs optimistes qui cé- 
lébraient l'avènement d'un nouvel ordre dans les 
esprits et dans les nations : don seulement les cent 
ans écoulés ont enseigné tout le contraire, mais il 
n'était pas nécessaire d'avoir l'oreille bien fine pour 
sentir le bruit du canon qui se rapprochait des terres 
d'Europe. Ce n'était encore que le canon sibéro- 
japonais de Ghemulpo. Hélas! dix ans plus tardl... 

J'ai cru devoir recueillir ce témoignage de la con 
cordancedes choses et de nos idées dans mon livre de 
l'an dernier. Quand les Français ne s'aimaient pas*. 
On peut dire que ce fut là encore une simple coïnci- 
dence. Mais il y. en ' a beaucoup, de coïncidences 
pareilles! Quand on en aura noté dix et vingt autres, 
1. Page 26S. 



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28 LE PRÉSIDENT WILSON 

n'y aura-t-il pas lieu de se demander si une certaine 
maniàre de penser, une certaine entente générale 
des cliosss n'expliquerait point ces rencontres de 
l'esprit humain et du cours des événements? li fau- 
drait pour cela une philosophie qui ne creus&t point 
d'abîme infranchissable entre les faits particuliers 
et les généralités souveraines, une philosophie qui 
expliquerait et servirait... 

Je me permets de dédier celte qaestion aux beaux: 
esprits féraa d'idéalisme kantien ou hypo-kantien en 
les suppliant de ne pas me répondre qu'une telle 
philosophie ne s'est jamais vue. Elle s'est vue, dès 
Aristote. Elle s'est retrouvée dans le thomisme. Elle 
s'est reconnue aussi à de nombreux égards dans ce 
« bon sens systématisé » appelé par Auguste Comte 
positivismç. Son caractère général est d'opposer les 
principes qui aident h vivre aux principes qui ne 
s'appliquent pas & la vie ou qui ne s'y appliquent 
qu'en trichant et trompant. 

Nous avons vu M. Woodrow Wilson obligé de 
s'en dépouiller pour bien agir. Mais il y a une autre 
i-olution : il y a un autre usage de ces beaux principes 
faux, c'est de s'en couvrir pour mentir et pour 
manœuvrer, l'usage et la solution de Guillaume II. 
11 convient de noter que les hommes commencent à 
s'en méfier, et l'hypocrisie kantienne ou piétiste 
les abuse inliniment moins qu'autrefois. 



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LE PACIFISME KANTIEN CONTRE LA PAIX 



19 février 19J7. 

Le monde entier revient d'une duperie où chacun 
a laissé des plumes. Si le retour n'était pas complet, 
si la guerre laissait subsister des illusiona, ou reoMu- 
mencerait à tout perdre. VoiU pourquoi nous nons 
sommes efibrcé de serrer la questioa gersianique 
d'iiusai près que possible, en insistant sur le point 
disputé, qui est t'afËaire de Kant. 

M. Ferrero s'y est arrêté, mais en historien, 
comme M. Emile Picard s'y arrêta jadis, mais en 
savant. Nous nous réjouissons particulièreinent des 
éléments d'information venus des philosophes de 
carrière. Les pages lumineuses de Pierre Lasserre, 
dans le Germanisme et l'eaprit humain (Champion 
éditeur), auraient dû mettre d'accord tout ce qui 
s'intéresse k l'histoire des idées et de leur action. 

Mais la question est ofCtisquée par des intérêts 
peUûqoes, scolaires, sociaus, personnels. Noua 
venons d'en avoir un bon exemple. En nous appli- 
quant des premiers au boaa et oarieux travail de 
M. César (^brun dans la Revue dea Dmx Mondei, 
nous avons Biontré le parallélisme des vues de 
H. Wilson «t de Ka;nt. Noua y aTtms joint, texte ea 
main, les vues parallèles d'un kantien n" î qui n'est 
autre que l'emporeur Guillaume. La presse eattèi'e 
a nolé le kantisme de M, Wilson. Combien de jour- 
naux ont parlé de Guillaume il ? Cependant la 



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30 LE PRÉSIDENT WILSON 

mention était iadîspensable à la juste mesure des 
idées morales et juridiques du monde contemporain. 

L'IGNORANCE UTILE 

L'ignorance où l'on tient les Français permet 
d'aligner des rétlexioas puissantes, des raisonne- 
ments de haut vol, comme celui-ci, paru à l'Huma- 
nité : — Si Kant ainspiré Wilson, comment serait-il 
responsable de la guerre, ainsi que le soutiennent 
certains théoriciens? 

Si des théoriciens rendaient Kant a responsable » 
de la guerre, c'est qu'ils ne sauraient pas ce que 
c'est qu'dtre responsable, ils seraient trop pareils à 
ce rédacteur de i'Humaniié. Ce que l'on dit, c'est 
que le pangermanisme dérive, pour une part très 
grande, de la philosophie de Kant et de cette partie 
du kantisme qui elle-même coule, comme de source, 
de Rousseau et de la Réforme opérée par « l'homme 
allemand > Luther. Cela est un peu dilTérent. Cela a 
même été démontré. Mais il ne dev'rait pas être 
nécessaire de recourir aux preuves en forme, tant 
est certaine, logique, sensible, la filiation kantienne 
du père spirituel de Guillaume II, le Fichte des Di»- 
cours à la nation allemande. 

Des enfants de six ans incapables d'avoir deux 
idées à la fois se reruseront seuls à admettre qu'une 
philosophie ayant pour disciples directs Fichte, 
M. Wilson, Guillaume II puisse également suggérer 
le pacifisme, canoniser la Révolution et fournir au 
pangermanisme son premier aliment. 

La contradiction des trois thèses est-elle, en elTet, 
si forte? 



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LE PACIFISME KANTIEN CONTRE LA PAIX 31 

Eât-ce que les promoteurs de notre Révolution 
n'étaient pas des pacîB^jtes déclarés? Est-ce que 
toute leur doctrine n'aboutissait pas à la fédération 
des peuples et à l'unité du genre humain? Est-ce 
qu'ils n'ont pas fait pendant un quart de siècle la 
guerre la plus rude et la plus sanglante qu'on eût 
vue jusque-U? Est-ce que, de Robespierre  Bona- 
parte, ils ont cessé un seul instant de se montrer et 
de se dire les enfants directs du premier maître de 
Kant, leur Rousseau? 

Voit-on d'ailleurs une longue distance du système 
de l'i'dytle sociale et de la bergerie internationale 
aux doctrines de boucherie? Les plus douceâtres des 
rhéteurs ont été dans le même temps les plus féroces 
des terroristes, soit qu'ils aient offert & leurs contem- 
porains, avec une sérénité boche, « la Fraternité ou 
la mort-*, soit qu'ils aient ajourné le bonheur du 
genre humain c à la Paix ». Vraiment, la coexis- 
tence des doctrines sanglantes et de la philanthropie 
rituelle vaudrait d'être examinée : si l'examen ne 
doniiait rien, on pourrait toujours conclure à une 
simple coïncidence de fait ; mais si la rencontre est 
reconnue logique, Uée au développement intérieur 
de certaines idées, par exemple de l'individualisme ' 
de Kant, de Rousseau et de la Réforme, eh bien! le 
public aura appris quelque chose, il aura profité de 
l'encre et du papier... 

LES FABLES UTILES 

— Oui. Mais, dit un parti, il ne faut pas que le 
public s'instruise aux dépens des idées et des doctrines 
qui nous élevèrent et qui nous soutiennent. Notre 



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3S LB PRÉSIDENT WILSOM 

doaunation comporte des ooaditiwiB moimles et 
iatellectuflllea. Celles-ci retirées, noas tomboiu sur 
notre séant. 

De là t'éoraa dont je voua ai parlé. De Ut, le voile 
ofiicieux et l'obturateur secourable. De là Surtout 
les transcriptions ou les réfutations qui commencent 
par des travestissements pleins de fruit- 

La grande curiosité des c idées de la guerre > sera 
un jour le joli déplacement de limites opéré daas 
l'Histoire de la philosophie. Du temps où l'intérôt 
supérieur de la démocratie ne semblait pas mêlé à 
l'aETaire, il était couramment admis que la période 
germaniste de la philosophie en Allemagne com- 
mençait à Emmanuel Kant pour s'accentuer avec 
ms disciples Fit^te, Schelling, Hegel, car Leibnitc 
était enoore rattaché à la Société européenne et au 
monde de la civilisation latine quelles que fussent au 
surplus ses oaractéristiques allemandes. Le poteau 
frontière, si l'on peut dira, était entre Leibnita et 
Kant. Maintenant, on est en train de le planter se- 
reinement entre Kant et son premier iils spirituel : à 
Ftchte seulement dos professeurs en mission ordi- 
naire et extraordinaire font commencer la danuu^le 
Altemagna nouvelle, celle qu'il faut exorciser, car 
ils ont muidat exprès d'éviter que l'anquâte ae re- 
monte À Uousseau. 

- Il est très beau de voir ces domestiques d'un parti 
faire ensuite leurs dévotions è. l'Universel, au Libre, 
au Général, au Pur I 



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Il 
L'INTERVENTION 



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M. WILSON RECOURT AUX ARMES 



Washington, 2 avril, — La sé&nce d'ouverture de 
la session a commencé, suivant l'usage par la récita- 
tion de la prière qui a été faite par le même chapelain 
aveugle qui la récita lors de la guerre d'Espagne. ■ La 
diplomatie a échoué, a-tril dit; la persuasion morale a 
échoué; les appels à la raison et à la justice ont été 
écartés. Nous abhorrons la guerre; nous aimons la 
paix; mais si la guerre nous est imposée ou doit nous 
être imposée, nous prions pour que tous les cœurs 
américains battent au même unisson patriotique, pour 
. que le peuple uni se rallie autour du président et lui 
doive l'autorité voulue pour prendre toutes les mesures 
jugées nécessaires pour protéger la vie des citoyens 
américains et sauvegarder notre héritage» 



Telles sont les premières lignés des i 
dépêches Havas envoyées de Washington en Europe. 
Noua les avons reproduites afin d'informer notre 
public. Nous regrettons de ne pas les voir dans tous 
les journaux. Cette oraison ne montre pas mal la 
forme exacte de l'esprit public américain, son tour 
religieux, sa passion patriotique et nationaliste ; 
bien plus que le document, combien est significatif le 
témoin qui le porte : plus qite cette prière combien 
est signilicatif le chapelain qui la fait! 

Il avait fait, voilà moins de vingt ans, ta même 
prière pour l'ouverture de la guerre de 1898, qui a 
marqué le premier pas de la puissance américaine 
dans la direction de l'Europe. Cç n'était pas une 



u, ,M,,Cooj^k' 



S6 LE PRÉSIDENT WILSON 

guerre de défense, non. Il fallait < affranchir > de 
belles lies, les unes toutes proches, comme Cuba, 
utiles et commodes é la vie de l'Amérique, les autres 
éloignées comme les Philippines, mais jugées essen- 
tielles à l'expansion de l'empire de l'Union. 

Il aura BufQ à M. Woodrow Wilaon de déclarer 
que son présent objectif était désintéressé, c'est-à- 
dire n'avait d'autre intérêt que de répondre à des 
offenses, à des Insultes et à des dommages matériels, 
pour déterminer un peu psirtout dans notre presse 
des conclusions précipitées sur l'éclipse fatale de 
l'esprit de conquête ou sa disparition de l'Amérique 
du Nord. chapelains laïcs de la démocratie, vous 
êtes encore plus aveugles de ce cdté de l'Océan que 
votre vénérable confrère de Washington! Et oeax 
d'entre vous qui ont gardé des yeux pour y voir 
tiennent oertaihement & aveugler ou à abrutir leurs 
clients quand ils racontent dans leurs journaux, 
comme Bracke à, l'Humanité, que < les peuples 
maîtres d'eux-mêmes garantissent la p&is I » 



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L'AUTOCRATE D'OUTRE-MER 



9 avril 1911. 

M. Milioukof, ministre des Affaires étrangères du 
Gouvernement provisoire russe, prend acte de l'évo- 
lution de M. Wilson '. On a connu une t ancisnne 
opinion de M. Wilson ■ sur les buts de guerre de 
l'Entente, et elle leur était défavorable. Elle est 
aujourd'hui favorable aux principes soutenus précé- 
demment par c MM. Briand, Asquith, lord Grey et 
autres hommes d'Etat alliés *. Le président des 
Etats-Unis reconnaît la nécessité de la victoire pour 
la pais, il admet nos * buts concrets ■. 

M. Milioukof a grandement raison d'insister sur le 
fait de cette évoluti&n accomplie dans le court es- 
pace de quelques mois. Elle est allée s 'accentuant dans 
le sens antigermanlque. Elle s'accentuera, n'étant 
pas terminée. M. Wilson s'est rendu compte assez 
vite que l'Entente et les Empires centraux n'étaient 
pas à égalité, comme le lui montrait une illusion de 
jugement : il verra peu à peu se dissiper l'autre illu- 
sion qui lui fait distinguer entre les populations 
impériales et leurs conducteurs. En France, nous 
avons donné en plein, presque tous, dans cette 
erreur au commencement de û guerre. Un commu- 
niqué d'août 1914 mentionnait gravement que des 
prisonniers boches s'étaient plaints de cette * guerre 

1. Décl&ration à an rédacteur du Tempe. 



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38 ^ LE PRÉSIDENT WILSON 

d'officien », et le noble Albert de Mun avait admis 
pour vingtrquatre heures l'extravagance dont il fit 
d'ailleurs son mea culpa de la meilleure gr&ce du 
monde. Entrée tard dans !a guerre, située aux coo- 
fin» dû monde occidental, il est naturel que l'Amé- 
rique retarde sur nos jours et nos nuits. Elle se fera 
peu à peu aux réalités européennes, et l'inanité de 
ses appels à la démocratie ennemie s'étant dégagée 
des faits, elle s'assagira comme les camarades en 
reconnaissant tout ce que de tels propos ont de 
creux. 

UN PRÉSIDENT DÉMOCRATIQUE 

Reste à savoir si, de ce cAté-ci de la terre, les 
.partis intéressés à la vogue de ce langage voudront 
arrêter l'exploitation intensive qu'ils en ont com- 
mencée. Ce serait la loyauté, ce serait la sagesse. 
Mais ce ne serait pas l'intérêt immédiat. 

Néanmoins, les faits sont les faits : les feuilles 
socialistes font un acte de foi dans l'irréflexion ei 
l'aveuglement de leur public quand elles juxtapo^cni 
à leurs cri^ d'entllousiasrae déclamatoire dans 
avenir de liberté et de pacifisme garanti par l'Amé- 
rique tels documents signés par M. Wilson, qui por- 
tent le caractère 1° d'un pouvoir personnel quasi 
ment autocratique duns ses dispositions comme dans 
son langage, et 2° de prévisions positives dont le 
pacifisme n'est pas le trait dominant. 

M. Wilson parle comme Louis XIV : 

Les principes qui trouvent leur'&xpression dans les 
mesures législatives présentées par le département de 



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L'AUTOCRATE IVOUTRE-MER 39 

1» guerre aux Comités militaires du Sénat et de la 
Chambre des reprêseutants ont udn entière appkoba- 
TioN... hes hommes nécessaires pour l'armée régulière 
et la garde nationale seront obtenus, comme c^est le cas 
maintenant, par dns engagements volontaires jusqu'à 

CE QUE LB PRÉSIDENT EBTIIfB QU'UN SYaTËHE DE CONSCRIP- 
TION COMBINÉ AVEC LE TIRAGE AU SORT SOIT DÂSIBABLE. 

Voyez-vous cette < estime du président » consi- 
dérée comme limite du désirable et de l'indésirable ! 
Il ferait beau voir que notre Elysée parlât de ce ton 
ou seulement donnât son avis. 

De plus, l'avis tient compte, pour l'avenir, de 
l'esprit et de la volonté pacifiques dont le monde 
recueille les manifestation»). Mais il tient compte 
aussi de leurs bons ou mauvais succès, de leurs suc- 
cès et de leurs insuccès relatifs, et, en bref, de toui 
les cas du possible dont l'anticipation est permise et 
facilitée à l'esprit humain. 

M. Wilson dit, par exemple : 

Lorsque ces dispositions pour la paix du monde seront 
prises, nous pourrons déterminerNos besoins uilitaires 
et adapter notre préparation uilltairb au génie du 
monde organisé pour la justice et la démocratie. 

I Besoins militaires >, ■ préparation militaire >! 
Besoins ou préparatife qui étaient quasiment nuls en 
Amérique sous l'ancien régime de la paix armée. Le' 
régime de la paix désarmée se distinguera du pre- 
mier à ce signe qu'il y aura dans le nouveau monde 
des J>esoins et des préparations militaires absolument 
inconnus jusqu'alors. Tel est l'effetdirectdes calcuU 
réalistes que (ait M. Wilson, mais dont ses admira- 



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46 LE PRÉSIDENT WILSON 

teura Im obefs socialiste* irançaïB b« gu^ent o 
du teu : ils ne veulent roir qu'un aspect de l'antioipa- 
tion pacifiste, celle de l'inertie, de la paresse et de 
l'incurie,' celle qui a permis à leur parti de si grands 
progrès aux baaux joufsdeMM. Waldeck-Ruusaeaa, 
André et Combes, où furent semés nos malheure. ' 

Je ne note que pour mémoire le mouvement natio- 
naliste et la magnifique guerre aux espions dont 
Washington après Pétrograde fournit le modèle à 
Paria, — qui est en guerre depuis trois ans! 

ALLEMAGNE, AMÉRIQUE ET ANGLETERRE VRAIES 

Quel que soit le zèle intéressé de nos politiciens k 
déguiser les réalités aous les mots, le public intelli- 
gent ne pourra manquer de voir grandir l'écart entre 
leur langage et les choses. Ce public si nombreux en 
France comprendra que, si M. Wilson sa fait encore 
quelques illusions sur l'Allemagne, les exploiteurs 
de la bonne foi française forgent sur l'Amérique un 
tas de fables'qui ne peuvent profiter qu'à eux. 

Le dernier mot testera à la vérité. 

L'Amérique verra l'étroite cohésion du peuple et 
des rois germaniques', La France comprendra que 
l'Amérique est un pays oii l'un des Gouvernements 
personnels les plus puissante qui soient, sinon les 
plus durables, équilibre une masse énorme de libertés 
locales et n'est équilibré en somme que par les repré' 
sentants de ces libertés. Elle verra que, dans une 

1. lia fallu, pour lea eûparer, U déraile, el eaeore ne savons- 
DOUH pas quelles obscures tractations ont pu avoir lieu k ce 
momaot. (Note de 1919.) 



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L'AUTOCRATE D'OUTRB-MER 41 

situation différante de la ndtre, ce gouvernement est 
en ivolutioQ profonde et rapide. 

Dans quelle direction? En quel sens? On peut à 
peine l'entrevoir. Mais ni son action militaire et 
maritime, ni sa politique étrangère (que Tocquâ- 
ville lui interdisait) ne l'orientent vera le pôle démo- 
cratique, quelques centaines de milliers de foiB que 
ce nom sacro-saint soit couché avec de l'encre sur' du 
papier. 

Ce mot sacramentel est répété en Angleterre par 
M. Lloyd George, avec l'accent et le cri du prophète : 
Lloyd George réserve l'univers i la démocratie, 
maudit les ennemis de la démocratie, associe contre 
eux toutes les démocraties. M. Uoyd George est cet 
ancien destructeur de la Chambre des lords qui, 
chargé de réorganiser son ministère depuis la guerre, 
y a fait entrer plus de lords qu'on n'en n'avait vus de 
mémoire d'homme dans aucun cabinet du siècle. 

De son côté, Guillaume II fabrique aussi de la 
démocratie. Est-it nécessaire d'identiQer ce Guil- 
laume? Ou la neuve démocratie prussienne va-t-elle 
faire tomber le peuple français dans les mêmes pan- 
neaux que le vieux libéralisme prussien qui servit 
de piège & attraper nos grands-pères? 

II 

10 avril 1917. 
POUR QUE LES FRANÇAIS VOIENT 

Nous essayons de prévenir le public français des 
pièges qui sont tendus à sa bonne foi. Les uns lui 
viennent d'Orient, les autres d'Occident. Il en esï de 



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iZ LE PRÉSIDENT WILSON 

Russie, il sr est d'Amérique. Le tout est de n'y pas 
tomber. Mais je ne me lasse pas d'admirer l'énergie 
avec laquelle tout rayon de lumière est écarté, offus- 
qué, détourné par des hommes que leur profession 
intellectuelle devrait intéresser à la seule vérité. Y 
a-t-il donc un iatérât supérieur? Je ne le croyais pas. 
Mats je commence & croire, d'après ce que je vois, 
que mon optimisme était faux. Il suffit de crier 
( citoyens, prenez garde > pour exciter une rumeur. 
Existerait-il des gens apostés pour que nos citoyens 
ne prennent pas garde? 

J'ai été seul, absolument seul, dans la presse, à 
signaler, & souligner le caractère de haute autorité, 
l'accent de pouvoir personnel qui se marquait dans 
les coaimuDÎcations du président Wilson. Cette reven- 
dication du sens propre présidentiel, si elle est réelle, 
méritait d'être mise sous les yeux du peuple français 
qui est souverain, c'est-à-dire qui n'a pas de sou- 
verain, qui est seul chargé de sa destinée. Il était 
ainsi prévenu. Ou lui épargnait des surprises et des 
contre-sens. On le tenait au courant de la nature de 
l'autorité dans la République américaine, si diffé- 
rente de ce qui se voit dans la République fran- 
çaise... Il parait que ces informations étaient sans 
profit. Que l'opinion, se trompe, que l'esprit public 
s'égare, l'important, l'essentiel, Tonique, c'est de 
distinguer le pouvoir de Mf Wilson de celai de 
Louis XIV que j'ai nommé à cette place hier matin. 
Il y a un f danger Louis XIVjo. Ranke disait en 1^70 
que les Allemands lui faisaient la guerre. Il n'y a 
pas que les Allemands qui fassent la guerre au 
Grand Roi. 



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L'AUTOCRATE D'OUTRE-MER « 

Je lis dans uq journal que pour moi M. Wilson est 
« un type dans le genre de Louis XIV ». On me 
Tait obligeamment remarquer que ce Louis XIV est 
* rééligible au bout de quatre ans et jamais réélu an 
bout d« huit *. 

Et cela est suivi d'un point d'exclamation. 

LE POUVOIR PERSONNEL ÉLU 

Nos lesteurs se joindront à moi pour remercier le 
Bavant correcteur. Ils ne manqueront pas d'ajouter 
que la nécessité de se faire réélire est précisément 
ce qui paralysa M. Wilson pendant lés deux pre- 
mières . années de la guerre. Tous ses prédécesseurs 
avaient d'ailleurs subi la loi du même dommage. 

Leurs quatre premières années sont consacrées à 
préparer4eur réélection. 11 leur reste un temps égal 
pour agir. C'est peu. Roosevelt en sait quelque 
chose : Roosevelt porté au premier rang, tout 
comme M. Wilson, gr&ce aux conjonctures les plus 
fortuites! Et cet aspect de leur histoire ne témoigne 
pas en faveur du régime électif. 

Mais il ne s'agissait pas de ce régime dans nos 
réflexions d'hier. Il s'agissait de l'autorité inhérente 
aux vastes pouvoirs de la charge, de l'autorité per~ 
sounelle d'un seul homme que nous avons eu la chance 
de pressentir dès juin 1913'. Ce chef d'un parli 
que l'on appelle démocrate, mais qui fut longtemps 
le parti du paLriciat aux Etats-Unis, parait senlir 
Futilité, même la nécessité de dire : je veux, je dois, 
je juge, je suis là; la nature des institutions de son 

I. Voir Kiel et Tanger, édition de 1913 et aulvanlex, p. ctv. 



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U LE PRÉSIDENT WtLSON 

pays lui semble devoir aocentuer encore son iaotîna- 
tion personnelle. Que ce ton, ces accents puissent 
suflire A pourvoir à ces nécessités, j'en doute; je ne 
le crois pas. Que l'autorité sans l'hérédité soit le 
moteur et le guide dont nous avons besoin, nos ex- 
périences françaises de jacobinisme et de plébiscite 
suffisent & le contester. Mais un élément insuffisant 
peut être pourtant nécessaire, d'autant que l'autorité 
pure est demandée à cor et à cri dans nos ieuiltes de 
gauche. Je montre de façon indubitable que l'Amé- 
rique a réalisé le premier point du programme gou- 
vernemental. Je me trouve être le seul écrivain à 
le montrer... Et c'est ce qui me vaut d'élégantes 
nasardes . 

On plaindrait volontiers pour leur esprit d'irré- 
flexion les auteurs anonymes ou masqués, de sem- 
blables misères, s'il ne fallait plaindre davantage un 
pays ainsi renseigné, ainsi éclairé et conduit! Nos 
erreurs silr l'Allemagne ont représenté, je I'eù écrit 
un aD avant la guerre, cinq cent mille jeunes Fran' 
çais couchés froids et sanglants sur -ieur terre mal 
défendue*. Que représentent de pareil nos erreurs 
sur l'Amérique? Que représentent nos erreurs symé- 
trique^ sur la Russie? On se le demande avec une 
pitié profonde. Et on le demande aux littérateurs 
sans conscience ni responsabilité. Se ligurent-ila 
qu'il suffise de leur trait de pluftie pour faire que ce 
qui est ne soit pas ? 

Un grand Américain dont la leçon est à la base 
d'un grand nombre de nos études disait : « En dépit 

1. Kiel et Tanger, édition de 4913, p. xlvi. 



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L'AUTOCRATE D'OUTRE-MER 45 

de la voix haute et salutaire des lois de gradation 
qoi pénètrent si vivement toute chose sur la terra et 
dans le ciel, des efforts insensés furent faits pour 
établir une démocratie universelle. » Le génie d'Ed- 
gard Poe donnait d ces paroles un accent de oommi- 
sération et de plainte qui ne s'éteindra qu'avec les 
suprêmes résonnances de l'esprit humain. Car dans 
l'ordre des faits politiques et sociaux l'insanité de la 
conduite ne s'expie pas uniquement avec des larmes. 
C'est le sang qui paie. Les véritables philanthropes 
sont ceux qui mettent, comme nous, un peu de rai- 
Sonet de clairvoyance au service des aveugles forces 
du cœur. 



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LE CONTACT DES RÉALITÉS 



16 juin 1917. 

A pas très lents, mais aussi réguliers que sûra, 
M. Woodrow Wilson paraît descendre da Sînal de 
la Paix blanche. Quand on lira le grand discours 
qu'il vient de prononcer & la Journée du Drapeau, 
peut-être sera-t-oo tenté de trouver que les belles 
phrases lancées à Paris par M. Viviani retardent de 
plusieurs semaines. 

« Nous sommes des Américains, à notre tour 
nous servons l'Amérique et pouvons la servir pour 
elle-même. > 

A quelques mots près, c'est le discours de M. Sa- 
landra au Capitole romain de 1915. Le nationalisme 
universel s'accentue de l'autre cAté de la mer, ainsi 
que l'avaient prévu tous les observateurs perspi- 
caces, notamment M. Morton FuUerton. 

M. Wilson a expliqué pourquoi l'Amérique est 
intervenue dans ta guerre : parce que les Allemand! 
Vont insultée et l'ont attaquée elle-même. Voîl& le 
fait. Cette façon d'entendre ■ la guerre du droit «est 
compréhensible pour nous. L'étai démocratique des 
pays alliés n'a pas été considéré dans la décision qui 
nous a rapporté la chance de ce bel appoint. C'est, 
une fois de plus, Guillaume II qui ee montre pour- 
voyeur excellent de la coalition- du monde contre 
son empire. Une fois de plus,' il aura excellemment 
mérité le sobriquet de Fâdèbateur que i'Action 
françaite lui décerna, quand il n'était qu'à ses 



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LE CONTACT DES RÉALITÉS 47 

débuts dana le métier, par un acte poblio en date 
du 13 août 1914 que l'on pourra retrouver dans non 
collections. 

Hurrahl trois fois barrah! pour ce priacel Heau- 
tontimoroumenos soabaité 1 Catoblépas rêvé ! Pour 
tout dire, Boche accompli I 

M. WILSON ET L'ALLEMAGNE 

Avec tous ceux qui connaissent bien l'Allemagne, 
nous persistons i juger qu'il reste pourtant à 
M. Wiisou certains progrès à faire dans la décou- 
verte des Allemands. Comme nous l'avons déjà noté, 
il continue de rapporter le militarisme allemand & 
l'autocratie comme à sa cause, au lieu de mettre en 
accusation le Germanisme, c'est-à-dire toute la subs- 
tance nerveuse et sanguine de l'Allemagne moderne. 
Cependant, là encore, il y a correction par complé- 
ment. M. Wilson s'en tenait naguère à l'Allemagne 
des féodaux et des junkers. Il découvre celle des 
professeurs. Il semble soupçonner celle des socia- 
listes et des libéraux, c'est-à-dire une bourgeoisie et 
un prolétariat dévorés de passions impérialistes. 
Noua pouvons l'assurer qu'il n'a point épwsé le 
sujet. Nous ne disons pas à M. Wilson : Marche! 
marche I mais : Regarde! regarde 1 Osera toujours 
avec pro&t. 

S'il tient à. son reliquat d'erreur c'est peut-être 
qu'il croit y trouver un moyen moral de distinguer 
entre le peuple allemand et ses chefs : il peut dé- 
clarer avoir f une vague intuition i de combattre 
aussi pour le bien-être et la félicité des bonnes gens, 
des braves gens qui doivent exister en Allemagne 



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48 LE PRÉSIDENT WILSON 

comme partout. En vérité, est-il besoin de s'illu- 
sionner sur l'Allemagne pour émettre cea vues de 
philanthropie et de politesse? Noua qui n'avons 
jamais cessé de présenter ici sur le monde germa- 
nique les vues exactes auxquelles chacun se rallia 
peu à peu, nous n'avons pas caché que la redistri- 
bution uaturelle, traditionnelle, historique des AUe- 
magnes pourrait bien être la condition du bonheur 
privé allemand. Donc, nous aussi nous sommes ger- 
manophiles à nos heures. Nous nous donnons le luxe 
de peaaer à la « sécurité >, aux i libertés du peuple 
allemand >. Mais nous le faisons en toute lumière et 
sans avoir besoin de nous placer sous l'abri éphémère 
d'une fragile erreur de fait. Au fur et à mesure qu'il 
se rapprochera de la réalité, M. Wilson verra qu'il 
n'a rien & perdre de ses bons sentiments ni de ses 
bonnes dispositions : il y gagnera de ne commettre 
aucune de ces méprises fatales qui dictent des fausses 
manœuvres et qui feraient de nouveaux torts à l'hu- 
manité pleine de douleurs et de sang. 

LE GÉANT ET LES NAINS 

II serait cruel, il serait sanguinaire de se figurer 
qu'une révolution démocratique ou libérale serait 
une garantie suffisante de la tranquillité et de la 
douceur du peuple allemand. 

Il serait désastreux de s'imaginer que l'institution 
en Allemagne d'un < Gouvernement responsable 
envers le pays * (comme il y en a un dans l'Empire 
turc I) suffirait & sauver l'Europe des armes impé- 
riales. Le simulacre en est facile, le contrûla en est 
malaisé, le résultat ne vaut pas cher. Il n'y a qu'un 



t,Googlc , 



LE CONTACT DES RÉALITÉS 49 

moyen de vivre en bon Européen, ou de restaurer 
une « chrétienté », ou d'obtenir un statut gui tende à 
une société des nations : c'est de commencer par 
diviser l'unité allemande dans le plus grand nombre 
possible de parties, par conséquent aussi petites que 
possible. Alors, et alors seulement, le Boche sera 
inoffensif. Ou bien, les braves et paisibles associés 
de l'Europe et de l'Amérique seront obligés, selon 
l'expression même de M. Wilson, de vivre « pendant 
un temps encore indéfini sous le joug pesant des 
armes ». Pourquoi? Parce que, toujours selon le 
propos de M. Wilson (qui ne s'améliore pas à demi), 
parce qu'il subsistera au centre de l'Europe «des 
pays capables de maintenir, sans parallèle posiible 
atiec le$ autres nations, les plus puissantes forces 
armées ainsi que les armements les plus formida- 
bles, et en face desquels les libertés politiques ne 
peuvent que languir et périr •. 

C'est la table du géant associé avec des nains, 
ou encore du couple d'éléphants jugé, contrôlé et 
condamné au dernier supplice par un tribunal de 
colombes assisté par une maréchaussée de souris. Il 
ressort bien de là que la politique -de la Société des 
nations, plus qu'aucune autre, exigerait le retour à 
la politique de 1648. Les socialistes français n'en 
conviendront jamais parce que le progrès d'un socia- 
lisme- futur en Allemagne les intéresse infiniment 
plus que la sécurité française, et le morcellement de 
l'Allemagne en petits Etats n'est aucunement favo- 
rable à ce ( progrès *, la sozial- démocratie n'existant 
que par l'Empire et par l'unité. Mais il est déjà sen- 
sible que M. Wilson se moque un peu de la sozîal- 



U,-:..,L,G00J^|C 



50 LB PRÉ61DBNT WILSON 

déinooratie : il est douteux que nos socialiates I« 
touchent par cet argument ei tant est qu'ils otent le 
lui offrir en clair. Lieur dédaraUoa d'hier i. la Chambre 
montre un goût de l'équivoque et un génie retarda- 
taire qui est peu français et qui n'a rien d'américain. 

Il y a plaisir â exprimer ooa félicitations au Pré- 
sident qui tient le drapeau étoile. Nous n'avions pas 
tort, un an avant la guerre, de rêver que M. Woo- 
drow Wilâon apportait avec s« politique personnelle 
quelque chose de neuf pour son pays et pwir le 
monde. Ce Bochs de Kant avfait failli nouB brouiller 
depuis. 

Les réalîtéfi politiques réconcilient. 



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LE MESSAGE A M. GOMPERS 



& septembre 1917. 
M. WilsoQ continue ce curieux mouvement alterné 
qu'on pourrait dé&nir la concentration des réalités 
' du pouvoir et le déploiement des fictions juridiques. 
Aucun chef d'Etat n'est plus acharné à se réclamer 
de la démocratie, aucun n'est plus Jaloux de ta pos- 
session et de l'exercice d'une autorité qui confine à 
l'autocratie. 

On sait qne le vocabulaire démocratique de 
M. Wilson ne nous a jamais inquiété, en raison des 
sens varié», parfois piquants, revêtus par oe terme 
aux Ëtats-Unis d'Amérique. Il y a un demi-siècle, 
tes adversaires de l'esclavage noir et de la cbevalerie 
du sud étaient dits républicains. Aux partisans de ce 
r^ime étaient attribuée la qualité de démocrates' 
Uae trfle démocratie selon le cœur de Platon, 
â'Aristote et d« ce prodigieax aristocrate virginien 
Edgar Poe, e^t certainement conciliable avec tous les 
régimes qui sont, qui furent ou qui seront en vigueur 
dans «otre Europe entre l'an 1200 et l'an 2000. Nous 
doutons qu'on en tire quoi que ce soit do favorable 
aux régimes sociaux ou politiques communément 
'qualiftéë do démocratie dans l'ancien continent. 

DÉMOCRATIE ET ORGANISATION SOCIALE 

Du poiat de vue eoropéen, M. Wilson, dans une 
lettre au président de la C. G. T. américaine, 
M. Gompws, avoue du reste que « la guerre a une 
t ttttd w M a é. la réaction ». Mais il ne prend pas garde 



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sa LE PRÉSIDENT WILSON 

que cette réaction de l'éaergie et de l'inégalité se 
trouve bien compensée dans l'intérêt syndical ,et ou- 
vrier par des phénomènes d'ascension des classes et 
de reclassement social. En effet, s'il y a dana le 
domaine politique pur une réaction déterminée par 
la nécessité d'un commandement unique, d'une dis- 
cipline exacte, d'une hiérarchie rigoureuse, d'une ' 
entrave enfin mise aux délibérations des bavards 
(toutes choses dont l'action wîlsonienne témoigne très 
clairement), le domaine sooial montre l'accroisse- 
ment de l'importance et de la valeur d'un certain 
nombre de travailleurs de plus en plus nécessaires & 
la victoire: leurs salaires élevés, leiîr fonction accrue, 
leurs droits ou développés ou mieux reconnus témoi- 
gnent qu'ils s'installent de mieux en mieux dans 
l'organisation générale et que celle-ci s'enrichit d'élé- 
ments nouveaux tout à la fois plus libres (puisqu'ils 
sont plus puiisants) et mieux difïéreociés (parce que 
c'est dans un travail spécial que leur importance 
s'accuse et que se montre leur succès)'. La guerre 
produit donc une montée nouvelle, une nouvelle 
promotion de classes sociales, c'est-à-dire l'heu- 
reuse ascension historique d'un élément national, 
pendant qu'elle oblige la démocratie proprement dite 
soit à se démettre de ses pouvoirs politiques entre 
les mains de quelques chefs influents et puissants,* 
tels que le président Wilson, goit à céfler à la pres- 
sion des armées extérieures et des chefs étrangers, 
comme fait la démocratie russe, soit enfin à osciller 
douloureusement entre l'organisation militaire et la 
dissolution politique comme dans un autre pays 
qu'il n'est pas nécessaire de désigner nommément : 



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LE MESSAGE A M. GOMPERS 53 

pays où fleurit de la façon la plus nçtte l'antinomie 
du national et de l'électoral, du technicien et du poli- 
ticien, du démocratique et de rorganique. 

L'ORDRE DU JOUR DES CHEMINOTS 

Le président Wilson parie à M. Gompers de tout 
autre chose, en vue d'aboutir aux actions néces- 
' saires de paix intérieure et d'activé mobilisation ex- 
térieure. Mais dans un pays aussi ancien que le 
nôtre, saturé d'oraisons emphatiques et sauvé par 
son scepticisme, le remède des remèdes est la vérité, 
telle que nous la disons à M. Wilson, telle que nous 
la dirons à ces cheminots dont on a lu l'ordre du 
'jour fédératif du 3 septembre*. 

A notre sens, il faut parler aux cheminots français 
comme le président Wilson n'a pu parler aux cégé- 
tistes américains. Nos cheminots se font une grande 
illusion: ilsappréhendentune politique de régression, 

1. < La FëdératioD Nationale des Cheminots, tout en affir- 
mant sa ferme Tolonté de se tenir à l'écart de toute politique, 
mais considérant les répercussions que peut avoir la solution 
de la crise actuelle sur l'action de la classe ouvrière ; 

> Considérant la nécessité d'une politique de confîance et de 
largeur de vues, sauvegardant sa liberté d'action et préparant 
des libertés nouvelles ; 

• Proteste, contre la campagne as presse menée à travers 
cer'aines personnalités contre la classe ouvrière, et dénonce le 

•bul que veulent atteindra les auteurs de cette campagne qui 
est de jeter le discrédit sur les organisations syndicales et 
ouvrières et de paralyser leur action de demain ; 

• La Fédération Nationale des Cheminots déclare qu'en 
accord avec le prolétariat confédéré elle saura faire échec à 
toute politique de régression et de répreesiort sociales, > L'es- 
pion Almereyda venait de périr en prison, et l'affaire Malvy 
s'annonçait : nos politiciens essayaient d'y entraîner la classe 
onvrière. 



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H LE PRÉSIDENT Vtt»Oti 

<ïe répression soictates. L'essorîndastriet développé par 
]a guerre a donné trop d'importance à toim les ouvriers 
de métier ponr qne leurs corps d'étM n'y trouvent 
point avantage et avancement médiat et immédiat. 

Cette valeur nouvelle a commencé par leur assurer 
d'abord la vie sauve : il' a fallu les préserver, les 
garder, les mettre à l'abri dans l'usine, dan» la mine 
et dans l'atelier ponr permettre aux combattants de 
défendre le territoire eomme il fallait. II a fallu en 
môme temps leur attribuer des salaires rémunéra- 
teurs. Il a fallu etiRn leur accorder dans l'exercioe 
de leur métier soit des prérogmtivea nouvelles, Soit 
un usage plus étendu des prérogatives anciennes : 
l'institution et la reconnaissance des délégués d'ate- 
liers est un signe entre bien d'autres de ces progrès 
d'organisation sociale qui fortifient et tempèrent l'au- 
torité des employeurs en la limitant et en l'éolairaot. 

Dans cette voie professionnelle, il semble que la 
nécessité générale et les intérêts particuliers des 
travailleurs aillent souvent de pair : plus l'ouvrier 
collaboreraàrefFort delà guerre, plus il développera 
sa situation, et je vois bien qu'inversement cette 
condition développée lui permettra d'être un auxi- 
liaire plus efficace dans la défense de la patrie. Les 
deux causes sont liées très étroitement. Qu'il y ait 
des heurta de détail et des désaccords aocidentelsr 
c'est !a vie. D'ensemble, de haut et de loin, la con- 
cordance emporte tout ; chacun. Etat, patrons, ou- 
vriers, soldats, simples citoyens, enfm tout le monde 
a intérêt à ce que le sentiment de l'intérêt commun 
domine et règle les conflits éventuels. 



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UN BON PORTRAIT DE M WILSON 



JO décembre 1917. 

II faut lire le livre très beaa, très riche et très net 
que M. Daniel Halévy vient de publier à la librairie 
Payot sur le président Wilson. 

M. Daniel Halévy, voilà quelque vingt-cinq ans, 
fut le premier à rectifier quelques préjugés intéressés 
que des anarchistes essayaient d'accréditer en France 
sur Nietzsche. Sa rectification porte aujourd'hui sur 
une image trop mystique, et trop idéaliste, que l'on 
DOUB a faite de M. Woodrow Wilson, Cette dernière 
image a été, en partie, et provisoirement, adoptée 
en France malgré les sages et heureux pronostics de 
Jacques Bainville. Les mandements de M, Wilson 
et quelques articles de son programme primitif con- 
traignirent, ou peu s'en fallut, à cette erreur. Mais 
ceux qui ont vu M. Wilson corriger, modifler, com- 
pléter les principes et les conséquences qu'il en tirait 
au fur et à mesure que son esprit se rapprochait de 
son objet et avançait dans la connaissance de l'Alle- 
magne, les dociles observateurs, les lecteurs attentifs 
ont peu à peu discerné le réalisme de Wilson tel 
qu'il se montre et s'accentue d'une pièce à l'autre, 
au désespoir des socialisants cosmopolites et philo- 
boches. Nous n'avons eu pour notre part, qu'à revenir 
au Woodrow Wilson entrevu il y a quatre ans aux, 
derniers feuillets de la préface de mon Kiel et Tan- 
ger; il y est salué comme un nouveau docteur de 
r«atorité personnelle, de l'ordre incarné et vivant. 



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56 LE PRÉSIDENT WILSON 

INVENTIONS ET EXPÉRIENCES COUTEUSES 

Nous ne partageons pas toutes les idées de son 
biographe. Notammentsurlelcantismede M. Wilson, 
qui ne me paraît pas douteux, et dont le fait ae con- 
cilie fort bien avec d'autres idées plus justes. Mais 
je voudrais dire surtout que l'auteur de cette exceK 
lente et loyale étude de ce que l'on nomme • la démo- 
cratie américaine » se fait, je crois, des illusions sur 
le pouvoir de l'invention en matière d'organisation 
sociale et politique. Pour souscrire complètement à 
ses idées, il faudrait n'être d'aucun temps, d'aucun 
pays et ne pas sentir que les brillantes expériences 
sociales et politiques sont exécutées sur la chair de 
millions et de millions de malheureux vivants, nos ■ 
concitoyens, nos proches et nos amis. Il ne s'agit pas 
d'inventer des solutions brillantes, mais de poser le 
problème par rapport à eux et aux enfants de leurs 
enfants, je veux dire avec une économie si prudente 
qu'elle doit aller jusqu'à l'avarice. 

Un Napoléon dit : c J'ai cent mille hommes de 
rente. » C'est un bel inventeur. Un Bourbon, 
deux Bourbons, trois Bourbons (ils s'appellent 
Louis XVIII, Charles X et Louis Philippe), régnent 
trente-trois ans et, au milieu des pires difficultés, 
ne font pas une gronde guerre. Avant eux, après 
eux, les empires et les républiques devaient faire et 
perdre leurs guerres. Eux, non. Ils n'inventaient 
pas. Ils se moquaient d'inventer. Ils suivaient la 
politique nationale et paternelle de leurs aïeux. 



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UN BON PORTHAIT DE M. WILSON 51 

UN HOMME ET UN ÉTAT 

Cela dit, cette réserve faite, je ne saurais exprimer 
les satisfactions de tout genre qu'apporte un livre 
comme celui-ci. D'autres qui viennent aussi de l'Amé- 
rique nous racontent toutes sortes de choses. 
Celui-ci les explique. Et puis il discerne, il distingue. 
Sur l'admiration déchaiiiée dans le vieux monde par 
les institutions du nouveau, M. Daniel Halévy écrit 
avec réflexion : 

Peut-être eùt-il été plus sage d'admirer l'excellence 
des habitudes civiques qui diatinguent les populations 
de langue anglaise et le bonheur d'un peuple pour 
lequel les heurts politiques étaient bien diminués par 
les ressources et l'immensité infinies du territoire sur 
lequel il vivait dispersé. 

M. Halévy nous montre aussi comment Wilson, 
jeune et alors théoricien, concevait l'autorité dans 
son" livre le Gouveme^nent congressionnel : 

S'il y a un principe parfaitemont évident, écrit-il, c'est 
celui-ci : dans toute affaire, qu'elle soit gouvernemen- 
tale ou commerciale, il faut se fier à quelqu'un, afin 
qu'on sache, si les choses vont mal, qui doit être puni. 
Afin de faire marcher votre commerce avec la rapidité 
et le succès que vous désirez, vous êtes obligé de vous 
fier, sans arrière-pensée, à votre principal employé, de 
lui donner les moyens de oous ruiner parce que vous 
lui Tournissez ainsi des motifs de oous servir. Sa répu- 
tation, son honneur ou sa honte, toutes ses espérances 
commerciales dépendent de votre succès. La nature 
humaine est à peu pcës la même dans le Gouvernement 
que dans le commerce des tissus. 

Les meilleurs Gouvernements sont toujours ceux à 



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H LE PEÈSIDENT WÏL80N 

qui l'on donne beaucoup de pouvoirs eu lear faisaDt 
comprendre qu'ils seront abondamment honorés et 
récompensés s'ils en font un bon usage et que rien ne 
pourra les mettre à l'abri des châtiments les plus sévères 
s'ils en abusent. 

Cette méthode Wîlson est naturaliste. Elle observe 
la nature des hommes en sociétés, leurs sociétés 
d'aujourd'hui et celles que montre l'histoire... Et lui- 
même est expliqué par son histoire. Il descend, dans 
les deux lignes, des premiers émigrants, des premiers 
colons. Il est né, il a véca, professé, administré dans 
te Sud. il appartient au parti démocrate. Il est donc 
un aristocrate. Ce qui ne veut pas dire qu'il soit 
incapable d'entrer en communication avec le peuple. 

Lisez celte page saisissante. A la fin d'un beau 
discours de guerre, prononcé à Kansas-City devant 
15.000 agriculteurs, le 2 février ; 

Lorsqu'il eut parlé, le préaident dit à la foule : 
<• Je vous demande de me laisser terminer mon dis- 
cours en chantant avec vous America... •> 

Les 15.000 assistants, chacun d'entre eux agitant, 
a la manière américaine, le petit drapeau nattenal 
dont il était porteur, acclamèrent la proposition de leur 
chef. ■ Le président, lisons-nous dans le Sun du 
8 février, se tenait dans une attitude dramatique, la 
main gauche sur la poitrine, la tête rejetée en arriére 
tandis qu'il chantait. Aprôa qu'eut cessé le dernier son 
du dernier vers, les assistants voulurent chanter une 
deuxième fois, et M. Wilson conduisit leurs voix avoc 
ses mains tendues. • 

Ne dirait-on pas quelque prédication de Mistral? 

Eh oui I ce président, chanteur, professeur et prêtre, 

reasemble au grand poète politique de la Provence. 



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UN BON PORTRAIT DE M. WIL80N 59 

Et, 81 l'on réfléchit à cette ressemblance, elle peut 
nous aider â préciser l'idée qu'il faut se faire de la 
vie nationale aux Étatâ-Unis. Les Tocqueville y ont 
vu une manière de modèle, autant dire un type 
arrivé et usé. Ceet autre chose : moins et mieux, 
car c'est un germe en voie de se développer, une tige 
qui n'a encore poussé que ses brins. Son signe de 
jeunesse extrême, c'est cette confusion de tant de 
magistratures naissantes, cette réunion du lyrique, 
du religieux et du politique, dans le cœur et la tête 
du même personnage. Les différences ne sont pas 
nées encore. Tous les commencements ont vu de ces 
_ beaux mélanges. Avant Mistral, Orphée et David. 
Mais alpha n'est pas oméga, et commencement est 
loin de terme parfait. La nébuleuse n'est pas le sys- 
tème. Il semble que M. Daniel Halévy ait profondé- 
ment vu cela, car il te fait sentir à. toutes les pages 
et, ainsi, son Wilson théoricien et praticien du réa- 
lisme guerrier nous dessine enfin une image à 
laquelle nous pouvons ajouter foi, donner confiance, 
espérance, sans abdiquer notre raison et sans faire 
de concession sur les intérêts vitaux de notre pays. 



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VALEUR DU FORMULAIRE WILSONIEN 



Les amateurs de paix sanglante, révolutionnaire, 
caduque, grosse de guerres nouvelles ne pourraient- 
ils pas être invités à quelque modération dans leurs 
sentiments, à quelque fixité dans leurs idées? Hier, 
ils témoignaient à nos alliés anglais, américains ou 
italiens une défiance pleine de passion, qui s'exha- 
lait en murmures injurieux devant lesquels nous 
avons dû secouer ici, plus d'une fois, certains anglo- 
phobes du parti Caillaux. Aujourd'hui, c'est une ' 
autre paire dé manches : le président Wilson, le 
ministre Lloyd George ayant parlé eu un sens qui 
parait favorable à certains systèmes, voici qu'il n'y 
a plus de salut pour l'Entente hors des doctrines de 
l'illustre Gallois et du grand Américain ! On doit jurer 
par elles. C'est uniiouveau serment civique, un sacré 
covenant* qu'il ne faut plus transgresser d'un pas. 

Nous qui nous sommes montrés plus amicaux, plus 
reconnaissants et même plus civils envers nos hôtes, 
alliés et amis d'outre-mer, nous nous sentons aussi 
plus libres. 

Chaque pays a ses besoins, chaque nation » s(3n 
génie, chaque histoire nationale représente un cer- 
tain degré, un certain stade de développement qui 
n'est pas, de toute nécessité, le stade et le degré de 
la nation voisine, si proche soit-elle par le cœur ou 



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VALEUR DU FORMULAIRE WILSONIEN 61 

par l'iotérét. Le langage politique, surtout quand il 
est oratoire et s'adresse à de vastes publics popu- 
laires, reflète forcément ces états d'esprit, îws dis- 
positions morales. Ce sont des langages différents, 
dont il suflit que le sens général concorde. Ou, pour 
faire une comparaison plus précise, ce sont des juge- 
ments dont le dispositif doit être identique chez tous 
les alliés, mais dont les raisons et les motife peuvent, 
sans grand dommage, varier d'une nation à une 
autre nation. Pourquoi pas, en eFTet? Qu'importent 
les motifs invoqués, si, de toute part, les alliés, quels 
qu'ils soient, quoi qu'ijs disent, veulent d'abord faire 
la guerre victorieuse, ensuite en tirer uae bonne paix? 

EN FRANCE ET HORS DE FRANCE 

Il y aurait, au contraire, des inconvénients, et très 
grands peut-être, à vouloir, à toute force, unifier, uni- 
formiser les motifs*. Wilson et Lloyd George disent 
cequ'ilsjugentpropreetce qui est propre, en efFet,à 
entraîner les populations de leur race, de leur langue 
et de leur pairie. Traduits, leurs sermons restent 
lointains. Ils agissent un peu ^ur notre petit monde 
politicien, qui 6st de confession analogue ou sur 
lequell'idéalisme septentrional a déteint. Mais, par 
'exemple, sur la masse française, grand, immense 
déchet! Le résultat est facile à mesurer : ce langage 
juridique et religieux dont se repaissent avidement 
les auditoires des grands pays protestants, oe lan- 
gage qui les entraîne et les stimule aux mesures de 
guerre et aux espérances victorieuses, ce langage ne 



t,Googlc 



62 I^ PRÉSIDENT WILSON 

prend et n'agit en Franceqaelorsqu'Ueat«dditioiui4 
d'excitations pacifistes et défaitistes qui vont & ren- 
contre (fu but poursuivi. L'expérience est faite, ii n'y 
a pas à la recommencer. 

Pour l'esprit public de la FrMice. cette expérience 
est peut-être plus ancienne qu'on ne le croit. Bll« ne 
date pas d« la guerre. 

Pendant cent vingt-neuf ans, les Français ont eu 
le temps de faire le tour des idées libérales, démo- 
cratiques, révolutionnaires : est-ce la foute de ces 
idées, est-ce là leur propre? il importé peu, mais 1« 
fait est U: si l'anarchie «st de tous lea temps, de tous 
les temps l'excitation au murmure, à la révolte, au 
pillage, au chambard, la forme positive de l'utopie 
a cessé d'agir. Elle n'encourage plus k l'hction ns- 
tionale. 

Obliger les Français à faire la guerre, & risquer 
leur vie et oelfe de leurs frèree pour des idées qui oa 
leur chantent pas du tout, pour des rêveries qui na 
leur montent aucunement à la t6te, c'est une forme 
de la tyrannie démo<»mique, du bâillon libéral et du 
gouremi^aetu d'opioion, qui valait la peine d'«tr« 
calculée et prévue. Elle exiete. Elle essaye da e'isQ- 
. poser. Il importe de la repoussât dans l'intérêt de 1« 
victoire, 8'autoris&t-«Jle des noraa les plus reepeo-' 
tés. Le oatéchisrae de Wilson vaut pour Les Améri- 
cains qu'il entraîne, le catéchisme de Lloyd Geu^. 
pour les Anglais qu'il électrfee. Il n'y a auoun motif 
de l'imposer ici : non pas même la volonté améHoaiae 
ou at^laise, qui respecte la nôtre, puisqu'elle passe 
la mer pour la défendre et la secourir contre les pré- 
tentions de la volonté germanique. 



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LA PAIX PAR LA VICTOIRE 



16 juin 1918. 

La question que nous ne cessions de nous poser se 
pose aussi par deU l'océan. 

Dans sa vigie de la Maison Blanche, l'homme qui 
incarne les idées de droit et de justice en matière 
intvnationale s'est demandé ce qne serait ]a paix 
tant que l'armée allemande, l'armée d'invasion de la 
Belgique, de la France, de la Serbie, de la Rouma* 
nie, de la Russie et de l'Italie n'aurait pas été 
détruite et annihilée par les armées de l'Alliance. L« 
président s'est répondu qu'une semblable paix serait 
une simple et brève suspension d'armes accompa- 
gnée de quelques simagrées sacrilèges. Et c'est là- 
dessus que, répondant à l'éloquente dépèche de bien- 
venue de M. Poincaré, M. Woodrow Wilson a écrit, 
a gravé sur l'airain de la raison humaine la fière 
I^rase rendue publique à U dsJie d'hier qui porte 
que l6 peuple amérioun t est convachos qui c'est 

SSULBURNT P&R LA. VICTOIRE QUE LA P&IX PETIT ÊTftB 

ASSURÉE >. 

Ces mots dits et écrits, il devient absolument exhct 
et juste de penser qu'il y a < étroite et intime coopé- 
ration » entre les peuples alliés. 

Tout ce qui pense, tout ce qui réfléchit parmi eux, 
tout ce qui s'y âève au-dessus de la sottise des partis 
sent par l'esprit et par le cœur la vérité du grand 
programme, très dur mais très n^cessfûre, qui vient 
de leur Atr« tr«e4 de Washington. 



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LA TRADITION AMÉRICAINE . 



6 Juillet 1918. 

Pratiquement, le discours prononcé avant-Mer par 
M. Woodrow Wilson se résume en quelques paroles 
d'une énergie noble et directe : ( ...A cette lutte, il 
ne peut y avoir qu'une issue. Le règlement doit 
être définitif. Il ne peut comporter aucun compromis. 
Aucune solution indécise ne serait supportable ni 
concevable. » On n'est pas radical plus national, ni 
jusqu'auboutistfl plus résolu. Tel étant le dispositif, 
peu importent à beaucoup d'entre nous les motifs. Ils 
applaudiront. Et ils applaudissent déjà. Et ils ont 
bien raison. Faisons comme eux. 

Cela n'empêche pas de lire avec atteatioo les 
motifs et de faire, non des critiques, ni des réserves, 
mais les distinctions nécessaires. Cent de quoi le 
l'emps a eu soin : 

M. Wilson a formulé hier quatre principes de paix^. 
Ils sont tous conrormes à la plus sereine justice. Mais 
on voit aussitôt que deux d'entre eux resteraient inopé- 
rants si rA41emagne demeurait telle qu'elle est, et que 
le^ deux autres consistent prêciséntcnt à demander la 
réforme intérieure de l'Allemagne. 

Il reste donc à modifier la forme de l'Allemagne, 
et dans la voie de ces modifications qui peuvent être 

1. Voici les quatre principes: a, desU'uction ou réduction de 

l'autocratie, considérée comme seule cause des guerres ; b, en 
tout problème ethnique, considérer la volonté propre et intriii- 
sÈque du. peuple iiiia ao cause, abstraction faite de l'hitÉrSt bu 
de l'avantage des autres peuples ; e, 
nnorale commune ; d. Société des Nai 



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LA TRADITION AMÉRICAINE &> 

politiques, mais qui peuvent entraîner des rernsmie- 
ments territoriaux, les préoccupations d'équilibre ne ' 
seront pas évitées. Voilà donc une vaste zone d'inno- 
vation, qui est bien ouverte et sar lesquelles on peut 
tomber d'accord. Mais c'est encore du pratique. 
N'ayons pas peur de voir le reste de près. 

UNE ODE AU PASSÉ ET AUX MORTS 

Disons d'abord ce qu'il faut dire. Nous avons 
affaire à un magnifique discours, dont la beauté est 
ennoblie et sublimée encore par un sentiment vif, 
ardent, profond, communicatif, religieux de la tradi- 
tion virginienne. 

l>a solennité du début en montrera la puissance 
d'évocation : 

Messieurs du corps diplomatique. 
Mes concitoyens, 

Je suis heureux de me retrouver avec vous dans le 
calme de cette retraite, siâge antique de tant de délib6- 
rattona, afla de parler un peu de la grande signification 
de ce jour de l'indépendance de notre nation. Le lieu 
est paisible et solitaire. Le tumulte du monde ne 
trouble plus sa sérénité, comme ce fut le cas aux 
grandes journées d'antan, lorsque ie général Washing- 
ton tenait ici conseil avec les hommes qui allaient, 
d'accord avec lui, créer une nation. 

De cette modeste colline, ils découvraient le monde 
et l'embrassaient dans son entier, ils le voyaient dans 
la lumière de l'avenir. 

Et plus loin, la belle reprise : 

Du haut de cette verte colline, nous devrions, nous 
aussi, pouvoir contempler et comprendre ce monde qui 
s'étend autour de noua... 

MAURRAS — WILSOK 6 



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LE PRÉSIDENT WILSpN. 



Çqfftme çût dit hq'w poète Auguste AoseUier, 
peU 09t projet^ f d^ns I4 lumière antique f ; eela f^it 
songer à l'oracle dont pftrie Kiistel ^^ Coi^langpa. 
(sonseilUnt au« cîto.veiis en p^nl 4e placer leurs 
délibèr^fions le pli^a près possible di) pQpseil et de 
la sagesse dw plus nombreux : ^Is compriment que 
cela signifiât le voisinage et l'inspiration de leurs 
Morts-.- Si toute la Cité antique reposa sur le cime- 
tière, il faut SR rflntlrâ compte que la cité moderne 
n^ saurait trouver en un autre lieu des fondements 
solides. Tel était l'avis du dornier grand philosophe 
français, qui n'ept pus M. Pergson, mais Attguste 
Comte- Tel est le sentiment vécu et pratiqué pSF le 
philosophe qui gouverne lu plus modepfie et le plus 
vaste Etat de l'univers. 

Il va demander à la tombe de Washington et, 
comme il dit en termes d'une poésie rare, è. « l'at- 
mosphère du lieu > cette chaude lumière issue du 
respect du passé, sans laquelle on voit petit et l'on 
na coBÇfiit rien de grand. 

TROt^ CONTRASTES 

Cela posé, le lecteur attentif de ces éloquentes 
paroles éprouve en avançant dans le texte lé senti- 
ment extrêmement yif 4^9 contraste^ qui éclatent 
tour & tour et qui se précisent de plus ea plus : 

1* Contraste entre ce ton rituel traditionnel et la 
thèse de révolution, de * révolte », de rupture avec 
le passé, qui y est proj^ssét; à, çert^nes ligne^; 

2" Contraste entre cette dernière thèse, toute révo- 
lutionnaire, toute en défi aux auto{4tés, aux gouver- 
nements personnels, et la très tff^u^ ftti^rité, )f; jj;our 



ML.COOJ^IC 






LA TR^ITION AMÉRICAINE 67 

yernfiment trèg fqrt, très yigpiireux et très personnel 
exercé par M, Woodrow Wilgon. pt npn Sflulemeiit 
exercé, ce dçat l'Entente n'a qu'à se louer, mai^ 
avoué et défini par lui, cp dont le genre humain 
le bénira quelque jour; 

3° Contraste entré \^ thèse di; révolution libérale, 
de ï révolte » gystémf^tjque, identifiée  rhi;^toira 
même de l'Amérique, et cette énornie autorité spiri- 
tuelle de M. WpQdrow Wilson, considéré comnie 
docteur et comme pape ^es peuples alliée- Sous ce 
nom, sous ce qi^ître, pn tente d'écraser, d'ensevelir 
en fait, sinon en principe, toute liberté d'^npréoîer, 
de raisonner, de penser, comme il est aisé de le voir 
en quvrapt les j(:>^^nauf socialistes qni, pauvres 
d'arguments, en reviennent toujours à cetfp autorité 
abusive, abusivement invoquée:-M. Wilson, M. Wil- 
son... 

Entraînés depuis de longs siècles à l'exercice de 
l'aiialTse et de la critique rationnelle, les l^'rançais 
ne peuvent pas voir sans mal^se ui)e cpn^u^ipi) 
pareille du pouvoir 8)jiri(uel et 4^1 pouvoirs poli- 
ti(jues. 

NOS TROIS PRINCIPES 

A. Il n,'y a pasi fie f^soussion sqns fjberté d'^prit. 
Un million d'hqçnmes en ^rmes sur le coi^ti^^^ ÇS| 
un millioq d'I^omines en armes. Cela n'esï P^ }\^ 
argiiment. ^oaa ne qptntQçs p^ Ubér^)!:; , mais nous 
n'avons jamais été d'^vjs ^^ ttrçr le cançtD cpntr^ 1«8 
idées. Selon nous, toute la puisaapcj) Eimé}icç)ip^ pe 
S]iffif pas à ét>ranler la ^npii^^i'e îflée yraje. 

B. inversement, et cette protestation 0^(t|it^eYéç 



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68 LE PRÉSIDENT WILSON 

contre l'opprefision des cerveaux, nous sommes quant 
à l'action, pour l'autorité. Si, comme le disait jeudi 
M. Pichon, l'on veut < l'indépendance des peuples *, 
il faut voir ([ue c'est ûoe contradiction dans les 
termes de les vouloir libres de l'étranger et libres 
d'une autorité nationale intérieure; l'anarchie appelle 
l'étranger, on ne s'affranchit de l'étranger que par 
l'autorité chez soi. 

C. Enfin, l'autorité a hesoin d'être traditionnelle. 
M. Wilson associe de très près & son autorité ta 
tradition. Sans doute, il donne i celle-ci une couleur 
de révolte contre le passé, même américain. Mats, à 
voir la chose d'un peu plus près on se rend compte 
qu'il y a U un malentendu, né lui-même de malen- 
tendus plus anciens. 

LA RÉVOLUTION AMÉRICAINE ET LA NOTRE 

Dans le très curieux livre sur la France d'aujour- 
d'hui, écrit par M. Barrett-Wendell, professeur à 
l'université d'Uarvard, qui fut le premier titulaire de 
la chaire Jame Hazen Hyde en Sorhonne (traduit en 
1909 par Georges Grappe), on peut voir pages 305- 
3it comment naquit ce malentendu. La Fayette et 
ses compagnons crurent entendre de l'autre cdté de 
l'océan un écho de la philosophie des Droits de 
l'honmie A la mode de chez nous, et, selon moi, ils 
étaient loin de se tromper complètement; mais ils 
ne prirent pas garde à une chose, qui était, selon 
M. Barrett-Wendell et beaucoup d'autres Américains ' 
compétents, • la nature essentielle de la révolution 
américaine et du gouvernement durable qui en fut la 
conséquence *. 



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I^ TRADITION AMÉRICAINE 69 

Ils no virent pas ce qm notre historien expose : 

Nos aïeux américains se serraient des mots de la 
philosophie philanthropique française, exactement 
comme nous nous eu servons aujourd'hui et comme nos 
enfants continueront probablement & s'en servir aussi 
longtemps que durera notre Képublique. Nul d'entre 
nous -ne s'est jamais arrêté à les définir, même pour 
son propre compte: en toute vraisemblance nous ne le 
ferons jamais... 

La liberté pour laquelle la rérolution américaine fut 
faite, avait un caraciére différent de cette liberté que 
proclamaient les esprits réTolntionnaires de France.' 
Somme toute, à leurs yeux..., c'étaiL.. un profond bou- 
leversemeiit k la fois des croyances traditionnelles et 
de l'ancienne constitution du royaume qu'ils désiraient 
réaliser. Pour nous, la liberté signifiait la sauvegarde 
de notre propre société, lointaine, et an Gouvernement 
délivré de toute ingérence étrangère... Sauf en ce qui 
concernait la suppression de sa dépendance envers la 
Cpuronne, la constitution de chaque État restait virtuel- 
lement intacte... 

... En réalité, notre action fut conservatrice- Ce que 
nos aînés voulaient, n'était ni la mise en pratique d'un 
nouveau système de gouvernement, ni les Droits de 
l'Homme : c'était le régime qui s'était développé parmi 
nous au gré du mouvement régulier de la nature- De 
là notre force véritable. 

... On ne saurait douter que le mouvement révolu- 
tionnaire des Français ne reçût un grand enconrage- 
ment du résultat heureux de la révolution américaine. 
Les conclusions spéculatives de la philosophie huma- 
nitaire semblaient justifiées par ce succès. Personne 
n'a sign&Ié la différence qui existe entr^ une révolution 
conservatrice et une autre destructive, entre une rôvo- . 
lution fondée sur des droite déjà anciens et une autre 
demandant des droits non consacrés par la tradi- 
tion. 



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7t) LE PRÉSIDENT WILSON 

Pltià Ma (pages Sl4-318}, M. fearret Wendell dît 
encore : 

Cette tentative fut faite avec un enthousiasme sec- 
taire, au sein d'un peupla qui, aujourd'hui eiicoi'e, 
demeure àans te prioè, le plus striciemeni prudent, le 
plus instinetioement eonaeroateur de tous les peuples 
modernes. On ne s'en prit pas seulement aux institu- 
tions politiques et aux privilèges officiels avec la volonté 
d'écarter ces obstacles du chemin. Comme nous l'avons 
déjà vu, les révolutionnaires supprimèrent la religion 
-<lu pays, imputant à crime, par décret législatif, ce qui 
auparavant était considéré comme obligatoire. Si, de 
nos jours, des réformateurs passionnés enooyaient en 
prison, sans aois préalable, tout couple qui prouverait 
qu'il est légalement uni, ili causeraient à peine un 
plus grand désordre social. 

On voudrait citer tout ce qu'ajoute de profond et 
de pénétrant M. Barrett-Wendell sut- le même thème, 
étendu même à des matières d'art industriel et iïnf- 
bilier. 

Le lecteur peut s'y reporter, il suffit d'avoir fourni 
le rapide inoyea de dégager les éléments de qui- 
proquo dont peut souffrir la lecture du dfernier dis- 
cours de M. Woodrow Wilson. 



POLtTIQUE ET MORALE 

D'aillStli's,, l'illustre président ûous à fûurni lui^ 
mèine dans ses déclarations antérieures de quoi 
pénétrer sa pensée au delà des termes complexes 
dont elle est cuirassée et parfois obturée. 

Ori connaît lés quatre articles de Son programme ' . 

1. V, ci-desBus, p. 64, en noie. 



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LA tItADITiON AMÉRICAINE 11 

Lë |>riacipal, ctitUi qui marque Ift méthode, est le 
troisième; ReliSttns-eh lès premières lignefi : 

3° Le consentemont de toutes les nations à se laisser 
guider dans leur conduite les unes envers les autres 
par les mêmes principes d'honnetir el de respect pour 
la toi comibtihe de ta Sot;iêtè civilisée qui régiaseat leb 
citoyens de tous les États modernes pris individuelle- 
ment dans leurs rapporta réciproques. 

En d'autres termes, l'individu propose à la société 
l'observance des lois qui le règlent lui-même. Mais 
cette offre suppose dans ta société le plus liaut degré 
de concentration de pensée et de pouvoir, le degré 
de personnalité et d'humanité : car il n'y a pas de 
vie TTiorale sans volonté très définie, de volonté sans 
mémoire, ni de mémoire sans conscience'. Ôr, un flot 
de volontés individuelles sans lien, émues et oscil- 
lantes sous des impuisions personnelles désunies, ou 
sous des impulsions collectives irraisonnées, n'a rien 
a humain. Unu foule n'est pas un homme, ce n'est 
pas non plus une société d'hommes, c'est une béte, 
dit le docteur Gustave Le Bon qui a profondément 
étudié le sujet. 

Il ne dit pas assez. La fouie n'est même pas animai 
complet. EÛle est ordinairement régie jftar des lois 
mécaniques qui la. font ressembler, plus qu'à toute 
autre chose, aux i)outes du billard et au ludion du 
bocal. Pour humaniser, ^lour élever à la conscience, 
à la mémoire, à la volonté, une association d'hommes 

U Notre objection t Ëté recueillie Août l'brgbne QeS Mho- 
nieos d'Atnétiqini, The tfew Republic du 15 firrier 1919. Nulto 
réponise n'a été doniiée, en Europe ni en Amérique, à cette vue 



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72 LE PRÉSIDENT WILSON 

ea tant que groupe social, une mise en ordre, et en 
ordre vivant, c'est-â-dire une organisation, est indis* 
pensable : des corps d'Ëtat y doivent représenter la 
conscience; leur permanence, leur stabilité, lenr 
tradition doit correspondre à la mémoire ; leur pou -' 
voir personnel d'entreprendre et de progresser, à la 
volonté. Si le pouvoir social est émietté, il ne se 
connaît pas, il ne connaît ni son devoir, ni son pou- 
voir, il n'a pas plus conscience du bien et du mal 
que n'en a conscience une foule : comment serait-il 
moral? Comment se rococnaîtrait-il des obligations 
s'il ne se connaît pas lui-même? Comment encore 
exercerait-il ces devoirs moraux si, uni dans l'espace, 
il était divisé dans le temps, recommençait d chaque 
instant sa vie commune, oubliait le lendemain ses 
acquisitions de la veille et par conséquent la moda- 
lité nouvelle autant que le fond permanent de ses 
devoirs? Enfin même conscient et capable de sou- 
venir, que pourrait être sa vertu si ia force da vou- 
loir et du pouvoir lui échappait? 

Si vous voulez des sociétés aussi capables de mora- 
lité que les individus, il faut leur donner ce que pos- 
sèdent les individus : un Gouvernement personnel. 

LE GOUVERNEMENT PERSONNEL DE M. WILSON 

Cela est si vrai qu'à sa première entrée en charge 
de 1913, M. Woodrow Wilson étonna les assemblées 
américaines en leur faisant les plus brillantes et les 
plus claires apologies du pouvoir personnel. Il leur 
déclara n'être point, comme tel de ses prédécesseurs, 
une sèche entité, incarnation pure et abstraite de 
la lot. 



ib, Google 



LA TRADITION AMÉRICAINE 73 

Il 86 prêseittft comme un homme, résolu à exercer 
un pouvoir humain. II me souvient fort bien que 
M. André Tardieu fit ^lors observer dans le Temps, 
combien cette attitude et ces formules étaient neuves 
dans l'idéologie politique (sinon dans la pratique) de 
l'Amérique. Mais M. Woodrow Wilson expliquait et 
légitimait l'innovation par le nombre, la grandeur et 
la gravité des nouveaux devoirs imposés à l'homme 
d'Etat*. 

Croyait-il si bien dire? Cela importe peu. Le point 
sur lequel j'insiste est le suivant : M. Wilson incarne 
un pouvoir personnel, M. Wilson a formulé, il y a 
cinq ans, la thèse du jpouvoir personnel, M. Wilson 
ne peut dénier aux peuples alliés le bénéfice de la 
loi universelle qui, toutes choses égales d'ailleurs, 
promet le succès, la prospérité, l'avenir à l'ordre 
politique, mais destine au désordre les solutions con- 
traires correspondantes. 

La tradition est bonne pour son peuple : elle vaut 
aussi pour le nôtre. L'excellence de l'autorité se vé- 
rifie pour l'Amérique. Elle ne peut se démentir pour les 
Européens, et c'est un abus de langage d'identiGer 
l'autorité avec cette Germanie qui, d'un bien certain, a 
seulement fait l'ignoble et stupide usage digne d'elle. 
Le genre de progrès que l'on demande aux peuples 

1. Nous interprétions alors c^tto atlituilc uommB un cas de 
ta vieille éyolulion de l'Amérique vers le gouyememont d'un 
seul. Le Haroey'i V/eeklj/ du 22 mars 1915 posait six ans 
plus tord lit m^ine question en termes analogues : • Est-ce la 
fin de la République ? > • Le président, gardii:n né de la Cons- 
titution se prononce en faveur de la modification radii^ale, i> 
conclut l'organe antiwilBonnien. J'ignore ce qui a pu Être dit de 
l'attitude de reina adoptée en Europe pac' M" Wilson. 



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U LE l*itÊSlDENT WILSON 

d'âccbm^Ur, notamment ciett6 assoéiàtidn jùrique 
et mbrale pfbpàsëe ikux nations dé l'Entente (car 
c'est à elles que, polir le motnent, avec grand Sens, 
il limite leur Société), ce progrès à la toia aoclal et 
moral, suppoÈo, au rebours dfe la thèse révolution- 
naire contante, qii'tinlnstStuetà aussi Uh pOuvclii* t)ei- 
^onnel dciué d'autorité, fotidé SUt une hiéfEtrchie 
robuste, anîmé d'une ti-adition ELtdente et Qdétë. On 
ne peut pas rêver d'humaniser le monde en le déTfer- 
tébrant. Si la société dbit atteindre è. dès vertus spi- 
ritilellég très hautes, il faiit lui doUilët' leS organes 
naturel» de la spiritualité : en HValtiht SëS condi- 
tions physiques à celle deâ mollusi^ues ou à céllefl des 
vermisseaux, vfaus ntS poiivez pas abtehir la consti- 
tution morale des vertébrés supérieurs. 

C'est totit ce qu'il làUait démontrer, ce ulb Sëdi> 
ble, pour mettre à tlu le léger poiHt de contradic- 
tion entre le langage philosophique de M. Wîlaon 
et les plans élevés et Vastes daiis lesquels se com- 
plaît cette généreuse p6tlsée. 



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LES PROGRÈS DE M. WILSON 



Nous n'avons jimats hésité, quant à nous, à multi- 
^ier les tiiîttques et [en objections pour toutes loj 
parties du programme wilsonien qui nous ont paru 
plus voisines des nuagfea que de la terre. Cependant, 
au fur et à mesura des événements, il a fallu accor- 
der que cet idéaliste avait de hautes et précieuses 
parties de réaliste dans les deux bens du mot ; 
d'abord, comme chacun le voit et l'entend, en ce 
qu'il exâelle à manier les réalités et à faire arriver 
l'objet de ses désirs et de ses volontés, ènsuito (et 
ce second sens, moins commun, est le plus précieux), 
en ce que les idées qu'il évoque sont évoquées dans 
. leur sigtiificatioii concrète la plus précise, la plus 



Par exemple, dit-il justice? Au lieu do la p&le et 
cotonneuse déesse d'iœprimârie si vaguement évo- 
quée dans nos caboûhes d'orateurs officiels ou socia- 
listes, M. Witson uoii* des criminels punis, des pil- 
lards rendant gorge, des spoliés dédommagcis et des 
héros récompensés. Ses idées habitent la terre ou 
tendent à l'habiter. Le moyen de faire qu'elles soient 
accomplies est si peu négligé que je théoricien du 
droit à fini' par se conlier frénétiquement & la déci- 
sion de la force. 

1. Ne fttuVil pas dire, maintenaDt: ooj/aitt (Noie de 1919). 

u,-..,,,Cooj^lc 



76 LE PRÉSIDENT WILSON 

INTELLIGENCE, VOLONTÉ 

Les réalistes européens peuvent donc juger Ifu'un 
tel homme est naturellement appelé à comprendre 
quelques-uns de leurs soucis. Ce n'est pas lui »jui 
désarmera avant d'avoir désarmé l'Allemagne. On 
ne le voit pas traitant de la paix arec une puissance 
capable de rouvrir les hostilités au bout de six mois. 

M. Wiison a eu le talent de propager on d'imposer 
sa pensée parmi ses concitoyens ea des tenneB si 
nets que les socialistes américainfi voyageant en 
Europe font des réponses de patriotes et d'hommes 
d'Etat qui éberluent Renaudel et assomment Lon- 
guet. Ce trait de caractère tend aussi à faire considé- 
rer M. Wiison comme une garantie de l'avenir euro- 
péen. Mais les autres chefs de l'Entente? Je ne dia 
pas : les Italiens. Mais les Anglais? Les nôtres? Il 
n'a jamaifl été plus nécessaire de souhaiter à l'En- 
tente cette personnalité d'esprit, cette décision, cette 
volonté politique sans lesquelles il n'y a point de 
claires vues d'avenir, elles-mêmei indispensables à 
l'action énergique et heureuse dans le présent. 

Le présent s'éolaircit sans doute, mais il se com- 
plique certainement. 

Nous allons sortir de l'ornière, quitter le chemin 
tout tracé. Se défendre était relativement simple! 
Mais attaquerl mais avancerl mais désigner nos 
garanties, déterminer nos sanctions. Des héros suf- 
fisaient ou presque, jusqu'ici. Il va falloir des calcu- 
lateurs, et, bien plus, des divinateurs. Où r 
trop attirer l'attention de tout ce qui pense s 
qui va finir et sur ce qui va commencer. 



t, Google 



M. WILSON SOLDAT DU DROIT 



SS seplembre 1918. 

En lisant le dernier discours de M. Wilsou sur les 
« buts positifs de la guerre », on admirera combien 
l'idée du droit y devient concrète. 

D'abord, elle est intransigeante, aussi intransi- 
geante que put l'être autrefois le programme d'un 
Bismarck : or c'est une force que de savoir dire bien 
haut à l'ennemi que tel programme devra être 
accepté complètement et sans équivoque. 

Eoaaite, cette idée du droit s'oriente de plus en 
plus vers la question de son efficacité. 

Troisièmement, les Etats-Unis font un pas; ils se 
présentent en hommes d'armes de ce droit vivant, 
ila assument la respoosabilité complète des accords 
à intervenir. 

Quatriémen^ent, l'intér&t du monde entier est tout 
à fait superposé à celui des nations. Mais les nations 
comme la nAtre n'ont qu'à se féliciter de ce point de 
vue; pour le faire sentir, je conseillerai de mesurer 
l'importance qu'a pour nous l'annexion de la rive 
gauche du Rhin, à l'importance du démembrement 
de l'Altemagne : le premier point (simple but national 
de guerre) représente une aatisfaolion appréciable, 
mais grosse de difficultés si le second n'est pas 
obtenu, et le second sans le premier (but de guerre 
d'ordre universel) le simple retour de l'Allemagne 
à sa division naturelle nous assurera la paix, on 
' libre développement économique, politique, moral, 



jb, Google 



78 LE PRÉSIDENT WILSON 

sans compter, dans les perspectives de l'avenir, le 
retour de notre inf^uepoQ sur les r^ons du Rhia... 
La France est aujourd'hui placée de telle sorte dans 
l'Europe et dans l'univers que le bien public, conçu 
exactement et réalisé dignement, concordera avec 
sop bien le plus particulier. 

Cp qui ne peut se raccorder ^u bien général da 
monde, c'est le maintien de ce que M. Anatole France 
a appelé •: l'exécrable unité allemande ». Le prési- 
dent Wilaon doutait jadis de la valeur de ces ques- 
tions territoriales. Je serais surpris que ce doute 
(^'éternisât dans pa pensée : pour que, selon ses pro-: 
près paroles, < les intérêts des faibles * soient ■ aussi 
^acrés qu^ les intérêts dps plus forts s, il faut que 
ces forts-là ou ne soient pas trop forts ou qu ils 
soient des anges de loyauté... La force allemande 
est démpsufée au physique, mais n'a jïimais connu 
la mesure moraje depuis ^eux mille ans qu'on la voit 
sévir dans l'histoire. 



jb, Google 



RISQUES DE GUERRE 
ET SOCIÉTÉ PES NATIpNS 



27 octobre 1918. 

Le manifeste saciAljs^ est iine paiirre chose où 
bn]]@ Rmitout I^ (Dfufque de réPexJQn: I| invite le 
p^4 II ae 4éfftadre c^fS suggestions de V^^pr**^ ^^. 
çpïiqflôtP et à flerviF 1^ droit, Maia qu'eRtend-il pv 
l'esprit de conquête? ^f ce qi^i est entendu par là 
(le ^}iip, par exepiplç) ne fait-il pas précisément 
partie de notre Droit ? Si notre Drqit de 1814 çf 18}& 
a été effacé par les > conquêtes > de Blùcher, les 
socialistes auront le devoir de lo dire. Le pays 
saura que pour eux le droit de conqviête joue contre 
nous, mais pas pour nous. 

Naturellement, M. Wilsfin est ut(}ie^ dsqs cffte 
bataille intestine- M- W>l^o c'est Je^f bT^a séculjer, 
cvoi^n^ilg- Nous poucrions dire au^ socialistes, 
comme le fait M; Ruré, qti'ils (^oiQpfvqneiit hi^^ V^^ 
les parole^ et la doctrine du président sméricaio. 

pUe «st pf^ci&que, certes, dans gpn vfpq, ^^ps soq 
intention. Ce qui est su^si le c^s 4^ notce 4QÇtrine. 
Elle n'funploie pas tirs fori^ulee. El|p utiljse des 
formulas dans lesquelles les soci^li^t^ croient xe- 
oQi^nftttre leqr pensée *. Mais un fegard plus appuyé 
iBontrer^tt aii^ socialistes que le président WiUon 
«•t nu espnt tCQg réaliste, i^p t^omm^ d'EJ|at; trop 

■ l._ Catte communauté de laDgue 9. perpii? d'ailleurs aui 
socùlisies de circonvenir' M. Wilson eCda Is tromper copieu- 
sement sur U France. 



giizcdt* Google 



-80 ■ LE PRÉSIDENT WILSON 

pratique pour ne pas s'écarter absolument de leur 
pensée toutes les fois qu'il émet une prévision de 
fait sur l'avenir. Il se rend compte que sa Société 
des nations implique de graves chances de guerres 
(analogues à la guerre de Sécession américaine, qui 
n'est pas si ancienne I) et que cette guerre future 
nous amènerait, nous Français, à en apporter le 
poids le plus direct et par conséquent le plus lourd. 
Dans ces conditions, le président Wilson comprend 
que nous ouvrions leS yeux sur le chapitre des 
garanties. Il les ouvre lui-même. Et les socialistes 
n'ont qu'à feuilleter leur journal, ils en verront la 
preuve dans l'Humanité. 

LA PENSÉE AMÉRICAINE 

L'ont-ils oubliée? Que je la leur rappelle. Ils ont 
donné eux-mêmes en grande pompe, eu soulignant 
le caractère officieux de cettti publication améri- 
caine, un article de The New Republic où l'oa disait 
en propres termes que l'on s'expliquait i Wa- 
shington l'hésitation des Français à s'engager dans 
la Société des nations. -^ Pourquoi ? Parce que 
cette Société était trop pacifique ? — Nullement : à 
cause des risques de guerre qu'elle impliquait. 

Et justement dans un article plus récent reproduit 
hier par l'Europe nouvelle, sur un sujet voisin auquel 
nous reviendrons, The New Republic s'étonne de 
nouveau de t l'indifférence que manifestent les pen- 
seurs politiques de la France < envers la Ligue, des 
nations », maïs la réflexion dissipe son étonoemeat.' 
car The New Republic écrit : 



jb, Google 



RISQUES DE GUERRE ET SOCIÉTÉ DES NATIONS 81 

Ils ji'embfassent pas avec eftbousiasme l'idée d'une 
Ligue basée sur de bonnes résolutions et des intentions 
inexécutables qui assyrei'aîent à la France une pari 
dans Coûte guerre future, mais ne lui assurerait pas 
les secours oécossaires; la France a'trop tuis au Jeu 
pour pouvoir adhérer & une Ligue des nations si elle 
n'a pas la certitude que les autres associés de la Ligue 
ne se déroberont pas à son appel au moment où elle 
aura besoin d'eux. 

Les Américainâ comprennent l'hésitation de la 
France. Et ils en entrevoient le fond. 

Ce commentaire est bien caractéristique. Si les 
sooialistea avaient des yeux pour voir, un cerveau 
pour penser, ils s'y arrêteraient d'autant plus que 
l'Eurofe Nouuelie répète ce tju'avait écrit l'Humajiité 
voilà quelques mois : the New Bepublic dispose 
d'une € influence considérable ■ aux Etats-UtUs; elle 
jouit d'uue autorité certaine « dans les milieux les 
plus proches du président Wilson >. 



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jb,CA.>Oglc 



Ill 



L'ARMrSTICE 



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AU PAIT PAR LE DROIT 



25 novemb/* 1918, 

C'est au cri de Justice! Justice! qu'il faudra accla- 
mer le président Wilson à aon arrivée en Europe. 

Nous ne croyons pas, nous n'avons jamais cru, en 
ce qui nous concerne, à l'opposition radicale, à la 
contradiction intime et directe des diverses idées sur 
lesquelles le genre humain a vécu. On peut très bien 
vouloir le Salut public et ne rien enlever à l'idée de 
Justice, on peut être un ardent sectateur de l'Ordre 
public sans rien vouloir envier d la notion de la 
Vérité, tout au contraire I Le cas est fréquent où le 
soin des intérêts les plus généraux de l'Homme con- 
corde point par point avec les préoccupations du 
patriotisme concret. 

Nous en sommes lâ,en ce qui concerne la guerre. 
Nous pouvons généraliser hardiment. Nous pouvons 
élever les questions à leurs termes les plus indépen- 
dants et les plus exempts de toutes servitudes fran- 
çaises. Nous pouvons en traiter comme s'il s'agissait 
de Hurons ou de Patagons : de toute façon, les prin- 
cipes restent avec nous et militent pour nous. Un 
dommage gratuit nous a été^fail. On nous a attaqués. 
On nous a envahis, nous n'avons aucune responsabi- 
lité ni gfhinde ni petite dans les afireux dommages 
qui nous ont été faits. Il faut réparer ce dommage. 
Que'la France ffoit grande ou petite, bonne on maa- 
vaise et digne ea elle-même d'estime on (f aTersiontc 



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86 ' LE PRÉSIDENT WILSON 

ces modalités ne font rieii & l'affaire : on nous doit, 
OQ doit nous payer. 

Sans quoi, ayant été lésés, nous resterons endom- 
magés et le dommage immense ne aéra pas réparé, 
ce qui fera une offense flagrante au i droit > dont on 
nous annonçait sur tous les tons le règne ! Non par 
au nom du patriotisme, mais au nom du Droit, non 
pas au nom de la France martyre, mais au nom de 
l'Humanité offensée, nous demandons ce qui est 
demandé dans tous les cas dos particuliers molestés. 

Dans l'ancien droit public ^e l'Europe, il était 
reconnu que la guerre payait ceux qui avaient eu la 
peine et fait l'effort d'en dicter la fin. On veut ima- 
giner des principes plus jeunes, des lois d'une tradi- 
tion plus «écente. On veut porter l'argument flaal 
devant un tribunal international où l'idée de puis- 
sance sera sacriQée à l'idée de justice. Ce nouveau 
système ne touche en rien au fond des choses, n'y 
ajoute rien, n'en retranche rien. 

Au lieu de réclamer aux AHcmands en tant que 
notre vaincu de juillet-novembre 1918, il s'agira de 
faire rendre gorge au demi-vainqueur d'août 1914- 
juillet 1V18, et cela reviendra abSolumeiTt au môme. 
Par quelque bout qu'on l'entame, de quelque ins- 
tance militaire ou judiciaire qu'on le poursuive, que 
l'iin parle paix de justice ou paix de puissance, le 
résultat ne change poinb La situation matérielle et 
la situation morale contiennent les mêmes ai^antages 
pour nous. 

Soyons aussi 'ardents, aussi énergiques, aussi 
sages que nos ennemis: ils ont joué des principes 
démocratiques et de l'évangile de M. WilBon pour 



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AU FAIT PAR LE DROIT 87 

essayer de sauver letir domination, leur patrie, leur 
existence nationale elle-même ; ayons la même har- 
diesse et la mâme activité pour employer, défendre, 
utiliser nos victoires et leurs sacrifices. M. Wilson 
ne paraît pas sentir complètement nos raisons de 
défense nationale et de précautions ^ venir ; expo- 
sons-lui  voix haute nos motifs de morale pure : je 
le répète, faisons autour de lui retentir le cri de 
justice. 

Il peut être inditïérent aux invasions futures dont 
nos citoyens et nos soldats sont préoccupés. Mais le 
passé est le passé, le mal acquis est bien acquis. Il 
ne peut éviter d'en considérer les dégAts. Ou le 
Boche nous les paiera ou nous aurons A le payer et 
dans ce cas, l'amélioration rêvée par les philosophes 
et lés juristes représente une pure fuiitasmagorie 
sans valeur que M. Woodrow Wilson, dans la clarté 
de sa oonsoiencê, dans la droiture de son cœur, dans 
le réalisme de son esprit, sera le premier à désa- 
vouer. 

Ce que nous disons au nom de notre principe se 
trouvant corroboré parle principe qu'on nous pro- 
pose, pour peu que ce principe soit pris au sérieux, 
il faut nous en emparer et nous en servir hardiment. 
Laissons les socialistes admettre conune intangibles 
et irresponsables les Etats et les nations, i l'heure 
même où ijs viennent de les soumettre verbalement 
au même régime que les autres personnalités 
humaines. Leur position est insoutenable. Leur 
verbiage est fait de mots sans corps. Acceptons les 
idées générales reçues d'outre- mer pour tenir avec 
fermeté à l'exacte réalisation de leur sens. Nous 



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88 I.E PRÉSIDENT WILSON 

devons obtenir par là tout ce qui nous est dû pour 
d'autres raiaons. Des négociateurs intelligeats Scel- 
leront A faire sortir les réalités utiles des droits les 
plus rigides et les plus absolus. Ainsi 0t Talleyrand 
A Vienne. L'idée de légitimité, qu'il noue rendit 
favorable, était une idée juridique. D'une autre idée 
juridique dâine*nt pressée et précisée peuvent sortir 
des résultats d'autant plus favorables qu'aujourd'hui, 
à la différence de 1814-18i5, nous ne sommes plus 
vaincus, mais vainqueurs. Etsi des toiles d'araignées 
filées par des métaphysiciens 'et des idéologues 
étaient capables d'arrêter la fortune de la patrie en 
pleine victoire, les institutions et leurs hommes 
assureraient des responsabilités si grandes que nulle 
des fautes passées n'y serait comparable. Ce serait 
la faillite absolue des unes et des autres. 

Franchement, à ce point, je n'y saurais croire. Ni 
les hommes républicains, ni les institutions républi- 
caines ne sauraient oublier jusque là ce qu'ils ont 
de français. Il fut relativement facile au repré- 
sentant du roi I»uis XVHI d'invoquer la raison 
d'être commune de tou9 les trônes européens. II 
sera au moins possible au représentant des ■ démo- 
craties > européennes de plaider devant M. Wilson 
cette idée de justice infinie qu'il a le plus souvent et 
le plus éloquenunent invoquée. Je ne suis ni démo- 
crate ni sectateur des obscures et confuses divinités 
juridiques invoquées à tout bout de champ; mais 
ppur le salut du pays, pour la clôture de la frontière, 
pour la sécurité des générations & venir, pour le 
bien-être du combattant, l'aisance et la facilité de ' 
l'éi^noniie général«,*je serais, pour ma part, aussi 



AU FAIT PAR LE DROIT 89 

disposé qua tout autre à mettre au service* du rrai, 
des arguments flottants et des considérations plutôt 
vagues. 

Telle est ma cynique pensée. Je souhcùte à nos 
plénipotentiaires le même cœur. ; 



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LA BELGtQUE ET LE WILSONISME 



G décembre 1918. 
A les voir d« près, il y u autre chose qu'un thème 
ti'ès général dans les importauts discours prononcés 
à l'Elysée hier soir. Des actions y sont en germe. 
Non précisément ces actions d'agrandissement et 
de renforcement territorial que tous les bons esprits 
s'accordent i prédire à la Belgique nouvelle et que 
Bainville, hier, définissait heureusement en ces 



Tout ce qui est lielge doit être belge. Une Belgique 
solidement constituée, maîtresse cbez elle, bieu assise 
sur ses Seuves, ta Meuse et l'Escaut, est indispensable. 

Ce ne sont pas précisément ces hauts problèmes 
qui étaient agités k l'Elysée hier, mais des problèmes 
plus hauts, plus importants encore. Le roi Albert a 
ajouté à son rappel des souffrances, des espérances 
et des victoires communes, un bel acte de foi certaine 
è. l'amitié française, ot spécifié que la Belgique 
devait être ■ dégagée des servitudes internationales 
que faisaient peser sur elle des traités que la guerre 
a profondément ébranlés », et M. Poincaré avait 
déjà dit que la Belgique serait * débarrassée des 
entraves de cette neutralité qui n'a pas été pour elle 
une garantie • et recouvrerait « son indépendance et 
sa souveraineté >. Là-dessus, en effet, l'opinion csi 
unanime en Belgique et en France. Il ne faut plus 
que la Belgique puisse s'endormir è. l'ombre de la 



LA BELGIQUE ET LE WILSONISME 9t 

plus trompeuse des promesses internationales. Il ne 
faut plus que ta grande &me de ce peuple héros et 
martyr puisse être livré aux hasards de la vigilance 
et de la prévoyance d'une petite poignée de bons 
citoyens guidés par deux rois de tête et de coeur. 
Elle a eu Léopold, elle a eu Albert. Avec des esprits 
moins lucides, des caractères moins trempés, quel 
piège eût tendu à sa bonne toi et à son amour de la 
paix le • chiffon de papier * de 18^! Autant l'indé^ 
pendance établie et reconnue huit ans plus tôt par 
le roi des Fritbçais fut un bienfait européen, autant 
cet accord in£érnational qui suivit était décevant, 
captieux, précaire. Ni Albert I", ni M. Poincaré, ni 
la Belgique, ni la France n'en veulent plus. 

WILSONISME OU ANTIWILSONISMET 

Mais, ce disant et ce faisant, il importe de voir et 
de savoir ce que l'on fait et ce que l'on dit. On fait, 
on dit, on affirme et on réalise une doctrine qui 
tourne absol^^ment le <Ios è. la doctrine de la Société 
des nations. On pose, on règle, on établit les prin- 
cipes de U liberté des nations du moment que l'on 
abolit des « servitudes internationales > et qu'à la 
garantie soi-disant donnée par les pui.8sances ^ l'Etat - 
belge, yn substitue les risques et, comme "dirait 
Platon, les beaux risqiies de l'indépendance pléniére 
et de la complète souveraineté. 

. C'est un pas dan^lavoie del'évolution qui emporte 
l'Europe depuis quatre siècles. Ce n'est aucunement 
un pas dans le sens des principes du président Wilson. 
Le dictateur et pape de l'Amérique ou ne dit rien ou 
propose un système de servitudes intematio- 



92 LE PRÉSIDENT WILSON 

nates, el' ce ayatème lui-même né aérait rien s'il 
n'apportait une limite à l'indépendance et à la sou- 
veraineté des Etats. Or, en ce qui concerne la Bel- 
gique, l'effet matériel de cette guerre, de toutes les 
souffrances endurées, de tous les efforts déployés, 
sera d'écarter même sans discua^ion la garantie juri- 
dique et la défense morale repràsentées par de 
purs acGorils internationaux: la Belgique et son roi 
demandent i l'Europe qui les aime et les admire la 
- permission d'user 'd'une liberté plénière et d'établir 
leur sûreté par la liberté de leurs- mouvements 
matériels et moraux, de leur activité diplomatique 
et de leurs préparatifs militaires. Cela est raison- 
nable et juste? Cela, direz-vous, est la juste le^on 
pratique tirée du mépris témoigné par Bethmann- 
HoU*eg aux accords internationaux? Cela, en somme, 
participe de la majesté des vérités rationnelles que 
l'expérience confirme? Assurément, et c'est pour- 
quoi cela est aussi tout ce qu'il y a de plus antiwil- 

Le wilsonisme serait-il un système réactionnaire? 
Contredirait-il le droit CI de l'évolution? Eh I cela 
n'est peut-être vrai que d'un wilsonisme inférieur, 
. celui dont nous régalent les organes d'extrdme-gauche. 
Le président américain nous a souvent paru corriger 
ce que ses principes ont d'un peu archaïque ou rigide 
par une acuité de regard, une'sonsibilité an fait qui 
remst tout au juste point. 



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SOCIÉTÉ DES NATIONS 
■ OU POLITIQUE D'ÉQUILIBRE » 



7 décembre 1918. 

Les nationalités garderoulrelles leur sttktut juri- 
dique d'aujourd'hui et d'hier? Eesteron (.-elles indé- 
pendantes, souveraines, inviolables, maîtresses de 
s'allier à qui leur semble, de rompre l'alliance si le 
cœur leur en dit? Bref, demeureront-elles pures de 
ce qui a été appelé vendredi à l'Elysée servitudes 
internationalesi 

Ou, au contraire, le type des traités conclus en 
1839 et garantisstht la neutralité belge sera-Ml pro- 
longé dans l'espace et dans le temps? Tous garanti- 
ront-ils & chacun, chacTin garantira t-il à tous l'invio- 
labilité du territoire et l'indépendance de la nationa- 
lité? La société liinitée fondée (avec quel areniri) 
autour de l'Etat belge deviendra-telle une société 
illimitée dont les organes (à créer) et les forces ' 
armées (à mettre sur pied) auront la charge de veiller 
sur tous les Etats de l'Europe et du monde? 

L'escadre qui amène M, Woodrow Wilson et son 
conseil de 150 jurisconsultes et statisticiens apporte 
ou plutAt rapporte à l'Europe un^ extension de la 
méthode de 1839. Les machines diverses qui ont 
apporté et remporté sur la terre-et sur l'onde les roia 
Albert l" et George V semblent plutôt être venues- 
déposer sur nos bords un principe favorable À l'au- 
tonomie absolue des Etats. 



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M LE PRÉSIDENT WII.SON - . 

M. WILSON DEVANT LES FAITS 

La conciliation verbale de^ deu^ formes de statuts 
n'est paa impossible, les motions nègres -blanches 
étant toujours Hcites dans les congrès, qa'îls soient 
de socialistes ou de diplomates. Mais d'une part, il 
ne faut pas se faire d'illusion, il y a là deux idées 
oontradiotoiVes, et même deux < droits > opposés, 
c'est-à-dire, en'puissance, deux termes de conflits 
aigu«. Et, d'autre part, au bout de ces quatre années 
de guerre, la race humaine, si vaillante et vigoureuse 
qu'elle soit, ne parait pas d'humeur à s'épuiser, en 
ce moment, siir des idées pures, si inflammatoires 
qu'on les suppose. 

Dans sa majorité raisonnable et digne, le genre 
humain est disposé à s'apaiser en s'arrëtant à im 
moyen terme plus ou moins netteinent déûni, mais 
reposant, mais confortable, ej qui permette tout à la 
fois mouvement et ordre. Tel est, tout au moins, 
notre vœu. Le c chiffon de papier • de 183tf a sobi 
en 1914 une telle disgrâce que nulle école ne saurait 
. demander aux Belges, aux Anglais, aux Français de 
^re désormais une confiance sans réserve aux enga- 
gements de l'Europe. Il semble bien en résulter que 
plus un instrument diplomatique obtiendra d'adhé- 
sions,* plus il accroîtra ses risques de dédit. Cette 
voix du fait est liien propre à faire réfléchir M. Woo- 
drow Wilson, mais il n'est pas douteux non plus que 
le désir'universel de paix future est une force morale 
qu'il y a utilité à captpr pratiquement et. s'il est pos- 
sible, k traiisformer en loi positive. 
Sans retarder la conclusion du traité, on peut inté- 



t, Google 



SOCIÉTÉ DES NATIONS 95 

resser à son observation et à sa durée toutes les 
puissances de sentiment et d'intelligence qui sont en 
vigueur de nos jours. On peut essayer do le sceller à 
l'efSgie de tout ce que les relations internationales 
' ont gardé d'intéreâbant et de considérable. 

Pour vivre en paix, il faut que les hommes puis- 
sent communiquer. Ce sont Ie« facteurs de ces com- 
munications immatérielles ((ui importent. Lettres, 
sciences, arts, et par-dessus tout religion. C'est en 
développant les bonnes relations 4e ce genre que 
l'on oppose aux passions et aux intérêts concurrents, 
semences de guerre, un correctif solide qui porte en 
soi la paix. ' 

M. Woodrow Wilson s'appliquera à cet ordre 
d'idées, lorsque, ayant vu l'Europe et mesuré nos 
maux, il s'occupera d'en rechercher les remèdes. 
Son penchant naturel est de croire ceux-ci simples, 
faciles, directs et comme & portée de la main. Il 
apercevra la difGculté. Sans doute les statuts d'une 
société des nations se rédigent sans trop de peine : 
le malaisé et même le pénible sera de découvrir le 
moteur moral, l'aliment spirituel, le pain et le char- 
bon vivants do cette ingénieuse machine humaine. 
La peur de la guej-re ne sufRt pas. Il faut trouver la 
peur efficace de l'injustice. Il faut trouver aussi de 
quoi limiter les intérêts et équilibrer tas passions. 
Par là, M. Wilson sera en droit de penser que le 
vieux système de l'équilibre avait matériellement du 
bon. Et amené aussi & scruter l'état philosophique, 
moral et religieux de l'Europe, peut-être que, désolé 
de ce qu'il aura discerné, il se demandera si la 
sagesse ne sera point d'aller faire un tour du côté de 



jb, Google 



96 LE PRÉSIDENT WILSON 

ce Vatican avec lequel on essaya de le mettre en 
coacurrence, mais auquel il serait très sage de pro- 
poser une nouvelle < alliance religieuse » sur le 
modèle que notre Auguste Comtes^a déjà rêvé. 

M. WILSON CONTRE LES HOMMES DE DÉSORDRE . 

Car, pour ce qui est du concours dont les éléments 
d'extrême-gauche lui seront prodigues, il aura bien- 
tôt fait de voir que les obefs socialistes et uième 
syndicalistes solît bien loin d'être mûrs pour une 
action vraiment pacifique et humaine : ces ennemis 
de la guerre extérieure sont de violents fauteurs de 
guerre intérieure, et leurs idées ne tendent qu'à la' 
démagogie et à l'anarchie. Il serait trop naïf de 
prendre ces agitateurs intéressés pour des paci- 
fiques. .. Le bon ordre est le moindre de leurs soucis. 
Ils en détestent la seule image jusqu'au fond du 
steppe russe, et sa réalité en France les irrite ou les 
scandalise : — En vérité, se croirait-on eu Répu- 
blique? disent-ils. 

Que diraient ces pauvres esprits de l'ordre améri- 
ricainl Le président Wilson ou se.ra déçu s'il ignore 
absolument ce milieu-là, ou, s'il est averti, tes 
marques de politesse qu'il lui donnera comme à tout , 
le monde seront sans proportion avec les bruyantes 
manifestations et les enthousiasmes artiEciels que 
ces messieurs préparent. Les amateurs de trouble en 
seront pour leurs frais, les perturbateurs se trouve- 
ront pris à. leur piège. 

Telle me parait devoir être la vérité certaine. Nog 
calculs personnels nous semblent confirmés par ce 
que disent bien des Américains à bien des Français : 



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SOCIÉTÉ DES NATIONS 97 

Pourquoi vous méfîâz-vous de Witson avant de con- 
naître ses dispositioDs actuelles? Il a suivi, puis dirigé 
i'opiniou américaine vers la guerre, avec toute notre 
presse, il a uni dans un mdine hommage dereconnais- 
saQce Louis XVI, Vergennes, La Fayette et la Révo- 
lution. L'opinion américaine v'eut une paix sévi^re et 
dèBnitive. Witson lasuivra. Nefailespas de conjectures 
défavorables. Attendez qu'il ait parlé, ici. 

Que nous gênions les formules de notre presse socia- 
liste par notre façon de pratiquer le régime démocra- 
tique, de respecter toutes les libertés, quittes, lorsqu'il 
le faut, à les abandonner aux mains d'un chef momen- 
tanément autocrate, cela n'est pas étonnant. Mais 
notre manière devrait réjouir les partisans de l'autorité 
unique du chef qui, chez nous, a été le vrai artisan de 
la victoire. 

Faites-lui confiance. Faite s- nous confiance, nous 
n'avons marchandé ni notre affection, ni notre sang, ni 
notre argent. Nous la méritons autant que les Anglais, 
dont vous venez d'accueillir le roi avec enthousiasme. 

On imagine quelles réflexions peuvent être 
échangées de ce point de vue. Elles sont la vérité 
même. Le président Wilson est un philosophe en 
m$me temps qu'un homme d'Etat. II a réussi à servir 
(avec quelle hauteur de vue, avec quelle noblesse) 
la cause de notre Occident civilisé, c'est le service 
capital dont nous devons lui savoir un gré éternel 
et c'est le souvenir qui ne peut nous quitter. Quant 
à sa pensée, homme de pensée, il nous saura lui- 
même gré de la discuter avec franchise et netteté. 
D'un libre échange de vues sortira vraisemblable- 
ment un accord rapide sur les faits acquis. L'accord 
sur les principes, sur les faits à instituer, en sera 
sans doute plus laborieux, maisj'ai la conQance qu'il 
est possible et sera, malgré tout, facile li l'oQ s'avise 



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98 LE PRÊSIDEf<T WlLSON 

d'orienter l'esprit de M. Wilson ver3 le plâil solide 
que doit adopter toute action morale dans nos pays. 

Qu bien l'action wilsonicnne s'adressera à. l'enthou- 
siasme idéologique, et ce sera un feu de paille aussi 
trompeur que les autres, qui durera tout juste ce 
^u'il faudra pour permettre à l'intrigué allemande 
d'en profiter. 

Ou l'action wilsonienne empruntera les vieilles 
routes vénérables, solidement construites et fortement 
battues, des traditions, des mœilrs, des cultes et de 
tout ce qui a constitué les forces spirituelles de l'Occi- 
dent: parelles, bien des idées neuves peuvent s'incor- 
porer définitivement aux esprits et aux volontés. Ni 
les Etats, ni les dynasties ne seront des alliés mépri- 
sables à ce point de vue. Il faudrait pouvoir se servir 
de tous les éléments de ce qui vit déjà pour instaurer 
une vie meilleure. Au contraire, un plan neuf avec 
dés matériaux neufe, sur un emplacement neuf, cela 
suppose une poussée préalable de destruction bolchc- 
viste qui est précisément ce dont M. le président 
Wilson a hOrteur, nous assure-ton. 



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IL FAUT EXPLIQUER M. WILSON 
A LA FRANCE 



8 décembre 1918. 

Nous avohe cru fdire œuvré de bons citoyetis ëb 
noua efforçant plusieurs fois d'expliquer 1^ France à 
M. Wilson, Nous ne changeons pas de métier en 
expliquant aussi M. Wilson à la France. 

Son vocabulaire, sa doctrine son « dogme » y 
paraissent souvent plus mot'àux et plilâ religieux tjue 
politiques. Une influence extrême de Kant a dû être 
relevée autrefois, avant l'intervention. Ce kantisme 
s'est atténué : non les habitudes sermonnaires d'une 
civilisation où, depuis la Réforme, le clergé n'est pas 
difTérencié dans l'Etat, où l'éthique et l'ecclésiastique 
font corps dans toute exhortation appelée à conduire 
les hommes. Mais cette confusion de l'ordre moral et 
du politique n'exclut nullement la vigueur, ni même 
la violence de ce dernier élément. Rappelez-vous 
M. Lloyd George. Dans les commencements, il prê- 
chait tout autant et tout aussi bien que M. Wilson. 
E!h bien, voyez les résultats de ces beaux prêches; 
sans coup férir ils ont capturé la splendide flotte 
allemande tirée des réduits de l'Elbe et du canal de 
Kiel. Si l'on ne savait quelle action hardie et forte a 
déterminé co bienfait, le miracle ferait la paire avec 
celui des trompettes de Jéricho. 

Ou je me trompe fort (ce qui est d'ailleurs possible) 
ou M. Wilson nous étonnera de la même manière que 
M. Lloyd George parlesérieux, là fermeté jet, l'i-pro- 



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100 LF PRbSIDENT WILSON 

pos de son esprit pratique. N'a-t il pas déjà com- 
mencé? La [»^digieuse beeogae matérielle menée à 
bien en moins de deux ans de luttes ne dépose-t-elle 
pas en faveur de ce sentiment? La mise sur le pied 
de guerre d'un pays vingt fois plus grand que le QÔtre, 
aussi vaste qu'un continent, ne répond- elle pas aux 
reprociies de rêverie, d'utopie, d'une philosophie exté- 
rieure et inférieure à la vie? Ce qui étonne, ce qui 
nous étonne, nous Français, nous sceptiques-nés, 
' c'est la méthode si prddicuse, c'est le langage de ce 
prêche si confit de dévotion et presque de supersti- 
tion! Mais quoil cela même n'est pas inexplicable 
peut-être, ni irréductible aux conditions daus les- 
quelles cette parole et cette pensée se font jour. 

LA PATRIE ET LA NATION DES AMÉRICAINS 

Il faut se représenter les Etats-Unis d'Amérique 
dans leur étendue géante comme dans leurs pouvoirs 
sans mesure. Un nombre d'hommes relativement 
petit, dont nous connaissons quelques-uns, y nour- 
rissent de hautes, de profondes ambitions nationales. 
Mais ils sont les premiers à nous en avertir, notam- 
ment notre confrère M. Morton Fullerton dans ses 
beaux livres et ses précieuses brochures < , leur natio- 
nalité se fait, elle n'est pas faite encore. Cette guerre 
y concourra fortement. Mais pour entraîner des 
masses aussi nombreuses à affirmer et à constituer, 
les armes à la main, une nationalité définie, ce serait 
un cercle vicieux qued'invoquer, d'attester l'argument 



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EXPLIQUONS M. WILSON A LA FRANCE 101 

national. Leurs souvenirs nationaux sont forts, mais 
limités, ils en ont vite fait le tour : La Fayette et 
Washington en sont lea colonnea d'Hercule dans le 
passé. Leur patrie aussi est i faire. Précisément, 
parce qu'il est très vif et très fier, comme il est très 
récent, le patriotisme américain ne comportant pas 
de longues réserves dut être ménagé par un homme 
d'Etat aussi avisé que Mi Wilson: sensible et exalté à 
la surface, îl a besoin d'être un peu détourné de lui- 
même de crainte qu'en s' analysant il ne s'affaiblisse, 
M*' Baudrillart qui revient d'Amérique ne nous dit- 
il pas qu'A Chicago il a compté des catholiques appar- 
tenant â vingt-six nationalités différentes? Nationa- 
lités doit signifier ici, comme au moyen âge, langues ' 
et même races. Ajoutez que les vingt-six foyers 
primitifs européens ou asiatiques ont pu fournir aussi 
des adhérents à vingtrsix fois vingt-six religions ou 
sectes différentes. Et voua pouvez conclure que s'il 
est prudent et politique de fortifier, de dovbler le 
patriotisme américain en faisant des appels vigou- 
reux  d'autres sentiments du même ordreoud'ordre 
convergent, ils doivent être choisia aussi généraux et 
même aussi vagues que possible sous peine de créer 
deadissensioDsetdes troubles là où il s'agit de cimen- 
ter l'union, 

MORALE ET RELIGION AMÉflICAlNËS ■ 

Encore ne parlons-nous que des villes. Mais dans ' 
les campagnes où la population est loin d'être agglo- 
mérée, les différences morales sont accrues par les 
éloignementg matériels. Iià encore, à plus forte rai- 
vta, si l'on veut se faire entendre,,8i l'on veut réunir,. 



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LE PRÉSIDENT WILSON 



rasspiD^ler, )1 faut reco)inr ^i;x principes foodamen- 
taux de l'ordre élémentaire, absolu, qui ont excité 
l'enthousiasme raisonné et grave, la foi sérieuse des 
oommen céments de l'humanité et de la cité : — Tu 
ne tueras point. Tu np trahiras point. Tu ne mentiras 
point. Tq ne voleras point. Tu seras liuqiaîn envers 
les prisonniers et les misérables. Tu seras juste... Si 
hautes et si pures que soient les abstractions morales 
enveloppées dan^ ces préceptes, elles sont cependant 
familières au colpn coipme au portefaix d'Amérique : 
es sont cpUes que l'an prêche au tefnple ou ^ l'église 
chaque dimanche, et ce sont celles que répand le prêtre 
ou le ministre quaqd le vagon dominical s'arrête au 
fond d'un pays d^ défnp))enieiit. D'idées générales 
plus actives, ni plu^ puissantes, d'idées -forces, plus 
efficaces, l'Amérique prise dans sa maesp n'en con- 
nait point, réserves faites du souvenir (iç gratitude 
gardé à l'intervention de Lquis XVI. On eût perdu 
son temps à lui prêcher une prise d'armes politique 
contre le germanisme. Enpréchant la croisade mor^e, 
au nom du Juste et du Qon paq^re l'Inique et le Mal, 
M> Wilsop 4 atteint son but qui était le nôtre : il a 
été compris, suivi. L'eût-it été autrement? Voilà pe 
qu'il faut regarder. 

Ce regard sardes réalités moins complexes qi|e ïen 
nêtres ne diminuent certes pas l'énorme danger 
et le danger pressant, que comporte l'appUcation 
- directe et simpliste de principes aussi généraux & 
des situations aussi dif^çiles. H. Wil^on pat inno- 
cent de ces répercussions malheureuses. Ce qui est 
régression de ce côté de l'océan, ce qfie nous avons le 
droit de jqger trop vague ou trop général ppyr régler 



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len- 1 
Bité ^ 



EXPUQUONS M. WILSON A LA FRANCE 103 

nos affaires, représente là-bas un formulaire naturel 
et rationnel qui s'explique par les états naissants 
d'une civilisation, d'une nationalité, ei d'une patrie en 
voie de se définir. 

Comprenons bien ce dernier point sî nous désirons 
nous faire comprendre. 



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IL FAUT EXPLIQUER LA FRANCE 
A M. WILSON 



a décembre lOiS. 

Hier, en expliquant M. Wilsoa à la France, nous 
montrions que l'origine toute réaliste de son idéologie 
tient à la nature d'un peuple qui commence, d'une 
civilisation qui est à son printemps. Si les principes 
de morale élémentaire qu'il a dû utiliser sont extrê- 
mement généraux, c'est un signe de l'extrême jeu- 
nesse des organisations et des unions qu'il fédère. 
Plus anciennement mêlé aux difficultés de l'Europe, 
voyant de plus près les hautes dilTérences qui exis- 
tent entre des contractants éventuels pour lesquels il 
propose un contrat uniforme, M. Woodrow Wilson 
atténuerait ou nuancerait ses propositions. 

Au fur et à mesure qu'il se rapprocherait de nous, 
et donc à chaque tour de l'hélioe de son navire, 
M. Woodrow Wilson se rendrait mieux compte des 
questions concrètes qui, avant de dresser l'acte de so- 
ciété des nations, obligent à. examiner l'être physique 
et moral des sociétaires, leurs vertus, leurs vices, 
leur vigueur, leurs faiblesses, leur degré de richesse 
ou de pauvreté, enfin les moyens dont chacun dis- 
pose pour obéir au Juste ou lui désobéir, pour com- 
poser avec ses ordres ou pour mener contre lui une 
lutte ouverte. En un mot, plus préside nous, plus 
près des choses, M. Wilson rendrait à des questions 
territoriales la faveur, le crédit qu'il leur a refusés. 
M. Wilson verrait que les solutions juridiques nose 



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KXPUQUONS LA FRANCE A M. WILSON 105 

suffisent P4B. Leur fermeté, leur poids varient avec 
les forces qu'elles meuvent, les forces respectives 
dès Etats contractants, forces nées des situations 
bien plus que des inteutlons. 

Toat cela, ne demandant qu'un peu de réflexion, 
irait de soi si lee principes wilsoniens ne subissaient 
en arrivant en Europe un traitement qui en change 
la forme et le fond à tel point que l'on peut le nom- 
mersaus erreur une transmutation véritable. Cequi là- 
bas sonnait la vertu, une vertu presque héroïque, celle 
qui s'arme pour le juste et le beau, sonne par ici le 
plus bas des vices qui est la lâcheté ou l'inertie 
quand ce n'est la haine civile. Ce qui là-bas est la 
volonté d'imposer le respect de vies innocentes devient 
ici le goût pervers de sauvegarder des vies crimi- 
nelles. Ce qui l&-bas respire la guerre sacrée en vue 
d'une paix profonde et durable n'affei;te, n'em- 
prnnte ici un son et un aspect moral que pour 
fomenter laguerre intestine et impie. Des termes iden- 
tiques, des formules presque pareilles tirées de ce 
qu'une humanité jeune renouvelée par une terre 
neuve peut montrer de plus fier, sont sollicités à 
signifier les déairs et les vœux qui circulent dans les 
éléments dégénérés et parmi les milieux décadents 
d'un état social dont la maturité et la perfection 
"impliquent forcément beaucoup de déchetsrLes signes 
du jeune élan vital américain sont captés et inter- 
prétés ici comme s'ils concordaient aveÉ nos régres- 
sions, nos fatigues, nos maladies. 

NOS HOMMES MALADES 

C'est, en effet, un véritable malade social que la 



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106 LE PRÉSIDENT WILSON 

petite puignée des chefs et agitate^irs du socialisme 
français. Leur autorité depuis ia gi;«rrp est tombée 
4 rien. Leur reste d'influence réelje ne vaut que 
par l'Etat et l'administration, où la plupart de ces 
messieurs se Bont embusqués fructueusement. La 
masse populaire est fixée sur leur valeur întel- 
lectu^lle (ils se sont toujours tro;flpés), sur leur valeur 
morale (inférieure à. certains égards à celle des pires 
politiciens de Tammany}. 

Lorsque M. ^ilson faisait, 4^"^ ^ou récent mes- 
sage, allusion aux < gens du peuple > que son pro- 
gramme idéaliste et mystique séduirait, il a pu 
songer légitimement au peuple d'Amérique et de tel 
ou tel Etat européen que je m'abstiens de désigner, 
ne le connaissant pas ; pour la France, l'erreur serait 
lamentable et profonde si les chefs socialistes qui 
lui écrivent, lui télégrapbient, se préparent & le 
recevoir et à l'aller voir étaient considérés de M. Vfoo- 
dtow Wilson comme les représentants légitimes des 
ouvriers et des travailleurs^ Ce ne sont pas ^es 
« gens du peuple ». Ces messieurs sont d^s {npssieurs. 
Ils ne font jamais peiivre de leurs dix dpigts que 
pour écrire t^es professions de foi ou des articles, 
lueurs mains ne sont pa^ calleuses. Il soitt les para-r 
sites et les proRteurs, mais démasqués, mais déconsi- 
dérés, de la politique sociale et ouvrière française. 
La profondeur du discrédit; auquel ils succopibent 
explique la rage violente et la fureur désespérée 
avec laquelle ils font chez nous le jeu de l'Ennemi. 

Quand donc ils s'emparent de certains fragments 
de proposition wilsonienne, quand ils en développent 
certains aspects de modération et de justice uniûté- 



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EXPLIQUONS LA FRANCE A M. WILSON 107 

raie qui semblent (nvorables au p«uple allemand, on 
peut juger qu'ils infligent à la doctrine américaine 
ezactepieiit le même outrage qu'au peuple fraiiçais : 
ilq l'exploitent, ils superposent le parasitisme ipné 
de leur politique intéressée et alimentaire à des 
vues nobles, désintéressées, généreuses, dont ils 
espèrei)t> (Jégager non le bien de la France, non le 
bien de l'ATnârique, non le bien du prolétariat fran- 
çais ou américain, mais leqr bie;) ^ eu^, leur sale 
bien, profit et pftturp, leur humt)1e et tfonteuz feveiiu. 
Sq effet, s'ils s'attachent à ces yuea, ce n'est point 
du tout pour les approfondir, les eiamînpf, les 
adap^r, les discuter et, par un échange d'idées, 
attentif et consciencieux, les améliorer en les rappro- 
chant du réel : point du tout. Ce qu'ils en tirent tout 
d'abor^, c'est une espèce de formulaire tput verbal à 
recevoir en article et symboje d'une foi, qu'on assène 
apif gens coinme une pierre ou un bâton. Société des 
nationsi joue un r^Ie de talismai). C^s mots proférés 
soqt S)ipposés iuibuB d'une vertu magique. Il faut les 
pn^aqpper. Il ne faut point les dîscpter. Il ne faut pi 
les accroître d'un éclftirci^sement, ni les diminuer 
d'une méprise op d'upe équivoque. Jl faut surtout 
bien se garder de rechercher ce qui permettrait à 
ces mots, à cette idée pure, 4e passer, enfin, dans le 
royaume des faits. Qui prononce, qui articqle ces 
vocables est le bienvenu. Mais qui veut les com- 
prendre et les interpréter, raca, maudit soît-il... 
Il n'y a pas d'indice plus net de la manoeuvre politi- 
cienne et de l'intrigue intéressée. 



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LE PRÉSIDENT WILSON 



SACHONS CAUSER AVEC M. WILSON 



Nous Français, patriotes, en union étroite avec les 
profondeurs de notre peuple éprouvé et meurtri- 
nous recevons M. Wilaon non seulement comme un 
ami, et un trëa grand ami de notre patrie, bienfai- 
teur et très grand bienfaiteur de t'humanîté pré- 
sente, mais aussi l'un de ceux sur lequel l'avenir 
national et humain doit compter de plus en plus 
pour la construction et l'affermissement de la paix 
sacrée que nous désirons. Mais forts de cette com- 
munauté de but, assurés de cette identité de désir, 
nous De nous priverons pas, et bien au contraire, de 
signaler au président l'obstacle où l'écueil aperçu le 
long de la route commune. 

Nous n'hésiterons pas à lui dire que sa foi absolue 
au droit comporte une attention vigilante donnée aux 
litiges que les notions de droit sont naturellement 
capables de faire naître ou d'envenimer. Nous lui 
ferons obswver que surtout après l'exemple russe et 
ces craintes de bolchevîsme qu'il a lui-même res- 
senties pour l'Allemagne, il faut bien prendre garde 
de ne pas donner pour support k la paix entre les 
peuples des conditions qui exciteraient ou facilite- 
raient la guerre entre les citoyens. Nous le supplie- 
rons encore de prendre garde à la qualité de certains 
pacifistes qui, ennemis de leurs frères de race, ne 
sauraient être bien sincèrement les amis des hommes 
qu'ils ne connaissaient pas : de tels marchands 
de haine intérieure devraient être mis au ban de 
tous les Etats, principalement des Etats dénommés 
Unis, puisque ces meneurs ne prêchent que la désu- 



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EXPUQUONS LA FRANCE A M. WILSON 109 

mon. En&n, si l'on regarde la vaste question alle- 
mande, le grand réaliste qu'est Woodrow Wilson 
sera aisément amené à jeter un coup d'ceil sur les 
deux facteurs essentiels qui la dominent et la gou- 
vernent, car l'une est l'histoire, l'autre la géographie. 

L'histoire est mal famée sans doute! Elle fournit 
des précédents et il est très vrai que les précédents 
passent pour avoir toujours échoué ; mais le tribunal 
de La Haye est un précédent, lui aussi ; est-ce qu'il a 
réussi? N'a-t-il pas échoué, et plus complètement que 
le traité de Vienne ou les traités de Westphalie? 
Les échecs de la politique d'équilibre ne sont rien 
comparés aux échecs de la politique du droit. Et 
comment le droit pour agir, pour s'appliquer, se 
passera-t-il des données de géographie ? Comment, 
sans tenir compte de la qualité des parties, juger et 
surtout faire durer les jugements et faire appliquer 
les sanctions? M. Wilson n'y pense pas. Il y songe si 
peu qu'il tombera parfaitement d'accord avec nous 
que la méthode politique supérieure ne consiste pas 
à exclure, mais à combiner. 

Une Société des nations qui hébergerait une Bel- 
gique sans défense et une Allemagne accrue, juxta- 
poserait le bourreau et la victime sans autre résultat 
que de les rapprocher en facilitant le forfait et d'en 
multiplier l'horreur sous de beaux noms nouveaux 
qui en resteraient déshonorés pour jamais. La vraie 
Société des nations comporte la revision de la struc- 
ture, du statut, des forces de chaque nation, et le 
débat ainsi ouvert et conduit aboutira à des résul- 
tats fructueux. 

Est-ce impossible? Un seul cas nous parait devoir 



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110 LE PRÉSIDENT WILSON 

faire dévier ces justes colloques : l'intrusibn de la 
trout)b igDorahtâ et fartatisée des chète socialistes 
toujours [irâts à remplacer le signe d'une idée par la 
cocarde d'un parti, une objection ou ufae doctrine 
par des injures ou de gros mots*. Avant de leur 
prêter la moindre attention, Ife président américain 
tout cbmme lé public français, sera sage de faire 
une enquêté. Leur passé d'aràllt-guerre et de pen- 
dant-guërre leâ iliontt-e si grailds amis de l'Ennemi 
qu'tin seul trait doit réjouir et .satisfaire de la part 
de tels philbboches : leur inimitié déclarée. 

1. Ceat ejiactement ce qui s'est produit. 



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. WILSON ET LE PAPE 



10 décembre 1918. 

M . Jean Carrère, journaliste romain, s'est souvenu 
qu'il était !e poète des Buccins d'or pour annoncer 
à son journal lé temps la grande nouvelle. Le vers 
alexandrin qu'il éù a fait sopne vraiment comrfte un 
or put : 

Le préaident Wilgon rendra visite au pape. 

Le pythagoricieû Lysis qui fit les premiers Vers 
dorés ne pouvait y parler de S. S. Benoit XV, ni 
de M. Woodrow WLlson, et pour cause. Mais il n'a 
pas rythïné vérité plus substantielle, ni plus instruc- 
tive leçon. Le président Wilson rendra visite au 
papel Qu'est-ce à dire? D'abord que l'homme d'Etat 
amé^ricain enfant {et combien dévoué et combien tra- 
ditionnel) d'un peuple d'origine et de formation reli- 
gieuse, le descendant des passagers du May flower, 
le produit d'une racé de persécutés Et de Saints, 
n'est ÉSpendant eii àUcune Aorte homme de préjugé. 
Une des grandes forces morales de l'univera ayant 
son point essentiel d'applicatioh' éh Europe, il ne 
passera' pofût sur l'anôien continent Sanâ aller lui 
pointer ses hommages de convenance supérieure. 
Ensuite, iï. Wilson est homme pratique. Puisqu'il a 
CQnstaTunlent dès questions' à régler avec les repré- 
sentants ou lés sujets spirituels du Saint-Pèrê, éb! 
bien, il va voir le Saint-Père et conférer avec lui de 
façbA à les mieux régler A l'avenir. 



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LE PRÉSIDENT WILSON 



CONCURRENCE OU COMPLÉMENT 



Est-oe tout? Il y a autre chose. Le président Wil- 
aoQ rendra visite au pape. Par nationalité, par posi- 
tion, par goût peut-être, M. Woodrow Wilaon, sou- 
verain temporel, a assumé un râle spirituel. Cela 
Ijourrait â ire considéré comme un empiétement, soit 
par lea ministres des diverses confessions anglo- 
américaines, soit par le chef du catholicisme qui est 
le type le plus pur du souverain spirituel. Mais, de 
son c6té, le pape a fait beaucoup, beaucoup de poli- 
tique ces dernières années, et de politique interna- 
tionale, et d'internationalisme k teodonce paciâca- 
trioe. De sorte que, s'il se plaignait de l'usurpation 
de sa suprématie spirituelle par lechef d'Etat améri- 
cain, celui-ci, moyennant un grain de fantaisie, 
pourrait répondre que les plates-bandes de la souve- 
raineté temporelle ont été aussi empruntées par les 
pas du Saint-Pére et qu'ainsi l'o» est quitte : deux 
empiétements égaux ne valent-ils pas un égal échange 
de respects? 

Cette fantaisie peu respectueuse mise à part, il 
reste que M. Wilson a dû définir le Juste, le Bon, le 
Mal, l'Inique et que S. S. Benoît XV a proposé 
certains accords politiques d'un modèle plus ou moins 
concordant avec celui de M. Wilson. Pour une raison 
ou pour une autre, et même à tort ou & raison, ces 
deux puissances se trouvent donc engagées sur le 
môme plan, occupées des mêmes aspirations hu- 
maines, possédées du même souci surhumain : si 
donc la r^le était suivie du vieux jeu bien connu en 
France, il s'ensuivrait qu'un choc et un choc violent 



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M. WIL80N ET LE PAPE 113 

eat promis aux deux . penonnagea, aux deux tono- 
Uôna, aux deux idées en présence ou, si le choc 
était évité, il le serait à la seule et expresse condition 
qu'ils ne se rencontreront pas, qu'ils ne se verront 
pas, qu'ils ne causeront pas et s'ignoreront avec une 
pasMon pieuse et farouche. 

Or, pas du tout ; le fait est autre, ils ne veulent 
pas s'ignoreF, . 

Le président Wilson rendra visite an pape 

et tout annonce q^ue - la visite sera reçue avec la 
lumte courtoisie qui en a arrAté la résolution. On se 
verra, on causera et peut-être que l'on mettra en 
commun, afin de mieux servir la cause commune, des 
ressources de oosur et d'esprit qui ne sont ni rivales, 
ni même concurrentes, mais oomplémeataires. 

UTILITÉ DE LA VISITE 

Si j'étais d'humeur d oser quelques pascirconspeots 
dans la direction des hypothèses plausibles, je dirais 
que de l'entretien pourrait sortir pour M. Wilson, 
nourri d'une pensée impétueuse, mais, h bien des 
égards, indéfinie encore, ces clartés plus précises, 
ces olasslfications plus nettes, ces catégories plus 
fermes et plus réalistes tant eu matière de morale 
que de politique et de droit, que les dignes héritiers 
de saint Thomas d'Aquin peuvent ofFrïr aux disciples 
de Kant et même d'Emerson. En revanche, instruit 
par l'expérience de ses vingt et un mois de guerre à 
' l'Allemagne et de ses rapports fraternels avec les 
Alliés, M. Wilson serait tout A fait dans son rftie s'il 



L.Gooj^lc 



tu LE PRÉSIDENT WILSON 

mettait S. S. Benoît XV au courant de certains points 
de fait qui sont vitaux pour nous, et que nos Alliés 
ont forcément toujours présents à l'esprit et au cœur. 
Jusqu'ici, des ambassadeurs (mais non l'ambassa- 
deur de la France) ont pu en parler au pape. Un 
chef d'Etat venu au nom des peuples attaqués et 
envahis par l'ancienDe Quadruplîce aura plus d'au- 
torité, étant d'ailleurs mieux renseigné que n'importe 
quel diplomate... 

Le prôaident Wîlson rendra visite au pape. 

Il lui dira ce qu'il faudra dire. 11 lui dira ce qu'il 
lui dira. 

Je ne prétends pas que les choses se passeront 
forcément comme je le dis, ni que les rOIes y seront 
distribués avec cette égale harmonie. Mais le déair 
n'est pas absurde, le vœu est raisonnable, me semble- 
t-il. J'en formerai encore un autre : c'est que du 
Quirinal au Foreign OfQce et de Zagreb à Lisbonne, 
en passant par Paris, sans oublier Bruxelles et Buca- 
rest, l'Entente fasse un acte de sagesse analogue au 
n&tre : qu'elle prenne la chose comme il importe de 
la prendre, c'est-à dire du bon cdté, du côté positif, 
lumineux, utile'... Ici, nous n'avons pas ànous faire, 
comme dit le peuple, une raison et nous pouvons dire 
de la visite du 23 décembre prochain : Hoc erat in 
votis, puisque nous écrivions, samedi, à cette place, 
que M.Wilsonse demandera peut-ôtre si c la sagesse 
ne sera point d'aller faire un tour du c6té de ce Vati- 
can avec lequel on essaya de le mettre en concur- 
1. On s'en est bien gardé. 



CCI t, Google 



M. WILSON ET LE PAPE 115 

ronce, mais auquel il sera très sage de proposer une 
DOUveUe alliance religieuse sur le modèle que notre 
Auguste Comte a déjà rêvé » ; mais en formulant nos 
souhaits, nous ne pouvions nous aveugler : il existe 
des vœux contraires, quelquefois animés d'une véri- 
table passion. Eh ! bien, souhaitons cette fois que la 
passion se calme et que le fanatisme ne se mêle de 
rien. M. Woodrow Wilson agit en sage de la Grèce, 
M. Jean Carrère met cet acte en vers dans le Temps : 
attendons, espérons les meilleurs effets possibles de 
cet exemple de sagesse et de la musique qui l'accom- 
pagne. Tout irait tellement mieux en Europe si des 
idées qui veulent examen et réflexion, étaient trai- 
tées en idées pures et non violentées à coupa d'ad- 
jectifa qualificatifs! 

— Mais ne voyez-vous pas que la cause alliée va 
être desservie auprès de M. Wilson par le Vatican? 

— Dans ce cas, ce serait que les Alliés se seraient 
bien mal servis auprès de lui. Montrez à M. Wilson 
tout ce qui doit lui être montré, instruisez-le de ce 
qu'il doit savoir, pénétrez-le du sentiment, des vérités 
qui nous animent et nous transportent. Il sera armé et 
équipé pour déposer entre les mains du pape les 
arguments de fait que le pape ignore peut-être et 
ainsi il l'amènera, si toutefois un tel voyage n'est 
point superflu, au point de vue des Alliés qui y 
gagneront comme nous. 

Bref, là comme ailleurs, c'est la méthode positive 
qu'il Importe d'appliquer et de fidre appliquer. Des 
contradictions discourtoises, des polémiques veni- 
meuses nuiraient surtout à nous. Rien n'empêche 
d'être inflexible sur les intérêts vitaux de la France. 



Ï16 LE PRESIDENT WILSON 

Nous le sommes ici. Nous exigeons tout notre dû. 
Cela empôohe-t-il d'examiner lea objections qu'on 
nous prépare ? Cela oblige-t-il à noua créer de nou- 
vaux ennemis? Non, non, causez, causons, faisons 
causer. Recueillons l'avis, le conseil de chacun. Ce 
sera le moyeu d'avoir la paix désirable. En voit-on 
an autre? Pas moi. 



CCI t, Google 



15 ddccmbre I91S. 

Assis, dans le iandau présidentiel, face aux troupejB 
. qui présentaient les armes et face au peuple qui lui 
offrait une indescriptible ovation, M. le président 
Wilson a fait hier matin une entrée glorieuse et qui 
ne sortira d'aucude mémoire. L'histoire morale de 
cette grande journée se décompose ensuite en deux 
actes : les discours de l'Elysée, l'ambassade Re- 
naudel. 

M. Renaudel est un homme peu intelligent, se 
disant mandataire d'un parti qui ne lui a même pas 
'renouvelé le mandat illégal de 1914. Porteur d'un 
papfer couvert d'idées absurdes, il a lourdement 
essayé d'établir l'importance de sa personne et de sa 
fonction. Il a iostitué un fastidieux parallèle entre 
les thèmes wilsoniens et les thèses de son parti. 
M. Wilson lui a répOD du poliment qu'il « ne suffisait 
pas rd'établir des principes >, il fallait trouver les 
voies de réalisation. 

Cette substantielle et topique réponse confirmait 
le pronostic donné la veille par Pierre Veher : « Le 
présidenta ses directives, il ne s'y tiendra pas obsti- 
nément s'il les juge mauvaises. * 

Et le rédacteur du New-York Herald disait plus 
loin : 



En ce moment, .la propagande allemande veut s'ap- 
puyer sur les déclarations que U. Wilson fît en dëoem' 



jb, Google 



118 LE PRÉSIDliNT WILSON 

brel9i6; elle espère ainsi modifier l'état d'esprit du 
Congrès; c'est une manœuvre bien médiocre. 

Depuis cette date, la religion humanitaire du prési- 
dent a été éclairée; si ses principes sont restés les 
mêmes, leur application a pu se modifier à mesure que 
des renseignements plus précis parvenaient & la Mai- 
son-Blanche. 

Lorsque le président Wilson aura considéré de 
près les infamies et les forfaits allemands en terri- 
toire belge et français, chacun pourra voir' ■ si ces 
principes n'ont pas évolué depuis décembre 1916 >. 

Ce coup droit porté à la propagande allemande 
s'applique évidemment à la propagande de ceux qui 
estiment leur pays < lié » par la gratitude et l'hou- 
neur à toute syllabe de tout article de ce programme 
wilsonien, dont l'évolution fut si . bienfaisante ! , 
M. Gauvain est l'un des doctrinaires qui veulent 
ainsi nous « lier *. M. Pierre Renaudel en est un 
autre. On n'est pas étonné de les trouver ensemble 
et les deux font la pure : ce serait pour le malheur 
de leur pays, si les destinées de la France ne pas- 
saient haut, très haut, par dessus de telles misères I 

M. WILSON ET- M. POINCARÉ 

Les discours prononcés au déjeuner de l'Elysée, 
tournant autour du même problème, l'ont posé et 
l'ont résolu comme il faut. 

Après tant de mois d'une coopération éloignée 
mais étroite, singulièrement courageuse et méritoire, 
les deux chefs d'Etat se trouvaient en présence. 
Qu'allaient-ils se dire? Des fictions conventionnelles? 
Non, la vérité. Qu'a liaient- ils manifester? Des 



jb, Google 



A PARIS 119 

amours-propres personnels ou des entêtements 
d'école et de doctrine? Non, mais le sentiment dés 
intérêts les plus généraux de l'Amérique et de la 
France auxquels les intérêts du genre humain sont 
présentement suspendus - 

Il ne sera donc pas nécessaire de nous presser sur 
les pas de M. Wilson pour lui crier < Justice >, pour 
lui demander •: Justice pour la patrie >. Ce vœu 
national a été présenté avec clarté et fermeté aupré- 
' sident de la République américaine par le président 
de la République française. Nous en avons placé 
l'essentiel À la manchette de l'Action française*, tioua 
l'avons fait suivre de la réponse donnée par l'hôte de 
la France. Celle-ci énonce, immédiatement, explici- 
tement, sans autre forme d'examen, une première 
série d'assurances dans l'ordre moral. Elle promet 

1. Le'PrÉsident Poincarè au Président Wilson : 
■ ... Votre noble conscience prononcera sur ces forfaits 
< S'ils restaient sans sanclion et s'ils pouvaient se renouve- 
ler, les plus belles victoires seraient vaines. Monsieur le Préiài- 
dent, la France a lutté, patienté, peiné pendant quatre longues 
années... 

> Ce n'est pas pour être exposée à des recommencements 
d'agreasion qu'elle s'est résignée à tant de sacrifices. Ce n'est 
pas non plus pour laisser des oj'iminels inipunis relever la 
tête et préparer de nouveaux assassinats que, sous votre forte 
impulsion, l'Amérique s'est armée et a travei-sé l'Océan. • 

Le Président Wilson au Président Poincarè : 
" J'apprécie comme vous. Monsieur le l'iésident, la néces- 
sité de. prendre, en décidant des résultai de la guerre, des 
mesures telles que, non seulement ces aotes'de terreur et de 
spoliation seront flétris, mais que l'humanité entière restera 
avertie qu'aucun peuple ne pourra oser de pareils outrages 
'i certitude d'un juste châtiment, ■ 



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118 LE PRÉSIDENT WISLON 

au peuple coupable un châtiment. Cette sanotioo 
€n suppose une autre : si le oriminel est ' puni, 
rinnocent dépouillé et meurtri sera dédommagé, 
et des garanties effectives le mettront i l'abri de 
tout retour d'épreuves qui seraient désormais Insou- 
tenables. 

M. Woodrow Wilson destine A c l'humanité en 
général » la sécurité et la liberté de la vie. M. Poin- 
caré requiert pour la France, pour l'Amérique, pour 
tous les Alliés ■ le mutuel appui dont nons avoos ' 
besoin les uns et les autres pour faire prévaloir nos 
droits ». On peut entrevoir en effet dans l'avenue 
des siècles la perspective d'un ordre nouveau. Cet 
ordre ne se réalisera qu'au moyen de précautions 
fortes, souscrites, combinées, épaulées par tous. 
L'orateur de la Feance y a insisté avec force, et il a 
"bien raison! Noua n'avons pas le droit de faire dan- 
ser nos fantaisies sur un million cinq cent mille 
tombeaux que la guerre a ouverts sut la terre fran- 
çaise. Nous n'avons pas !e droit d'oublier que ces 
tombes ont été creusées par l'esprit d'illu,sion, d'uto- 
pie, de chimère; si elles avaient eu le sens de la réa-. 
lité; les générations et, comme on dit, les c classes > 
qui grandirent sur notre .sol durant vingt ans pour . 
cette hécatombe seraient encore pleines de vie parmi 
nous. Si leur deuil ne nous apprenait pas là pru- 
dence et la réflexion, à quelles enchères - sanglantes 
devrait être achetée la future sagesse? 

La réponse de M. WiUon a été naturellement im- 
prégnée d'un état d'esprit un peu différent. En- admi- 
rer l'idéalisme serait insuffisant. Le fait est que la 
généreuse et vaste conception du président américain 



A PAmS ■ 181 

a'eatdéreloppéesurune terre lointaine: cette terre sem- 
ble parfois n'avoir pris Ba part des oiauz de la guerre 
que parce qu'elle l'a bien voula, la pensée de 
M, Woodrow Wileoii a bénéficié d'un semblant de 
liberté et d'immunité par rapport aux menacée du 
gérmaniBme. Mais cette pensée est trop nette et trop 
directe pour se laisser décevoiP à des apparences. 
Li'homme civiliflé et cultivé d'outre-mer était-il à 
l'abri de ce germanisme qui menaçait tout, l'ouest 
américain, le Bud brésilien, l'ensemble des races 
humaines? M. Woodrow Wilson n'a pas cédé au 
seul penchant pliilosophique lorsqu'il a universalisé 
le problème, il l'a vu et posé absolument tel qu'il 
était. L'Allemagne aspirait & la domination de la 
terre, c'est la terre entière que M, Wilson a voulu 
libérer. 

GUERRE ET DÉMOCRATIE 

Je ma permettrai dès tora de lui signaler un ftspect 
des choses qui n'a pu lui échapper, mais dont l'im- 
portance est multipliée ici par la proximité de l'Aile* 
magne, de cette Allemagao d'où souffla toujours la 
Révolution. 

Nous ne savons pas du tout ce qui s^ paaswa 
lorsque l'influence allemande se sera évanouie de la 
face du monde: le cœur de l'homme en sera peut-âlre 
renouvelé. En attendant, il convient de faire atten- 
tion et de se garder. M. Wilson prêche la guerre à 
la guerre: rien de plus pacifique. Mais il la prêche 
au nom de la démocratie, et pour une raison ou pour 
une autre, en Europe, ce nom do démocratie est loin 
de signifier ni l'ordre public, ni ta tranquilité.- Par 



..jcC.oogIc 



122 LÉ PRÉSIDENT WILSON 

suite de l'influence allemande ou de toute autre 
cause, beaucoup d'Européens tiennent la démocratie 
pour synonyme de lutte de classes ou de conflit des 
citoyens. L'homme au grand cœur venu au secours 
de la France et qui l'a tant aidée à se défaire de la 
guerre étrangère, aurait une horreur plus vive 
encore s'il est possible, d'une guerre fratricide à l'in- 
térieur de nos pays : or, tel est le vrai fond de l'am- 
bition de ceux qui manifestent le plus d'aversion 
pour la guerre allemande et qui parlent le plue ten- 
drement de la démocratie : ce sont les partisans de 
ia guerre de classes, et la guerre civile est leur rêve 
secret! Un poète français qui fut longtemps le plus 
populaire de nos auteurs après La Fontaine, a écrit 
que « souvent la peur d'un mal fait tomber dans un 
pire >. Cela est arrivé aux Russes : effrayés et las de 
la guerre étrangère, ils se déchirent entre eux depuis 
dix-huit mois. Cela n'arrivera certes point à notre 
ardente et confiante France de 1918. Cela pourrait 
arriver ailleurs. L'attention de l'humanité a été 
attirée par un grand poète américain sur < la voix 
haute et salutaire > destinée à nous avertir de ce qu'il 
y a d'insensé dans les efforts faits ■ pour établir 
une démocratie universelle * . La substitution de la 
guerre civile à la guerre étrangère consacrerait et 
vérifierait l'avertissement du poète. Mais serait-ce 
un progrés? Et, si ce n'est pas un progrès, ceux qui 
songent à nous épargner les guerres que produisent 
l'autocratie et la diplomatie secrète ne seraient-ils 
pas sages de parer aussi à ces autres guerres que 
snsoïte la diplomatie publique et qu'engendre la 
démocratie? 



On peut le demander au président WUson. Et la 
même question peut âtre ^sée au grand écrivain 
français, qui par^t conclure dans le mâme sens que 
l'orateur et président américain, M. Anatole 
France. 



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POLITIQUE ET MORALE 



16 décembre 1918. 

M. Woodrow Wilson disait à notre ambassadeur, 
avant de quitter Washington, que sa Société des 
nations formait < une association forte, lionnSte, 
unie 1 ; sujette d'une loi commune, elle se dresserait 
toujours contre les outlaws, contre les < hors la loi », 
contre ceux qui vivraient hors d'elle. 

L'exîatence de ces outlaws et le soin de la sûreté 
commune pourraient faire durer en effet cette asso- 
ciation bienfaisante. La méfiance et la surveillance 
de l'Allemagne seront pour elle principe de la 
sagesse, de la fédération, de la paix; comme la 
méfiance et la surveillance du duc d'Autriche furent 
principe de la sagesse, de la fédération, de la paix 
intérieure pour les premiers cantons suisses. Maie, 
si la force de cet ennemi commun subsiste, un prin- 
cipe de guerre subsistera 'aussi.^ Et, s'il s'évanouit, le 
principe de paix interne aura de fortes chances de 
s'évanouir avec lui..., • . . 

Les Alliés ont battu l'empire allemand, mais ICur 
alliance est composée de puissants empires, leurs 
pavillons divers, couvrant des étendues immenses, 
• représentent des forces en activité ardente, en per- 
pétuelle tension. 

Or, toutes les rivalités de ces grands intérêts ont un 
caractère singulier et bien digne d'attirer l'attention 
des hommes d'Etat et des philosophes : ce sont des 
procès civils, des litiges d'affaires, et si étendus 



jb, Google 



POLITIQUE ET MORALE 125 

qu'il n'est pas toujours facile ni mfime possible d'y 
dire le droit. Ils éclatent souvent entre deux droits 
antagonistes, entre deux intérêts dont chacun a sa 
légitimité. C'est pourquoi de part et d'autre peuvent 
et même doivent se trouver la même foi, la même 
passion, donc le même désir de ne rien céder, même 
à l'arbitrage et, si l'arbitre a prononcé, de courir 
aux armes. 

Les guerres allemandes 1870, 1914 ont été des 
cheb-d'oBHvre de perfide cautèle. Mais l'bîstoire est 
pleine du cas contraire. Dea guerres douloureuses 
ont été soutenues par des adversaires honnêtes. 
Dans son esquisse da la Guerre de Sécession, le 
comte de Parla s'ent montré frappé du caractère de 
résolution farouohe et de probité réciproque observé 
chez les nordisteset les audiates. C'est l'indice très 
clair que les plus loyaux dea hommes et les plus 
nobles des nations peuvent en Venir aux mains sans 
être diminués dans l'ordre moral. 

A L'âOLtSE 

Que conclure? J'ai vu très distinctement M. le 
président Woodrow Wilson au moment où le landau 
présidentiel débouchait du pont de la Concorde sur 
la place. Il reasemble beaucoup, en plus sanguin, en 
moins ascétique, à certains membres de la Compa- 
gnie de Jésus que j'ai eu l'honneur d'approcher. 
Hoiniaoe d'Etat dans l'action, il m'a paru, dans la 
liberté des apéculations et des rêveries, homme 
d'Eglise bien plutôt que philosophe. N'est-ce pas lui, 
au fond, qui prêchait é. l'église américaine de la rue 
de Berri oà il s'est rendu dimanche matin ? Les pa- 



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126 l£ PRÉSIDENT WILSON 

rôles suivantes ue pouvBi«iit-«Ues pas être de lui 
plutôt que du prédicateur ? 

Pour texle de son sermon, il a pris le 9* verset du 
cliapitre XI des Prophéties d'isale. 11 a. insisté avec 
force sur la nécessité d'imprégner d'idéalisme la vie 
politique et civile, sur ce fait*que l'Eglise doit souieair 
cet idéalisme de toute son énergie et de tout son pou- 
voir. Il a indiqué que le royaume de Dieu peut être de 
cette terre en ce qui touche la vie politique et civile 
des peuples, et, plus précisément, dans les relations 
entre les nations. 11 a déclaré que l'Histoire nous 
révèle que le progrés, l'évolution de l'iiumanité, dont 
l'existence primitive, dite préhistorique, a été le pre- 
mier stade, approche maintenant, par la constitution 
de la Société des nations, de son stade dernier. La 
Société des nations sera la dernière étape de l'hu- 
manitë dans la voie ou, depuis le lointain des âges, 
elle marche, & travers les difficultés, les épreuves et 
avec des reculs momentanés. 

Saut pour l'appel (d'ailleurs inexact) ù l'Histoire, 
qu'il ne me souvient pas d'avoir lu sous la plume de 
M, Woodrow Wilaon, toutes ces paroles du rèvêtoad 
Chauncey W. Goodrich seraient superposables à telle 
et telle parole du président. Mais le pasteur de 
l'église américaine s'est rapproché d'un -autre grand 
personnage ecclésiastique à, la iîa de son oraison 
telle que la résume le Temps. 

En terminant, le Rév. Chauncey W. Goodrich s'est 
élevé contre ceux dont l'oi^ueil, l'ambition, les convoi- 
tises et la barbarie ont retardé la venue de l'heure où 
la Société des nations pourra enhn devenir une réalité. 

Nos lecteurs ont déjà reconnu le thème. Il a été 

Digilicdlv, Google 



POLITIQUE ET MORALE 127 

développé avec une itrdente éloquence dans une 
encyclique célèbre de 8. S. Benoit XV. L'orgtxetI, 
l'ambition, les convoitises, la barbarie, voilà les causes 
de la guerre*. ElUes sont morales et sociales : elles 
sont humaines bien plus que politiques. La foncLion 
d'une politique saine est de modérer, de régler, de 
limiter ces causes. Quant à les supprimer si cela est 
possible, cela est du ressort des doctrines et des arts 
qui se proposent de changer le cœur de l'homme. 
L'œil net, l'esprit méGant, la conscience et l'intelli- 
gence lorraines de M. Poincaré ont parfaitement 
discerné selon nous à quelle confusion de genres 
tendait le noble idéalisme américain. Les émou- 
vantes et édifiautes cérémonies de la rue de Berri 
établissent une fois de plus que, dans son esprit, cet 
idéalisme était religieux. 

Ce n'est pas sur un Washington, c'est sur un May 
Flower que ce petit-fils des Puritains a repassé 
l'abîme atlantique. Sa doctrine politique est la 
conclusion logique d'une foi. Ahl si cette foi deve- 
nait la foi du monde, tout le reste serait non aisé ni 
facile (rien de supérieur n'est aisé ni facile), mais 
possible et, par conséquent, nécessaire. Otez ce 
support, qu'est-ce qui tient ? 

1. Voir DOtre livre Le Pape, la guerre et la paiai. 



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POUR ET CONTRE 
LES QUATORZE ARTICLES 



17 décembre 1918. 

Ainsi, d'après Marcel Sembat, un abominable 
attentat k peine commis à Lisbonne, an autre c non 
moins cruel > se prépare à Paris : si un jeune 
inconnu a abattu le président Sidonio Paes, deux 
adultes non ignorés se préparent à jeter par terre 
les quatorze artîoles du président Wilson, et ces cons- 
pirateurs sanglants ne seraient autres qu'Alfred 
Capua et Charles Maurras, si l'on en croit le 
directeur de l'Heure. 

Mains tordues et poil arraché, il tourne tristement 
autour des ohers quatorze articles, lesquels d'ail- 
leurs se portent bien et n'ont fiubi de dommage quo 
sur la seule affaire de la liberté des mers dont l'etn- 
pire britannique ne peut s'arranger. 

Sans me porter garant en rien du sombre esprit 
de Capua, je peux assurer Marcel Sembat qu'il se 
trompe sur ma pensée. Certes, je ne crois pas que 
les quatorze articles soient oe que M. WiUon qous 
ait adressé de plus précieux. Il y a ses braves armées, 
qui ont aidé à la délivrance de notre sol. ILy a ses 
paroles pleines de cœur et de sagesse qui ont affermi 
notre espérance. Il y a ses bateaux pleins de fer et 
pleins de froment qui nous ont armés contre l'in- 
vasion et contre la famine. Tous ces admirables 
bienfaits de M. W. Wilson nous paraissent supé- 
rieurs aux quatorze articles, mais, loin de faire fl de 



ib, Google 



POUR ET CONTRE LES QUATORZE ARTICLES 129 

ces derniers, nous jugeons au contraire que la plu- 
part d'entre eux expriment les vœux d'une Ame belle 
et puissante, habituée à commander et acooutumée 
de vouloir. 

PASSIONS, INTÉRÊTS, RELIGIONS 

Jusqu'à quel point commande-t-on k la nature? 
L'empire de la volonté pure est-il illimité? C'est 
toute la question que soulèvent les doctrines de 
M. Wilson. Nous y lisons des impératifs. Nous n'y 
trouvons pas des moyens de les réaliser qui soient 
proportionnels aux difScultés abordées. Mais ces 
moyens existent ou ils n'existent pas. Cherchons-les. 
Nous avons commencé. Rien n'empêche Sembat 
d'aider notre recherche. 

Lies deux Français qu'il inculpe d'intentions 
assassines ne lui en voudront pas de son accusation 
s'il leur fait le plaisir de fournir un commencement 
de réponse à leurs curiosités, car enfin, nous n'esti- 
mons pas du tout, bien qu'il nous attribue celte 
pensée, que c l'idée de tuer la guerre * soit « sub- 
versive, anarohique et antifrançaise i. Nous lui 
demandons seulement de nous en dire les moyens 
dans l'état présent d'une Europe où les nationalités 
représentent des associations d'égoïsmes efferves- 
cents ; où les mouvements sociaux représentent des 
jalousies et des haines de classes artistement surai- 
guisées par l'intérêt des partis politiques; où enân 
l'idée religieuse est combattue i peu près partout 
par les Etats nationaux et par les partis sociaux... 
M. Wilson a rédigé ses quatorze articles sur l'hypo- 
thèse d'Etats et de Partis civilisés, domptés, polis et 

MAURkAS — WILSOK 9 



130 LE PRÉSIDENT W1L80N 

adoucis par une culture morale et religieuse aussi 
profonde que la sienne. 

Pareille culture, Sembat la voit-il, et où? 

MÉDECtNE ÇHINOtSE . 

Je lut réponds très posément, comme je l'ai fait 
plusieurs fois ici, par des idées très dé&nies et des 
raisons très perceptibles. S'il aime mieux crier au 
meurtre et au complot, libre à lui. Mais tout Is 
monde se demandera avec surprise oe qu'il a, ce qui 
lui a pris. On dira même que les quatorze articles 
doivent lui sembler bien fragiles puisqu'il ne peut 
pas les défendre de sang- froid. 

Ou, si l'on s'occupe de trouver une raison plus 
ingénieuse & son extraordinaire mimique, on pourra 
se dire qu'il tient i. l'énoncé des quatorze articles 
beaucoup plus qu'A leur pratique et & leur réali- 
sation. Signer, proclamer, acclamer les quatorze 
articles donnera peut-être au bon peuple l'illusion 
de leur règne et de leur action. Mais de tels pro- 
cédés nous ont fait toujours penser à la mèdeoiae 
chinoise qui, à défaut du remède, en fait avaler aux 
malades le nom dûment inclus dans des boulettes de 
papier. Seulement Sembat est l'auteur de Faites un 
roi et de maint article du Courrier Européen où le 
monde républicain d'avant la guerre était sommé de 
parler et d'écrire sérieusement : sinon, disait Sembat, 
l'idée royaliste viendra fatalement & bout de l'ab' 
sence d'idée républicaine. Comment croire que d'un 
raisonneur, d'un dialecticien, d'un critique, las im- 
menses événements où il a été acteur et public aient 
tira un adepte du nominalisme ehinois? Et, si 



POUR ET CONTRE LES QUATORZE ARTICLES 131 

l'on refuse d'admettre œtte oataatropbe, comment 
concilîe-t-il son goût de la liberté intellectuelle, aon 
estime des quatorze articles et l'horreur que lui 
inspire tout débat sur ce point sacré? La question 
est inextricable. 



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LE MONDE VU DE LONDRES 
PAR UN HOMME MORAL 



m décembre 191S. 

Qu'elle étaitémouvante cette rencontre, àLondres, 
du roi d'Angleterre et du président américain, les 
deux chefs des plu^ vastes agglomérations d'hommes 
qu'il y ait sur le K^obe, Wilson, comme il Ta dit « à 
titre temporaire >, George Y, de tout temps, depuis 
le roi Alfred I 

Suivant une habitude dont le retour est immanqua- 
ble et dont nous nous ménageons attentivement le 
plaisir, le dépositaire de la Couronne anglaise a trouvé 
l'accent de l'émotion et le point du cœur pour évoquer 
ses grands souvenirs nationaux. Nul peuple depuis 
Rome n'a mieux tenu ce noble langage, par lequel 
le fleuve puissant des majestueuses causes anciennes 
roule et étend ses flota jusqu'à baigner, jusqu'à porter 
tous leurs effets qui sont les plus proches de nous. 
Sur la communauté historique de Londres et de 
New- York, le roi George a dit entre autres paroles : 

A vous non moins qu'à nons appartiennent les grands 
aaavenîra de nos héros nationaux, depuis le roi Alfred 
jusqu'À Philip Sydney, Ûrake, Raleigh, Blake ot Hamp- 
dec jus((u'aux jours où a commencé à poindre dans 
l'Amérique du nord la vie politique héritée des ancêtres 
anglais. Vous communiez avec nous dans les traditions 
de liberté, de self-gooernment, aussi vieilles que la 
grande charte. 

Comme un orchestre immense, l'enthousiasme de 



LE MONDE VU DE LONDRES 133 

deux Diilliona d'âmes soulevées servait d'accompa 
gnemeot à ces souvenirs, et chacun ponvtût redire 
comme le roi : ■ L'heure présente est historique, votre 
visite marque une date historique. > 

L'AME DU WILSONISME 

Le président Wilson a répondu comme il convenait 
à ce grand accueil. 

Une nuance de son discours frappera- C'est la 
satisfaction visihle, et très hautement avouée, avec 
laquelle le successeur de Washington et de Lincoln 
a repris pied sur cette vieille terre, à l'antique foyer 
des parents de ses grands-parents. Mtûs il a parlé 
aussitôt, presque immédiatement, sans transition, 
de ce qui me paraltêtre son vrai objet, l'objet pro- 
fond de sa pensée et de son action : t l'influence que 
le peuple américain petit avoir tur les affaires du 
mondes. Il ne faudrait pas nous pousser beaucoup 
pourjious faire avouer qu'à notre avis Id est la pen- 
sée essentielle de ce chef d'un Ktat géant. La nature 
de cette influence, sa qualité, les moyens par lesquels 
elle s'exercera et les fias qu'elle poursuivra seront 
certainement débattues avec loyauté et délicatesse 
dans cette intelligence et daus ce cœur, mais, 
soyons-en sûrs, cela n'y viendra qu'en deuxième . 
ligne. Evitons l'illusion contraire. 

On a déjà tenté de définir le président Witson un 
homme dont le réalisme est au service d'un idéalisme 
passionné. Ce n'est pas bien cela encore. Il faut 
ajouter que ce noble idéalisme est essenUellement 
national; ce ne sont pas seulement les forces, les 
moyens, les matériaux qui sont américains dans 



t,GobgIc 



m tB PRÉSIDENT WrLSON 

M. Wilsoo, (^B8t aussi l'idée direotrice et oe qu'elle 
« d'antènoun passa avant tout, plusla nationalité de 
l'Amérique, réalisée dans une élite d'esprits ft de 
cœurs, semble encore distante de son poiot d'accom- 
plissement et continue à mériter son vieux titre de 
nébuleuse, plus ces Américains de la * plus grande 
Amérique *, véritables Pères de la Patrie, sont atta- 
chés A leur désir, à leur espoir, À leur passion du 
développement « d'une grande influence sur les 
affairas du monde *. Leur dévouement si exalté, leur 
générosité, leur volonté de servir eflîcacement sont 
(uiimés pour.une très grande part de ce beau souffle 
de patriotisme volontaire. N'bésitons pas i ajouter 
que c'est aussi i ce caractère que nous les reoonnaia- 
SOQS pour vrais et digues frères des. grands hommes - 
d'action dont l'histoire politique de notre ancien 
monde est issue. Nation y fut toujours beroeau 
oonditionnel de civilisation. 

LE WILSONISME RELIGIEUX 

La nuance particulière de moralisme, de dévotion 
ou de sainteté qu'y ajoute M. Wilson nous est un peu 
plus étrangère.' Inconnue? Non ; familière sur d'au- 
tres plans. 

Dans la jeune Amérique, ces plans, encore confus, 
restent entremêlés, ils ne le seront plus dans cent 
ans. Alors on distinguera mieux la morale et la poli- 
tique, la morale et la religion. Alors on sera plus 
attentif à ne point mélanger trop souvent le- point de 
vue du droit qui est celui' des choses sacrées, avec 
celui des intérêts de fait qui, pour être moins noble, 
roprésenV», l'air, l'aliment, 1» lumière. Je vêtement, 



LE MONDE VU DE LONDRES 1» 

la sécurité de ta vie pour d'ionfimbrables populaUons 
et qui, par li, se rapprochent aussi d'une zone 
sacrée, oelle du devoir. 

Pourquoi y aurait-il des Gouvernements s'ils ne 
devaient défendre, soutenir et développer l'existence 
des gouvernés ? Le « droit * du président tout en 
générosité envers les frères éloignés et indi0érents 
ne tend-il pas d'&ilteurs à s'oublier parfois lui-même 
quaadil tourne à l'indulgence pour un ennemi orimi- 
nelV Les habitants affamés de Lille ou de Sedan 
n'ont-ils pas en droit véritable un tour de faveur sur 
ceux de Vienne et de Berlin? Mais le droit théorique 
du président américain s'arrête à peine à cette préfé- 
rence dont la légitimité paraîtra absolue t 

LE JUGEMENT MORAL DU MONDE 

Il est d'autant plus intéressant de poser de telles 
questions qu'une phrase très remarquable du discours 
de Londres semble montrer que l'éminent orateur a 
perdu de vue même leur existence. Dans une allu- 
sion très nette au grand mot de Montaigne et de 
Pascal sur les trois degrés d'élévation du pOle qui 
renvèr^nt toute la justice, M. Wilson a tranquille- 
ment indiqué que, selon lui, ces remarques de con- 
temporains de Shakespeare et de Milton sont aujour- 
d'hui bien périmées. Il a dit que f jamais > peut-être 
avant notre temps, les hommes n'ont « réellement » 
compris combien petite était la différence entre les 
mots •: droit et justice sous une latitude ou sous une 
autre, soua- une souveraineté ou bous une autre ». 

VoiU, on a le droit d'en avertir cet homme éminent 
et que sa place élève encore, voilà, sans doute auoun, 



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1Ï6 LE PRÉSIDENT WILSON 

la déclivité de la plus dangereuse des illusioDS. Il 
n'est pas exact que l'on tombe plus aisément d'accord 
de la Justice qu'autrefois. Et c'est môme tout le con- 
traire. Le • jugement moral du monde >, comme il 
dit plus loin, ne tend aucunement à s'unitier. Il faut 
le dire sans plaisir, comme il faut le voir sans trouble, 
mais il faut le dire et le voir. Croire que les hommes 
se comprennent de pins en plus alors qu'ils tendent 
À la plus sensible et à là plus profonde des mésen- 
tentes, c'est accélérer sans le vouloir l'ordre des 
malheurs nouveaux de l'humanité. 

Nous nous permettons d'attirer l'attention de 
M.' Woodrow Wilson sur cette erreur -de fait. On a 
le sentiment de lui rendre service en la lui signalant. 

Touterhistoîre de cette guerre d'alliances, avec ses 
arrêts fous, de cette alliance elle-même, aux retards 
scandaleux, alors que l'ennemi avait tout fait et si 
bien pour nous fédérer dès la première heure, cette 
histoire constitue à elle seule un témoignage de la 
plus haute valeur en faveur de l'opinion la plus pes- 
simiste. Cette histoire établit que l'homme moderne, 
do 1914 à 1918, n'a essentiellement bien compris 
que les coups, et les coups une fois reçus : it.a fallu 
l'invasion dn sol belge pour appeler l'Angleterre à, 
nos cdtés, il a fallu l'invraisemblable succès boche 
du 21 mars 1918 pour faire l'unilé de commande- 
ment, il a fallu... Non, non : si, pour juger, il faut 
commencer par connaître, jamais les esprits n'ontété 
plus lents, les intelligences plus paresseuses, les 
communications intellectuelles plus diffïcilesàétablir. 
De ces lenteurs et de ces imperfections dans la con- 
naissance sortent les plus extrêmes variétés et con- 



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LE MONDE VU DE LONDRES 137 

tradiotions dans les jugements. Je promets & M. Wil- 
son de beaux étoanementa sur la variété du < juge- 
ment morid du monde » s'il a le malheur de se ûer à 
cette dernière et crépusculaire idole de la fantas- 
magorie oritioiste. 

VERS LA TOUR DE BABEL 

Nous allons & la tour de Babel, voilÀ la vérité. Un 
regard sur l'Europe moyenne, centrale, orientale, 
confirmera ce sentiment. Quant à la force morale qui 
voudra la débrouiller, il est permis de lui souhaiter 
beaucoup d'agrément; pour ca qui est du travail, 
cela ne lui manquera pas. 

Ad surplus, que M. Wilson fasse une expérience. 
Qu'il la fasse non pas de nation à nation, mais dans 
un même pays anglais ou français (tous deux divisés 
par l'âpre contention des partis sociaux et politiques 
dans des conditions sensiblement analogues, ce qui 
ne veut pas dire qu'elles soient très semblables). Que 
M. Wilson prenne ■ le jugement moral dumonde * 
chez les chefs et militanls socialistes de France et 
d'Angleterre et qu'il 1§ compare au jugement moral 
du monde dans la moyenne du reste de l'opinion : il 
verra quel particularisme insensé, quelle catégorie 
nouvelle d'exilés & l'intérieur, quelle sorte de corps 
étrangers a développé dans la masse des deux nations 
voisines une agitation sociale fondée par une faction 
sur une doctrine économico-politique. Les peuples 
modernes tendent à se dissocier à l'intérieur par la 
lutte des classes, les rivalités nationales les oppo- 
sent entre eux. Ces deux ferments pernicieux n'em- 
porteront sans doute pas la civilisation, nous avons 



jb, Google 



m LE PRÉSIDENT WILSON 

coofiasce qu'ils seront vaincus quelque jour, mais il 
faut commencer par travailler à lei vaincre. Faire 
comme fl'ila étaient vaincus d'ores et déjà, procéder 
comme si le double problème, si redoutable, était 
résolu, c'est mettre de nouveau la charrue avant les 
bœufs et, si l'on se soucie du bonheur du genre 
humain, y travailler en rêve pour une Ville des Cou- 
cous et des Nuées qui n'a rien de commun avec notre 
ville ni avec ses faubourgs. 



M. WILSON A ROM-E 



5 jantier 1019. 

La visite de M. Wilson au Vatican a été coiU' 
mentée, admirée et donnée en exemple ici au moment 
où l'annonce en causait une assez forte surprise à 
Paria. Nous n'avons pas à revenir sur nos impres- 
sions, qui étaient justes'. M. Wilsoa s'est conduit en 
homme de goût et en homme de bien, ce qui ne l'a 
pas empficbé de se montrer aussi homme pratique, 
politique avisé et sinoère ami de la paix.: il eût été 
inouï de passer les mers pour tenter d'établir l'ami- 
tié entre les hommes par le moyen d'un, instrument 
pohtique et de vouloir se priver du concours de la 
plus haute autorité morale de l'univers, celle qui régit 
le plus grand nombre d'esprits et de cœurs dans 
l'humanité. 

M. Wilson n'a pas commis cette erreur. Cela nous 
donne confiance dans son action. Nous no la croyons 
ni infaillible, ni impeccable. Mais noua avons la cer- 
titude qu'elle reste de toute façon et dans tous les cas 
d'un fort degré supérieure à certaines formules dont 
s'enchante et (très visiblement, à Rome) s'égaie son 
esprit et son éloquence. Un remarquera et l'on 
admirera dans les discours d'hier et d'avant-hier le 
plus curieux ton de détente. Le président américain 
semble avoir respiré, du Capitule au Janicule, je ne 
sais quelle composition hilarante dont la subtilité, 



t, Google 



no LE PRÉSIDENT WILSON 

sans faire tort A sa raison, l'a exaltée, affinée, 
sublimée, et parfois un peu égarée vers de beaux 
nuages couleur d'émeraude et de pourpre, d'espoir 
et de domioation. 

CAPITOLE ROMAIN ET CAPITOLE AMÉRICAIN 

Comme toujours, l'orateur prenait les précautions 
les plus solides, il s'ancrait tout d'abord aux réalités 
fermes et par exemple avant de partir pour l'azur, 
il commençcùt par dire tout net : 

Il est aisé de parler de droit et de justice, il est qaet- 
quefois malaisé de tes faire passer dans la réalité, et 
cela exigera une pureté de mots et un désintéresse- 
ment d'intentions dont le monde n'a jamais été témoin 
jusqu'ici dans les conseils des nations. 

Pas de précédent. Donc, attention et gare! dit le 
bon sens américain. Mais cela dit (et fait), le prési- 
dent s'embarque dans des constatations dont le 
défaut est d'être remarquablement unilatérales... 
Oui, il a raison de le dire, f de grands empires sont 
tombés en morceaux >, c'est le fait capital de cette 
guerre, mais ce n'est pas le seul : d'autres empires se 
sont resserrés, concentrés et fortifiés, il faut donc y 
penser. Oui encore, ce qui rattache tes hommes dans 
les Etats, ce qui peut rattacher les Etats entre eux, 
c'est l'amitié. Ariatote l'avait déjà dit. Est-ce l'amitié 
seule? Il y a des intérêts qui le plus honorablement 
du monde ont su unir de grandes nations, après les 
avoir divisées : l'Angleterre et la France ne l'ont- 
elles pas éprouvé dans les plaines de Flandre?... 

Le président dit encore que l'amitié est le seul trait 



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M. WILSON A ROME l4l 

d'union international « si vous écartez la force ! » 
Mais le plus beau est que vous ne l'écartez pas de la 
Sociëté des nations ; vous êtes obligés de créer une 
force internationale, et cette force est passible de 
toutes les objections dont les forces nationales sont 
si curieusement accablées aujourd'hui. 

Alors? Alors, il y a beaucoup de faataisie, de 
mousse, d'humour philosophique et doctorale dans 
ces magnifiques discourset quand on lit, d'autre part, 
ce regret : 

Si l'Allemagae avait attendu seulement le temps 
d'une simple génération, elle aurait possédé l'empire 
commercial du mande. Elle se refusait à faire cette con- 
quête par les moyens de l'intelligence, de l'esprit d'en- 
treprise, de la réussite commerciale, 

ici, on ne peut s'empêcher de rêver et, le rêve 
achevé, de se dire qu'un empire purement commercial 
peut être terriblement oppressif, homicide et dévas- 
tateur. La Société des nations noua y ezposera-t- 
elle? Ne haussez pas l'épaule, ne vous confiez pas 
au destin des belles idées et fuites (je ne vais pas 
vous donner un petit modèle), faites, faisons tous 
comme le roi d'Italie, riche en sourires radieux pour 
la Société des nations, maïs qui a commencé un para- 
graphe de son discours en des termes aussi sages 
et puissants que ceux-ci : 

L'Italie ayant désormais réuni à elle ceux' de ses 
enfants depuis longtemps éprouvés par l'oppression 
étrangère et retrouve les frontières qui seules peuvent 
lui donner, avec la sécuriié, une véritable indépen- 
dance... 



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14B LE PRÉSIDENT WtLSON 

Victor- Emmanuel III est décidément de l'avis de 
M. Clemenceau. Société des nations tant qu'on 
voudra : mais des frontières, des armements, dea 
alliances et l'équilibre des forces de terre et de mer 
en Europe et dans le monde entier. Ce système peut 
être ancien. Il est. Tout ce qu'on peut dire de l'autre 
est qu'il n'est pas encore apparu capable de vie. 



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ROOSEVELT ET WILSON 



8 janvier 1919. 

C'était uoe étrange figure, tout ea force, tout en 
doctrine, tout en paasioit. Ne criez pas aux contra- 
dictoires, Roosevelt avait la passion de Ja doctrine 
de la foroe, et cette force enseigné^ areo cette pas- 
sion était pour lui la plus haute expression de la 
morala et de la vertu, le plus digns hommage qu'un 
homme conscient pflt adresser au droit. Ce qui chex 
le président Wilson affecte volontiers las fugitive! 
apparences d'une opposition paraissait plutôt chez le 
président Roosevelt une composition. 

Mais, en foit, ils pensaient de mSme et ces deux 
adversaires de là-bas font figure de ooreligionnairee 
ici. 

Assurément, l'on veut freiner, l'autre exalter, l'un 
adoucit et rêve de pacifier, l'autre prdche ta guerre 
sainte contre l'existence du < type flasque > «t ne 
croit qu'aux énergies d'une activité enivrée d'elle- 
même. Ces contrastes s'expliquent par des diversités 
de profession et de carrière : Wilson a toujours été 
professeur, Roosevelt a môle la guerreàla politique. 
Mais leurs différenoea les plus extrêmes ne laissaient 
pas d'obéir aux mêmes principes et de le rapporter 
au même américanisme. Tous deux étaient les fils 
d'une Amérique triomphante, tous deux auront été 
des nationalistes et j'allais dire, en dépit de leur 
intervention magnanime, des particularistes amé- 



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144 LE PRÉSIDENT WILSON 

En Toalez-TOQS la preuve? Des deux, c'est le bel- 
liciste qui a mis sur pied la plus petite armée et ta 
plus petite marine, et c'est le pacifiste qui a fait 
passer l'Atlantique au drapeau étoile, ombrageant 
deux millions de soldats! 

L'HUMANITÉ NOUVELLE ET LA FRANCE 

A tous les deux, la France dévoue, doit dévouer 
une gratitude sans borne. L'apôtre de la paix Woo- 
drow Wilson nous a, en fin de compte, apporté les 
ressources, l'or, le fer et le cœur même de sa patrie. 
Le prédicateur de la guerre Roosevelt, après avoir 
prodigué, pour la cause de l'Entente, tous les efforts 
de sa parole et de sa plume, lui a envoyé ses quatre 
fils, dont l'un dort l'éternel sommeil dans un repli 
de notre terre abreuvée de son sang. Théodore 
Roosevelt n'aura pas longtemps survécu à Quentin 
Roosevelt. Il conviendra que nos drapeaux pendent 
sur son cercueil. Cet homme si semblable aux 
hommes de son pays était aussi différent de nous que 
possible, mais c'était un vrai homme et c'est contre 
la béte allemande qu'est née l'occasion de nous 
connaître, de nous estimer et de nous aimer. 

Avancerons-nous encore dans l'heureuse voie que 
nous ouvre la découverte, graduelle et chaque jour 
plus claire, des AngloSaxons par les Français et 
des Français par les Anglo-Saxons? Cela se fera si 
nous savons prendre également conscience de nos 
différences et de nos ressemblances. La raison de 
nos sympathies est & n'en pas douter de l'ordre du 
cœur. A la droiture innée, au goût du bien moral si 
vif chez nos voisins correspondent, chez noas, en 



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ROOSEVELT ET WILSON 146 

développements symétriques, le goût du vrai, celui 
du beau et le sentiment de l'honneur. Ce qui nous 
étonne toujours un peu, c'est l'attention immense et 
presque sans mesure donnée par l'Âng^o-Saxon au 
thème de l'énergie et de la vertu personnelle; les 
peuples de culture latine ne sont pas * individua- . 
listes > de cette façon et même ils ne le sont pas du 
tout : les trésors indivis du langage, des arts, de la 
poésie, de la science et de la raison, les acquisitions 
sociales, voilà leurs points de départ favoris; c'est 
d'une belle émotion impersonnelle ressentie en com- 
mun ou d'une brillante démonstration rationnelle et 
comprise ensemble que nous nous élevons à l'imitation 
des héros et des saints de notre patrie. Bref, ..il 
faut que l'intelligence soit de la partie, qu'elle ait 
son compte dans le jeu ou dans le labeur. Devien- 
drons-nouâ moins < cérébraux i jtu contact de 
l'Amériquo et de l'empire anglais? Ou nos ianis 
anglo-saxons se laisseront-ils. prendre et charmer à 
notre façon de penser l'action ou la sensation tout en 
les vivant avec énergie? L'avenir le dira peut-être. 
il dépend de nous de le décider, et la décision importe 
si l'iutérôt du monde est toujours que les races nour- 
ries et modelées aux leçons des deux Homes ne per- 
dent pas de vue leur réle magistral, trois fois millé- 
naire, d'humaniser et de spiritualiser l'univers. 

La lïoble race des Théodore Rooseveltet des Woo- 
drow Wilson aura décidé du principal en écartant 
de l'avenir, il faut l'espérer, toute candidature de la 
barbarie boche à l'Empire. Cet effort s'est fait dans 
la guerre.' Il se continuera dans la paix. A nous de 
faire le nôtre et de l'accentuer: l'effort qui ne peut 

MAUHttAS — WILSON 10 



146 LE PRÉSIDENT WILSON 

âtre Fait ipie par aous, l'efTort dont le premier efTet 
est de nous rendre à nous-mâmes et le second de 
nous mettre & même d'employer tout le plein, tout 
le bon de nos qualités. Si, comme tout l'arnionce, la 
barbarie anarchiste et •révolutionnaire, la barbarie 
d'en bas, qui alarmait Macaulay, subit le sort de la 
barb&rie germanique, la réorgamsation intellectuelle 
et morale de notre patrie nécessaire dans tous les 
cas, devient pour elle le plus délicat des devoirs de 
la gratitude : comment remercier nos sauveurs si ce 
n'est en leur distribuant avec plus d'abondance toutes 
les douceurs, toutes les lumières et toutes les forces 
que la France d'autrefois leur a rayonnées? 



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M. WILSON AU SÉNAT 



21 janTier 1919. 
Nous ne regrettons pas d'avoir rappelé, l'autre ■ 
jour, le tour excellent des discours prononcés, pen- 
dant la guerre, par M. Antonin Dubost. Décidé- 
ment, le vieil AUobroge parle bien. Son allocution 
au président américain dans le déjeuner sénatorial 
d'hier lui fait honneur ainsi qu'au pays. 

. VîsUïlem'ent, M. le président du Sénat a tenu k 
parler au oom de la France et non d'un régime ou 
d'un parti exclusifs. Il a marqué la continuité natio- 
nale. II s'est, déclaré, avec le Sénat, continuateur 
d'une < histoire qui compte déjà quinze siècles ». A 
la bonne heure! Et le c soyez bienvenu, vous et 
vos idées • ne manquait pas d'allure non plus. 

Il a proposé à M. Wilson un autre excellent point 
de vue, celui de l'Allemagne étemelle qui explique 
tout, substitué à celui de « l'autooratie > qui n'éclaire 
rien. Il y a des autocraties pacifiques ; exemple le 
malheureux tsar Nicolas. Y a-t-il des Gouvernements 
allemands qui aient laissé la paix au genre humain? 
Non. Jamais. Au temps de son anarchie la plus 
sauvage, la plus barbare et bégayante, l'Allemagne 
était déjà, il y a deux mille ans, la perturbatrice du 
monde. M. Antonin Dubost, né, je crois, au bord 
d'une voie romaine du Dauphiné, la définit telle 
qu'elle est : « race de proie », faisant &a c poussée 
séculaire i„ il eût pu dire : millénaire, < race qui 
semble elle-même poussée par quelque obscur. 



u,-. ii.Cooj^li: 



148 LE PRÉSIDENT WILSON 

quelque ancestral besoin de - migration >. Devant 
oette race, à courte distance de cette poussée, se 
trouve placée notre patrie. Telle est sa destinée et sa 
fatalité. Ce mot, souvent impropre, est ici où il faut. 
Fondons, établissons un ordre nouveau, soit. Orga- 
nisons le monde suivant les généreux projets du 
président Wilson : « Cet ordre nouveau devra tou- 
jours s'appuyer sur une force quelconque... Cette 
force, la France en sera, en définitive, la sentinelle 
la plus avancée et la plus exposée >.. Que ce nouvel 
ordre nous libèredu* cauchemar del'invaçiont; mais, 
pour le moment, près de 1.400.000 Français • vien- 
nent encore de donner leur vie i, faute d'être sufiî- 
samment protégés ! On les protégera? Soit, Et tant 
mieux. Mais pas d'excès de conQanee : voici que, 
pour une part de l'Europe, à la guerre étrangère 
succède l'anarchie, c'est-à-dire t la haine et la dis- 
corde > et toujours les coups. Ce que nous voyons 
doit nous rendre prodigues et hardis dans la multi- 
plication des défenses. 

QUE LES FDÉES DE M. WILSON 

SOIENT LES BIENVENUES! 

Comme toujours, la réponse de M. W. Wilson 
a été empreinte d'un grand charme. Il suffit de la 
lire pour avoir idée d'une cordialité rayonnante et 
aussi pénétrante. Il a repris la comparaison de la 
sentinelle. Il a évoqué avec l'éloquence de la tra- 
gédie € la ligne imperceptible de la frontière » qui 
nous séparait des armements monstrueux de notre 
ennemi éternel. Il a donc ratifié en somme, quant à 
l'essentiel, l'esprit des objections qui lui avaient été , 



M. WILSON AU SÉNAT H9 

si amicalement et si franchement exposées. Quant à 
l'avenir, sa parole la plus rassurante contenait 
l'idée que voici : n Beaucoup d'éléments nouveaux » 
sont nés : ils doivent nous inspirer confiance... 

On disait la même chose en 1790. De grandes 
guerres ont suivi. On disait la môme chose en 1815, 
on redoublait en 1848. De grandes guerres ont suivi. 
Les mêmes choses étaient reprises en 1898. Les 
grandes guerres n'ont pas manqué... Cette concor- 
dance est impressionnante... De manière générale, 
il est sage d'être en garde contre l'hypothèse de 
transformations destinées à changer l'ordre prévu 
et stable de la nature sociale. En 1898-1900, pré- 
voyant la guerre, nous élaborions l'Enquête sur la 
Monarchie. Un chef socialiste, comme nous l'avons 
raconté dix ans plus tard, lut notre ébauche et pro- 
nonça que le projet paraissait sensé. — Alors, lui 
dîmes-nous, pourquoi ne pas vous y rallier. — Parce 
que, nous répondit-il, il se produira d'id peu des 
transformations qui changeront tout... 

Les transformations se sont produites, en effet. 
Mais elles étaient, point par point, de l'ordre, de la 
direction et du sens que nous avions prévus. 



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IL FAUT DÉFENDRE L'EUROPE 
CONTRE LA GERMANIE • 



24 jaiiTier 1919. 

A entendre les socialistes du centre et de la gauche, 
on dirait quelque grande victoire nationale. Ce n'est 
rien, c'est une simple défaite, disent-ils, des repré- 
sentants de la France, MM. Clemenceau et Pichon 
par MM. Lloyd George et Wilson. Une voie sûre est 
ïtbandonnée. On adopte la voie indirecte et longue, 
semée de fondrières, au bout de laquelle il faudra 
bien que tout le monde revienne sur ses pas. Lea 
Caohin, les Longuet et leurs' tristes émules ne se 
tiennent pas de plaisir. Un faux pas de l'Entente, un 
pas de clerc de la Frqaice, c'est tout ce qu'il leur 
faut pour s'extasier. 

Laissons-les à leur triste joie. Nos sévérités ne les 
troubleront pas. Ni cris d'appel, ni mots de pitié ne 
les remueraient. Le bandeau sur les yeux, un ban- 
deau fait de mots médiocrement agencés, ils vont. 
Dans quelque temps, bientôt peut-être, mais certai- 
nement tôt ou tard, ils rendront au pays le spectacle 
de leur stupeur vaine et de leur sotte angoisse, le 
même quiils donnèrent, si beau, dans les premières^ 
semaines d'août 1914, après que Jaurès eût vaine- 

1. Cette noM, tout d'abord înlîtulée • La déconveQUâ à 
prévoir •, était écrite S.U lendem&in des ouvertures faites auif 
révolutionnaireff russes, que l'on conviait à d'étrange conver- 
aations dans une tle de la mer de Marmara. On sait le résultat 
do l'équipée de Prinkipo. 



..jL.GpOgtc 



IL FAUT DÉFENDRE L'EUROPE 151 

ment recherché dans un lexique allemand- français 
une autre aigniGcatîon aux vocables de guerre que le 
télégraphe apportait. Alors, pour quelques jours, la 
réplique du fait avait rabattu le caquet de leur ver- 
biage. 

Ils annonçaient la paix entre les nations. Le feu 
et le sang accoururent. Ils annoncent la constitution 
d'une Europe nouvelle h la Wilson. Un efTondrement 
inouï qui surviendra les confondra. 

L'EUROPE EST-ELLE CONDAMNÉE 7 

Laissons-les. Pis que des coquins et des brutes, ce 
sont des sots. Mais, indépendamment de leur sottise 
épanouie qui, par contrasté, donne à un Gustave 
Hervé figure d'homme de bon~ sens, il nous faut 
encore 'admirer l'esprit d'aveuglement qui préside 
aux conseils de l'Kurope et du monde. Sans doute, il 
convient de parler avec quelque réserve des intérêts 
communs de nott-e planète, car ils sont A peine déû- 
- nissables, et le genre humain épars sur les tles et 
sur les continents est lui-même, par les diversités de 
son habitat, entraîné à de surj^renants effets de con- 
currence et de haine. Cependant, il ne nous semble 
pas conforme aux destins généraux de la terre et de 
l'humanité que notre vieille Europe sombre dans le 
chaos des divisions, des conflagrations, des révolu* 
tiens, mal tempérées Qar des organisations à la ~ 
boche. L'Europe peut avoir de^ défauts, des torts, 
des lacunes :- c'est un édifice de géographie et d'his- 
toire qu'il n est pas téméraire de nommer un grand 
bien. Il est de l'intérêt de lliumanité de le maintenir 
et de le défendre. Il serait sauvage de le détruire. 



L,Co0^li~ 



162 LE PRÉSIDENT WILSON 

Voudrait-on ce malheur? Tout ae passe comme ai on 
le voulait. 

Pour guérir l'Europe, il eût fallu que la Conférence 
de la Paix k peine réunie^'attaqu&t en principe à )a 
question d'Allemagne. De là était venu le mal, là. 
devait être appliqué le remède. Quel remède? Eh J 
bien, le fer chaud, si le fer chaud était nécessaire I 
La maladie du germanisme étant mère du Ijplche- 
visme, le bolchevisme ne pouvait vraiment être 
abordé et traité que là. Là seulement aussi pouvaient 
être posés et résolus les problèmes émis par les 
peuples périphériques slaves,- latins, crallo-latiiis. 
Nous le disions bien avant l'armistice, dès le milieu 
des mois d'été : méditezla question d'Allemagne] On 
a préféré méditer des questions qui, sans celle-là, 
ne peuvent mémo pas être conçues, et l'on aboutit de 
la sorte à ta co-existence de ces deux douloureux 
résultats : le ralïermissement de l'autorité en Alle- 
magne, l'obscurcissement et le trouble portés dans 
toutes les autres nations, dans toutes les autres ques- 
tions. 

Nous avions appelé M. Woodrow Wilson un natio- 
naliste américain. Mais nous n'avons jamais admia 
que le nationalisme du président pût se confondre 
avec une formule d'abaissement et de diminution 
pour le peuple ami que ses armes ont sauvé, et 
'sans lequel il serait envahi lpi-m6me. En nous refu- 
sant les précautions et les protections nécessaires 
contre un ennemi éternel, M. Wilson ne-peut penser 
qu'il fasse les afTairea de l'Amérique. Ou son erreur 
serait si grave qu'elle ser£ût indigne de lui. 

Le monde anglo-saxon tout entier est encore plus 



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IL FAUT DÉFENDRE L'EUROPE 153 

intéressé qu'il ne croit à la vie et à la vigueur d'une 
Europe alTranchie des épouvantes du germanisme. 
La ceinture d'argent et d'azur de la Manche, les 
abîmes océaniques eus-mfimes sont de petites 
g&ranties contre l'essor du rapace malfaisant de 
Berlin ou de Weimar. Si la justice, le droit et le 
devoir pouvaient devenir lettres mortes pour eux, 
c ceux qui parlent anglais > feraient sagement de se 
dire qu'à Rome, à Paris, à Bucarest et en quelques 
autres villes choisies, mais non très nombreuses 
pourtant, ni très populeuses, ils ont des amis qui les 
défendaient en se défendant : oui, ces amis se sacri- 
lîaient à quelque chose comme un bien vital indivis 
entre eux et nous. Personne n'eut jamais raison de 
laisser périr de semblables amis, mais, quand on 
oommet cette négligence, on la paie. Le continent 
européen abandonné sans défense aux menaces pro- 
chaines de son foyer central, serait sans doute fort à 
plaindre : plus à plaindre peut-être ses ingrats ou 
ses'négligents débiteurs! 



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INTENTIONS ET RÉSULTATS 



37 janvier 1919. • 
Un Français qui écrit au New-York Herald, journal 
américain, de Paris, notre confrère Pierre Vober 
faisait toucher du doigt, hier matin, à M. Wilaon le 
douloureux contraste, trop âaisissable, entre des 
intentions magnanimes et les résultats obtenus. Ils ne 
sont encore que moraux. Mais d'autres peuvent 
suivre. * Les mystiques >,.dit M. Pierre Veber, < ont 
beau faire appel aux plus nobles idées, ils en vien- 
dront forcément A l'emploi de la force pour imposer 
leur volonté. Il «erait paradoxal que, de cette As- 
semblée pacifique, il sortît une guerre nouvellel » 
Paradoxe dont les annales du genre humain ont 
toujours regorgé. 

Nous ne ferons pas reparaître notre vieux tableau . 
des instructives concordances entre le cosrant piùà* 
flque et le courant guerrier. ^La vie et la mort .du 
dernier empereur de .Russie, fondateur^ du défunt 
tribunal de La Haye, illustrent d'un jour triste et cru 
cette vérité. Au dehors, au dedans, il a voulu la 
paix. Au dehors, Avt dedans, il a subi la guerre. Et 
lui aussi rêvait de la faveur de « l'opinion du monde > ! 
Lui aussi, cet autocrate tolstolen, professait, qu'il 
convenait de tout remettre centre -les mains du 
peuple * ; son mysticisme teinté de fatalisme d'Orient 
n'était pas si éloigné du, mysticisme witsonien, iouW 
animé de la généreuse activité des nations d'Occi- 
dent... Orient, Occident, ces notions se confondent 



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INTENTIONS ET RÉSULTATS 155 

SUT la planète ronde, et le sentiment du mesBianisme 
biblique Incisé se laisse voir aux deux extrêmes 
ainsi rejoints. Malgré les différences et les con- 
tradictions, ce parallèle donne un désagréable fris- 
son. 

Fermons les yeux. Ne souhaitons rien de russe, 
ni de slave à la riche, féconde et magnifique Amé- 
rique. Mais que les hommes d'Etat américains pren- 
nent enfin garde à ces puits de misères qu'ils sont 
en train de nous creuser, de creuser à tous, eui- 
inêmes compris! II suffirait que les collaborateurs 
de M. Wilson voulussent bien attirer l'attention de 
leur chef sur la qualité des gens dont il recueille 
ici l'approbation tapageuse. Ce ne sont pas des hon- 
nêtes gens. Ce ne sont même pas d'honnêij^s esprits. 
On ne peut les désigner que du nom le plus haï de 
la loyauté anglo-saxonne : ce sont des fraudeurs. 

Dans la division des esprits, quand l'intérêt est de 
se mettre d'accord au moyen de la raison et de la 
vérité, ces spécialistes de la fraude oratoire et litté- 
raire font ce qu'ils peuvent pour empêcher entre 
. Français, entre Alliés, un échange d'idées cordial et 
franc marquant les points d'accord, les points de 
dissidence et cherchant à les régIe^ par effort com- 
mun. C'est aux passions, aux préjugés, aux illusions, 
aux plus grossières rêveries mythologiques d'une 
foule enfant que l'on tente dé s'adresser pour obtenir 
lés perturbations dont le préaident américain serait 
l'artisim, dont sa philosophie fournirait le prétexte. 
Pour ce résultat l'on ne dédaigne point de l'aduler 
parfois d'une façon si plate qu'il en doit être écœuré, 
parfois aussi d'une manière insinuante, subtile. 



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156 L£ PRÉSIDENT WII^ON 

délicate même et cap&ble de surprendre quelque fai- 
blesse d'un grand cœur. 

Mais un ami vrai le mettrait en garde et lui rap- 
pellerait ce qui est dit, à l'apocalypse de Jean du 
petit livre doux à la bouche et qui est fort amer au 
ventre : le solitaire de Pathmos en eût dit tout autant 
de tels journaux de Paris. Il ne manquera pas k 
Washington de voix austères pour le lui rappeler un 
jour. 

Avant ce jour, le premier venu des Français peut 
conseiller au président Wilson de considérer l'envers 
de ces flatteries. Les mêmes qui se vautrent à ses 
pieds tournent des regards de fiel et des propos de 
haine contre leurs propres compalriotes et, sans que 
la raison y soit pour rien, l'intolérance de l'intérêt 
et de la passion est si forte qu-'il suffit à un écrivain 
du rang de Capus d'émettre dans le tour le plus im- 
personnel, des objections de l'ordre ie plus général 
pour se voir appliquer le reproche de diverses hypo- 
crisies et de grossier jésuitisme, terminé par des 
murmures de ton guerrier : comme s'il était impos- 
sible à certains esprits de rêver paix extérieure . 
sans se peindre aux couleurs de la guerre civile I 



M. WILSON A LA CHAMBRE ET NOTRE 
INDÉPENDANCE 



4 février 1919. 
En preoant place à la tribuae de la Chambre, 
dans cette Ekssembtée qu'il a jugée si exactement, 
M. le président Wilson s'eat-il rappelé les sentences 
émises autrefois dans son livre L'Etat, éléments 
d'histoire et de pratique politique? S'est-il rappelé 
en particulier les [itrases ([ui servaient de manchette 
à notre numéro du 17 janvier? Elles disaient : 

La responsabilité ministériello a rapidement fait place 
en France, dans les dernières année*, an Gouveroe- 
ment par tes Chambres ou, ce qui est pis, au Gouver- 
nement par la Chambre des députés... 

... La Chambre des députés est notoirement un corps 
sans modération... 

...Et la France faiblit sous cette pesante, cette intolé- 
rable forme do gouvernement... 

La c brillante conception de la France ■ qu'il 
nous apporte d'Amérique et qu'il a laissé entrevoir 
dans son discours d'hier n'a que des rapports très 
lointains avec ces aphorismes. Ce qui loi paraît 
désormais « briller • parmi nous, c'est l'élément sous 
lequel notre pays lui paraissait faiblir. Au contraire, 
ce qu'il partit traiter avec quelque indifférence, 
mémequelquedèdain, c'est l'élément national.l'esprit 
d'indépendance, la force militaire, tout ce à quoi 
nous devons d'exister et de respirer après quatre ans. 



158 LE PRÉSIDENT WILSON 

Etranges variationa ! M. Wilson se félioîte de la 
paix conclue, enfin, d'égaux à égaux avec l'Angle- 
terre. Il prodigue à plusieurs reprises les marques 
d'estime et d'amitié au général Pershing. Mais à 
noua, que dit-il? Il croit pouvoir demander, en 
pleine Chambre ■ un peu d'abandon de notre indé- 
pendance d'action* et promet, an échange, quoi? 
La sécurité, ou pour mieux dire, l'assurance d'une 
sécurité dont il ne paraît distinguer encore ni les 
moyens réels, ni les solides garanties. Ainsi le cœur 
du président américain se révèle animé de senti- 
ments généreux et même magnifiques, mais un peu 
protecteurs et nous no sommes même pas absolu* 
ment certains que les conditions réelles de cette 
protection soient devenues entièrement sensibles à 
son esprit. Ce qu'il a la grande bonté d'en dire suffi- 
rait sans nul doute s'il suffisait au pays de se croire 
défendu. Mais la France a besoin d'être en sûreté 
véritable. Elle ne peut pas croire au pouvoir des 
mots pour cela. 

LA VISITE DE REIMS 

M. le président Wilson est allé i Reims. Qu'a-t-il 
vu? Qu'en rappOrte-t-il ? Une donnée intellectuelle 
ou sentimentale relative au péril allemand? Pas 
tout à fait. Nos malheurs se sont offerts à son esprit 
sons l'aspect acolastique d'une erreur générale de 
conduite, plus morale que politique, à rectifier. 

Voici : avant que la ville et la cathédrale fussent 
ruinées, les dirigeants du monde, paraît-il, avaient 
pensé aux relations entre les Gouvernements, mais 
avaient oublié les relations entre les peuples. Ils se 



M. WILSON A LA CHAMBRE 159 

préoccupaient de manœuvres et de relations interna- 
tionales. Ils auraient dû être préoccupés c des desti- 
nas des hommes et des femmes et de la sécurité de 
leurs foyers *. Ils ■ auraient dû prendre souci de voir 
leurs peuples heureux parce qu'étant à t'abri du 
danger ». Je peux assurer A M. le président Wilson . 
qu'il commet une double erreur de fait. Toutes les 
politiques (je ne parle que des politiques dignes de 
■ ce nom) ont et ont eu toujours présent à l'esprit ce 
truisme que, sous les alTaires et les tractations des 
Gouvernements, il^ a les intérêts, il y a la vie maté- 
rielle des peuples, c'est-à-dire des hommes, des' 
femmes et des enfants. Quidqmd délirant reget...' 
Tous les Français, qu'ils soient royalistes ou répu- 
blicains, ont plus ou moins souvenir de la fable que 
La Fontaine a intitulée Les membre* et l'estomac, où 
sont indiquées les suprêmes répercussions de la 
politique ; tous les Français ont lu, ou l'on a lu pour 
eux, la magnîdque page de la Politique de Bossuet 
où il est dit : 

La joie rend les corps sains et vigoureux et fait 
profiter l'innocent repas que l'oa prend avec sa. famille 
loin de lacraiqte de l'ennemi et bénissant comme l'au- 
teur de tant de biens le Prince qui assure la paix, 
encore qu'il soiten âtat de faire la guerre et ne la crai- 
gne j]ue par bonté 'et par justice. 

' VAclion française est une école qui se singularise 
par bien des points. Elle n'a jamais songé à réclamer 
comme une distinction originale le fait d'insister i 
tout bout de champ sur les rapports des moindres 
intérêts particuliers et de l'intérêt général, de la 



160 LE PRÉSIDENT WILSON 

sûreté de l'Ëtat et de la sûreté des hommes, des 
femmes et des entants. Conclure une alliaoce natio- 
nale ou signer un traité de commerce sans avoir évo- 
qué d'abord cette pensée des familles et des individus 
ne peut être le fait que de rhéteurs psittaoisfes ou 
de juristes devenus étrangers h la matière de leur 
savoir. 

M. le président Wilaon commet une autre erreur. 
Si l'on n'a pas fait la faute qu'il indique, on en a fait 
une autre qu'il n'indique pas. On n'a pas assez fait 
de politique véritable. On a négligé cette étude, cette 
geiition de nos intérêts les plus généraux. On n'a pas 
tenu à jour au degré où il l'eût fallu les conversations 
de notre Gouvernement avec les Gouvernements 
étrangers. On n'a pas su constituer à l'avance, contre 
l'Allemagne, cette Ligue des nations que les hasards 
de la guerre ont formée peu à peu, automa.trquemeiit 
et trop lentement. Les Gouvernements et, entre tous, 
les nôtres, n'ont pas fait leur métier de gouverne- 
ment . 

Pourquoi? Serait-ce pour des raisons de vaine 
diplomatie? M. Wilson le croirait-il? En ce cas, il 
ferait une troisième erreur. Cette politique extérieure 
n'a pu être faite parce que la politîijue intérieure 
nous dévorait. Les politiques n'ont pas rempli leur 
fonction, ils ont manqué à leur devoir parce qu'ihï 
étaient ou opprimés et gênés par les politiciens* ou 
eux-mêmes embauchés dans cette tribu de malheur. 
M. Wilson peuten croire,' non pas notre témoignage 
qui lui serait (bien à tort) suspect, mais le rapport de 
ce médecin de village que je publiais à cette place 
hier. 



L,Cooglc 



M. WILSON A LA CHAMBRB 161 

Voici, m'écrirait le docteur Moret, de Courlon-sur- 
Yonne, un petit récit que je vous dédie pour corroborer 
ce que vous dites. Je vous livre les noms, le mien 
comme ceux dfi monsieur pour les publier au besoin, 
ei vous le Voulez; nous vivons dans un temps où il faut 
mettre les points sur les i, les poms sur les personnes, 
et ne pas se contenter de la polémique anonyme. 

Or donc, en septembre 1913, j'assistais, comme con- 
seiller municipal, k la distribution des prix des élèves 
d^ écoles de' mon village : Gourion (Yonne). La prési~ 
dence était dévolue au conseiller général de mon 
canRm : M. Ghéreau, vieillard falot et terne, qui eut la 
malencontreuse idée de nous servir comme morceau 
d'éloquence la lettre de Lé<jn Bourgeois, célébrant 
l'inauguration du palais de la paix à La Haye, d'où il 
résultait clair comme le jour (et ça ne faisait de doute 
pour aucun des assistants, que la paix était garantie à 
jamais, et la guerre désormais' impossible. Après ce 
ridicule factum, l'orateur ajouta des réflexions de son 
cru, aussi dépourvues de bon ^ssns que la lettre de 
Bourgeois : le commentaire valait le texte et tout était 
à l'avenant. 

Placé derrière le personnage, vous pensez si, nourri 
de la lecture de ■ Kiel et Tanger ', je'bouillaJs i 
l'audition de ces inepties. Je passe pour un violent, à 
tort, coiflme Daudet. Si je l'avais été, si j'avais écouté 
ce que me dictait l'indignation, j'aurais empoigné le 
personnage par les épaules et je lui aurais fait vider 
l'estrade et crié à l'imposture. Je, me contentai, en 
guise de proies tatiqn, au moment des applaudissements, 
de lever les épaules le plus haut que je pus, et d'en- 
foncer mes mains au pl]fs profond de mes poches. 

Mais je pris ma revanche. Huit jours après la décla- 
ration de guerre, *r en contrant dans les mes de son vil- 
lage le stupide vieillard, disciple et thuriféraire de 
Bourgeois, je l'abordai en ces termes; 

— ^h I bien, monsieur Chéreau, maintenant que les 
avénemsntsvouB ont dounéna tel démenti, que pensez- 



cdt, Google 



162 LE PRÉSIDENT WILSON 

vous de votre diicours de distribution de pijx i Cour- 
Ion ? Vous aviez de telles illusions ? 

— Je les avais, me repartit le personnage. 

— Eh bien. alors, 'lui dis-je, on peut appeler cela l'er- 
reur de l'aveugle qui se fait chef. Bh bien .'monsieur, 
ce m'est en ce moment un soulagement de vous dire 
comment j'accueillis votre discours: en haussant les 
épaules et en mettant mes mains au plus profond de 
mes pDClies. 

J8 ne seraîË pas pressé de livrer ce* réoit k la puUi- 
cîté. Mais puisque Bourgeois reparait sur la scène du 
monde après toutes les raisons qu'il a d'en sort^f, on 
peut craindre que ses lieutenants en fassent autant. Il 
faut, comme dit le populaire, leur mettre le nez dans 
leurs confitures. * 

Dans noa moindres petites aggtomèrationa a sAvi 
la triste manie de U lotte intérieure; mais, quand un 
esprit prAvoyant y parlait des menaces étrangères, 
de la nécessité d'ariqpr, de la certitude de la lutte 
.extérieure, il y avait an Conseil municipal on au 
Conseil général quelque myatagoguo enivré pour 
évoquer l^utorité de Léon Bourgeois et de Jean 
Jaurès assurant que l'ère des violences était termi- 
née, que la guerre était morte et que la Vigilance 
était affaire d'un autre temps. Voilà, monsieur le pré- 
sident de la République américaine, pourquoi la ville 
de Reims a été 1>rûlée, ravagée^ mise & sac par 
l'agresseur et l'envahibseur. Voilf^ la vraie raison. 
Elle est matérielle : nous n'4tions pas assez forts. 
Elle est morale : on nous avait empêchés de mainte- 
nir d'abord, 'ensilite de reconstituer notre force. 
Voilà ce qu'atteste non l'imagination juridique, tou- 
jours un peu arbitraire, mais la réalité consultée. Il 
est f&cheux delà voir négliger de si haut. 



jb,C.ooglc . 



M. WILSON A LA CHAMBRE (63 

LE ■ NOLI TIMERE » DE M. WILSON 

En accueillant M. Wilson, M- le préfiident de la 
Chambre avait fait ce l^u'il avait pu pour ramener du 
ciel sur la terre cette étrange théogonie. Il a parlé 
avec fermeté, courtoisie, netteté des garanties terri- 
- torialet, militaires, économiques, financi^ea indis- 
pensahles. Il a parlé non du concept, mais de la réa- 
lité de la France, et son Allemagne a été celle qui se 
voit et se touche, celle des ■ moyens d'agression *. 

Il a méritoi rement dé clafé : 

Nous avons été trop souvent envahis pour ne pas 
veiller toujours- Les plus ardents pangermanistes furent 
les libéraux et les- démocrates de 1848 ;-le PaPlementde ■ 
Francfort fut le précurseur de Bisdtark; en 1914, toute 
l'Allemagne a voté les crédits de guerre, égorgé la Bel- 
gique et tenté d'assassiner la France. 

Puissent ces paroles semer dans l'esprit de l'au- 
guste visiteur à qui on les a destinées des réflexions 
plus fructueuses que la vue éloquente et stérile des 
ruines de Reims ! 

Nous apprécions à sa hautff valeur d'intention le 
noU' tirnere du président Wilson, nous mettrions à 
plus haut prix une vue, une idée, une décision qui 
bannirait effectivement tes sujets de craindra. 



..jcC.oogIc 



DE FRANKLIN A WILSON 



5 février 1919. . 
La question de Boaveraiaeté a été posée lundi 
devant le. Parlement pa^ un chef d'Etat étranger 
adimis à la tribune de la nation. M. Wïlson y a pro- 
noncé cette phrase dont la^France était le sujet : 

Un peu d'abandon de son indépendance d'action ne 
peut pas être mis en parallèle avec l'incessante me- * 
nace d'une autre catastrophe. 

L'idée d'un parallèle semblable ne se serait pr^ 
sentée à l'esprit ^'aucun Français. Les Français, 
depuis deux mille ans, ont préféré à la dépendance, 
petite ou grande, la mort. Mais, comme nous le fai- 
sions observer dès hier, ce que M. Wilson nous pro- 
pose en échange du plus noble et du plus précieux 
de tous les biens est très précaire. C'est ans sorte 
de garantie de neutralité du type que l'Europe libella 
{définitivement, croyait-elle) en 1^ pour le royaume 
de Belgique : la Belgique d'alors était à l'Europe 
ce que la France de demain serait  la Société uni- 
verselle de demain. Soixante- quinze ans plus tard, 
on vit ce que valait la garantie diplomatique de l'Eu- 
rope pour la Belgique du temps de Guillaume II; 
nous n'attendrions pas trois quarts de siècle pour 
vérifier, pour éprouver à jios frais 6e que vaudrait 
la garantie diplomatique de la Société des nations 
pour une France contemporaine du très prochain 
Attila lU. 



giizcdiv, Google 



. DE FRANKLIN A WILSON 165 

M. WILSON CHEF ET PRÊTRE 

Il paraît que M. Wilson parle d'abondance. Il 
n'écrit pas : dono, contrairement à la coutume obser- 
vée entre chefs d'Etat aux époques barbares de lu 
diplomatie régulière et secrète, M. Wilson ne remet 
pas à son c(fllègue et partenaire Iq texte de son dis- 
cours avant de le prononcer. Donc, rien de concerté, 
rien de préparé. Cette gr&ce familière et sauvage 
donne sans doute du piquant et de l'imprévu aux 
solennités politiques où l'on se rencontre. Mais^ab- 
sence de protocole pourrait avoir des inconvénients* 
de toute sorte, car, si l'histoire enseigne quelque 
ohoae, c'est certainement que le retour à la nature 
précède de peu la ruée de la barbarie. La pauvre reine 
Marie -Antoinette ayant voulu voir de près l'homme 
naturel, -sa bergerie, comme tant d'autres, a dû Soir 
parmi les loups. Qu'il me soit permis d'exprimer 
plus d'une crainte sur la pastorale d'aujourd'hui. Ce 
n'est plus seulement la reine de France qui est en 
cause. C'est la France même. C'est la souveraineté 
de la nation sur le domaine du sol, sur l'obédience 
du sang. Comme citoyen de la France, je suis libre 
aujourd'hui. Le serai-je demain? 

Marcel Sembat qui n'aime pas les Jjurés et qui a 
horreur dès chefs raffole du président Wilson qui 
■ a l'air à la fois d'un prêtre et d'un chef >, selon sa 
propre et judicieuse remarque. Nous n'avons cessé 
de contester avec autant de fermeté que de respec- 
tueuse courtoisie la doctrine, sacerdotale ea effet, et 
aussi magistrale, la doctrine de maître, la doctrine 
de directeur et de chef que nous apporte le prési- 



jb, Google 



t66 LE PRÉSIDENT WILSON . 

dent des Etats-Unis. Sembat compare cette mission 
spirituelle, morale et politique à celle de Franklin. 
Dans les deux cas, l'imagination de Sembat exagère: 
Franklin venait oEFrir À la nation française rangée 
autour d'un roi puissant l'occasion d'exercer les plus 
hautes vertus de la fraternité humaine : l'historien 
et le politique onLle droit de distinguer entre cette 
offre précieuse et les idées moins précieuses que 
Franklin distribua et sema; cette distinction est 
d'autant plus facile que, très peu d'années plus tard, 
G^ idées causaiei^t à ta France ua pr^^udice plus 
'que séculaire, la jetaient dans une anarchie dont nos- 
amis d'Amérique eux-mêmes rougirent, et la soule- 
vaient en partie contre son roi, le roi de 1778, le roi 
libérateur pour lequel l'Américain Thomas Paype 
prit hautement et courageusement parti à la Con- 
vention. Les idées de Franklin furent au moins mal 
comprises à Paris. Cela n'empêche pas le voyage de 
Franklin d'honorer immortellement Franklin et la 
France. 

La même distinction s'établit d'elle-même entre le 
glorieux voyage du président Wilson et certaines 
nuances de ses idées. Elles sont sans doute excel- 
lentes pour son pays. L'uni versatiti quïtldésire pour 
elles leur fait«ncore défaut, non peut-être essentiel- 
lement, mais parce qu'elles ne sont pas au.poiati La 
religion dont il est prêtre nous ne la professons, ni 
ne la pratiquons, nous, Français, Marcel Seoibat 
oompris, malgré tous les airs dévots et confits que 
nous l«i voyons prendre. Quant & la haiite allure de 
Chef des Chefs adoptée (avec quel brio) par l'illustre 
voyageur, nous attendons Sembat et nous te vou- 



.iL.GoDgk- 



DE FRANKUN A WIUSpN 167 

driona voir au premier désaccord sur quelque point 
de fait où seraient engagés et un peu passionnés les 
intérêts de son parti : de quelle allure aussi nos socia- 
listes parisiens renverraient leur hâte éminent à son 
temple et & son logis* ! En quoi ils auraient bien rai- 
son, pour une fois.* 

LES PRÉCÉDENTS DU PACIFISME 

Nous croyons certes & l'universalité de certaines 
idées politiques justes. Mais pour être applicables par- 
tout, il leur faut porter .sur des objets vraiment 
généraux et valoir indépendamment de la variété des 
cœurs, des esprits et des corps particuliers à telle on 
à telle nation. Si cette abstraction est faite mal à 
propos, si par exemple l'on veut raisonner de l'homme 
en soi sur un sujet où ne valent que les traits dis- 
tinctifs du Germain et du Français, de l'Anglo-Saxon 
et du Russe, on aboutit à des méprises profondes et 
qui peuvent devenir cruelles, une fois transportées 
du champ de bataille des idées au champ de bataille 
des gens. 

Nous avons commis ce genre d'abstraction mal- 
heureuse en 1789 et la philosophie, évidemment paci- 
fisle et philanthropique, émanée de nos voisins de 
Londres, de Genève et de New- York, a eu pour 
résultatde longues guerres entre nous, dont quelques- 
unes fort sanglantes, et des guerres plus longues, 
plus sanglantes encore avec les autres nations. Une 
prédication douce jusqu'à lafadeur, chargée de baisers 
Lamourette, comme la prédication d'avant-liier était 
terminée et fleurie d'un i baiser 'wilsonien ■, a abouti 
1. Cela l'est produit puiat par point. 



j.:,n:ML,C00J^lc 



ItS LK PRÉSIDENT WILSON 

aux épouvaDtables oarnagea intérieura ou extérieurs, 
qui allèrent de 1792 k 1815, dont la suite a rougi toute 
la course du siëole écoulé et dont l'évolution en Alle- 
magne a provoqué (tnalement cette tuerie universelle 
dequatreanuées. Tel étant l'effet du principe libéralpu 
démocratique ou frankliniste ou wHsonien, il ne serait 
. que sage de chercher à^ fonder la paix sur d'autres 
principes que ceux qui ont souffert ou soutenu, subi 
ou causé tant de guerres. 



ib, Google 



DU RÊVE A LA RÉALITÉ 



« Toua Ua peupleg d'Europe > se sentent-ils 
« légers? * Et se 6ent-ils & t un esprit d'espérance? • 
M. Woodrow Wiiaon vient de le déclarer au peuple 
de Boston accouru pour l'accueillir et pour l'applau- 
dir ; cette peinture de noa préoccupations et de nos 
soucis représente une façon si poétique, si optimiste 
et ai heureuse de rédiger l'histoire contemporaine 
que nul des anciens hôtea du président américain ne 
lui en fera un reproche. On lui 'saura gré, au con- 
traire, de ses récits de paix et de guerre qui tiennent 
du poème homérique et de la saga : 

Des hommes combattaient, les muscles tendus et la 

tète baissée Ils sentaient qu'ils combattaient 

pour leur vie et pour leur pays. Et quand ils enten- 
dirent, aux accents qui leur venaient d'Amérique, tout 
ce qui était en jeu, ils redressèrent leurs tètes el levè- 
rent leurs yeux au ciel. Alors ils virent des hommes en 
kaki qui venaient de l'autre côté de la mer, animés 
d'un esprit de croisés, et ils trouvèrent que c'étaient ta 
d'étrangea hommes, non seulement indifférents au 
danger, mais indifFërents, parce qu'ils semblaient voir 
quelque chose qui faisait que le danger valait la peine 
d'être couru. Des témoins m'ont afMrmô, en Europe, 
que nos hommes étaient possédés de quelque chose 
qu'on ne peut appeler que d'un mot : une ferveur reli- 
gieuse. Nos hommes n'étaient comme aucun autre 
. soldat. Ils avaient une vision, ils avaient un rêve, et ils 
combattaient dans un rêve. Et comme ils combattaient 
dans un rêve, ils firent tourner tout le Sot de la bataille 
et ce flot n'est Jamais reveau en sens inverse. 



170 LE PRÉSIDENT WILSON 

Ces belles tmagioations perdraient an peu de leur 
poissance^de persuasion si on les comparnit à la 
froide réalité, 

LES DEUX VAQUES D'IDÉALISME 

A rbeore où les Amérioains par leur courage vin- 

- rent ravir â'entlu^BMUne'le cœur de l'Europe, la 

vague de l'idéalisme avait passé une fois et deux 

fois sur les combattants, elle ne les souleva point 

une troisième fms. 

La première fois, en 1914, dîfTérenta orateurs offi- 
ciels, pour amortir l'opposition de quelques poignées 
de sâns-patrie, firent circuler le mot d'ordre : nous 
/'allions la dernière guerre; si dangereuse que fût 
une telle promesse, dont nul ne peut répondra, nul 
n'étant à même de la tenir, un petit nombre d'exaltés 
la prit au sérieux et leurs convictions s'en nourri- 
rent; mais, peu à peu, l'effet tomba soit par l'inanité 
profonde de la doctrine, soit que l'ambiance militaire, 
la joie de la victolra de la Marne et des premiers 
avantages qui l'ont suivie, le retour aux usines de la 
plupart des combattants socialistes eussent achevé 
de rendre superflu un appel à des conceptions aussi 
peu résistantes que peu substantielles. Comment se 
fussent écoulées les longues, lourdes, lentes saisons 
de la guerre imiqobile si le soldat n'eût pas connu la 
solide consolation du patriotisme sous les évidences 
de la nécessité? Même vers le milieu de 1916, cette 
idéologie démocratique apparaissait déjàplus défaitiste 
et dissolvante que fortifiante; des chefs socialistes - 
comme Sembat-, comme Renaudel < , se montraient 
' 1. Au Congrès National d'août 1SI6. 



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DU RÊVE A LA RÉAUTÊ *7I . 

inquiets de voir l'esprit de la Bévcdotnui se séparer 
ainsi d'aveo la cftise* da la* -France et c'est pour, 
arrêter ce courant douloureux que, vers ce moment, 
nous précipitâmes DOtre propagande pour la Part du 
Combattant plus propre qu'aucun 'i idéal > suranné 
, -À fournir des réponses au < pourquoi te bas-tu? > 
n n'y arvaît donc plus en présence que le patrio- 
tisme nationaliste et l'anarchie antimilitaîre. Quel- 
ques rares Sdèles du militarisme révolutionnaire en 
sbuitraient. En mai:s 1917, k Révolution russe leur 
rendit un peu d'espérance. J'en sais un, combattant 
ilévoué, qui tomba à la fleur de ce rêve d'une Europe 
orientale régénérée par ta démocratie : ses lettres 
recueillies par VHumanitè qui les a publiées depuis, 
font foi do ce que l'on peut appeler la seconde vague 
de mysticisme paciGste et gnerrier. L'intervention 
américaine à peine aanoncée par les feuilles n'y fut 
pour rien. Et ce mouvement lui-même dura trop peu. 
Les honteux événements "de Russie se fussent char- 
gés de le dissoudre si, de son propre élan, parles 
excitations de ses doctrinaires du Bonnet Rouge, il 
n'e&t conduit aux mutineries de mai-juin qui îatrodui- 
aaient parmi nous la guerre civile. Ces événements 
malheureux brisèrent le courant idéaliste en le fai- 
' sant apparaître ce qu'il était sans doute au fond : 
.une propagande de désunion nationale et de désar> 
mement devant l'ennemi. ' ■ • 

POURQUOI PAS DE TROISIÈME VAGUE - 
'Lers donc que les admirables troupes du président 
Wilson ûrent au printemps 1918 leur éclatante appa- 
rition sur nos champs de bataille, il y avait de graves 



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. 17i LE PRÉSIDENT WILSON 

dif&oultés- & ce que l'on prit garde à autre chose que 
lenr valeur, leur courage, leur itttlomptable ténacité 
et leur dévouement héroïque. MOitaire ou civil, le 
puhUc continental fit entendre un applaudissement 
prolongé, moins prolongé peutétre que la reconnais- 
sance de notre cœur! Mais, quant ans idées, non : ^ 
elles ne furent pas 'aperçues, volant comme en un 
rfive au-desBUfl du drapeau fédéral, de ses oouleurs 
hrillantes, de oea bandes et de ses étoiles, ou c'est à 
peine si l'on se soucia de la présence ailée de çé» . 
nobles déesses. Saturé d'évocations OFatoires, l'an- 
cien scepticisme français' avait repris le dessus. La 
douleur du sol ravagé, des villes menacées, d'une 
belle jeunesse fauchée par milliers d'imes cédait 
parfois, souvent, à des passions moins sombres : mais 
c'étaient celles de nos espérances nationales rigou- 
reusement maintenues, le désir de chasser l'ennemi, 
de punir le traître, l'incompressible volonté de libé- 
ration, de salut, de résurrection. Ces idées, car de 
telles passions sont aussi des idées, monsieur le pré- 
sident Wilson, ces idées ne s'arrêtaient pas forcé- 
ment A, la nation française, elles s'étendaient de tout 
cœur à, nos alliés et au monde, mais elles étaient 
pures, ou à peu près, du séraphisme éthéré, du 
messianisme stoïcien que M. Wilsoa prête à ses 
soldats et aux ndtres. Il n'y a pas eu de troiaitoie 
vague d'idéalisme duran't la résistance de Foch ni 
durant les cinq mois de son offensive immortelle. Le 
fait historique est aisément vériQable. Les saturnales 
de l'idéologie paciQste ont commencé beaucoup plus 
tard, c'est-à-dire la guerre à peu près Qnie. Ce*fut 
un grand bonheur polir le monde : que fût-il arrivé si 



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DU RÊVE A LA RÉALITÉ. 17S 

l'AUemagae eût contiaué d'être armée pendant que 
les vigilances et les înteliigeoces auraient été méthodi- 
quement endormies de notre côté? 

DE LA FAMILLE A LA PATRIE, DE LA PATRIE 

■ A L'HUMANITÉ 

Quand le repos aura succédé à oe long voyage et 
qu'il se verra face à face avec les images des chosea 
dans le silence de son cabinet de travail^ M. le pré- 
sident Wilson distinguera certainement deux objets 
très différents : d'une part, sa doctrine, avec ses 
nobles élans vers les hauteurs d'une vie humaine 
comparable pour la pureté, la dignité et la Brâncheur 
à quelque vol de cygne éplôyé sur des champs de 
neige, et d'autre part l'usage, l'emploi, l'exploitatioa 
de cette doctrine par des éléments qui ne sont pas ce 
que l'Europe compte de meilleur. Ces ^eux objets, il 
le verra, imposent deux devoirs à nos peuples d'ici i 
étudier la doctrine avec le sérieux dentelle est digne, 
en mesurer sévèrement l'application & ceux qui 
s'efforcent de la faire tourner à leurs mauvais des- 
seins. 

Que dirait M. le président Wilson si, étant pat 
fortune l'inventeur de la première t^Ie de la loi ins- 
tituant une discipline générafe de la Cité, dans un 
milieu jusque là composé seulement de familles sans 
liens, si les premiers, les plus ardents zélateurs de 
son innovation étaient surtout de mauvais fils, de 
mauvais pères, des frères atroces, des sœurs toutes 
souillées du sang fraternel? Une semblable clientèle 
lui ferait horreur. Il dirait qu^, pour pratiquer des 



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174 ,LE PRÉSIDENT WÏI.SON 

préceptes plus hauts, «ne enceinte de lois plus yaste, 
il faut commencer par ê(re 'soi même en règle avec 
les maximes èlémeotaires <hi stade inférieur du 
prochain. Soyez bon père et bon fils avant d'ambi- 
tionner un brevet de bon citoyen, dirait-il. En quoi 
il aurait bien raison. 

Mais, si, un parricide ou un fratricide ne peat 
pas faire un patriote, comment de mauvais citoyens 
on de mauvais amis de la patrie, insurgés contre Ta 
vie nationale,' ou mal plies à ses nécessaires obliga- 
tions, feront-ils de booc éléments, des éléments sûrs 
de la vie internationale? C'est sur l'élite nationaliste 
qu'une bonne Société'des nations devrait s'appuyer. 
Dans cSS 'réflexions de la Maison Blanche, M. Woo- 
drow Wilson verra peut-être qu'il a trop négligé ce 
point de vue. Un peu étouffé dès son arrivée par la 
confuse acclamation des pires ou des moins bons, il 
ne s'est pas assez dit que ce halo f&cheux altérerait 
les véritables nuances de sa pensée qui nous arrive- 
rait ainsi sous un jour faux, dans une mauvaise lu- 
mière... Ne vous semble-t-il pas que l'erreur recon- 
nue des deux parts devrait être-rectiQée sans délai. 

L'ALTÉRATION DES IDÉES WILSONIENNES 

L'abus quiseoommet aujiomdesidéeswîlsoniennes 
militera pour cette ratification. Un journal finan- 
cier, la Revue des valeur f américaines, signalait jeudi 
dernier une déformation- des idées du jPrésideat qui 
est courante, donc colportée au profit de l'Allemagne 
par tous les philoboches de Paris et de la banlieue. 
Notre confrère traite de ùotre « droit à, l'indemnité 
sa titre de nos dépenses de guerre > : , 



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DU RÊVE A* LA RÉALITÉ ITO 

Il o'y » pas un mot dans les quatorze points du 8 j&n- 
TÎer 1918 «ir les indemnités au la ré[AratLOQ des dom- 
mages dans leur ensemble. Ni l'jine ni l'autre question 
n'était envisagée. Le président, manifestement, en 
avait traité an point de vue américain, neuf mois avant, 
lorsqu'il disait, le 2 avril 1917, dans son message au 
Congrès qui a précédé de quatre jours l'entrée en 
gaerre des Etats-Unis: •■ Nouanedéatrons ni conquêtes, 
ni domination, nous ne recherchons aucune indemnité 

■ pour nous-mêmes > — No indemnitietforourselcea — 
aucune compensation matérielle pour les«acrificesque . 
nous allons librement consentir. * Les seuls mots 

■ nous ne recherchons aucune indeanilé » eussent été 
suffisamment clairs. Le président ajoutant • pour nous- 
mêmes ■ souligne le fait qu'il ne s'agit et ne peut s'agir 
que des Etats-Unis. 

La situation financière et économique des belligérants 
engagés depuis trois ansdanalaplus terribles des guerres 
était telle & ce moment-là qu'il paraissait évident qu'un 
engagement de cette nature, àè la part du chef 4e 1& 
grande nation la plus riche du msnde, tout en impli- 
qaant un désintéressement rare, ne pouvait compro- 
mettre l'avenir du pays. 

La correspondance des gouvernements alliés et du 
président immédiatement avant l'armistice ne touche 
q)Ai,deiix questions : celle qui a trait à la libeAër des 
mers et les précisions sur les compensations dues aux 
civils des nations alliées pour tout dommage à leurs 
personnes ou à leurs propriétés résultant de l'agression 
de l'Allemagne sur terre, sur m«r, dans l'air. Cette 
réserve répondait aune interrogation précise: «L'ennemi 
accepta les quatorze points, le faites-vous? ■ Elle 
n'avait pas A envisager la question des indemnités de 
guerre, tenue en dehors des quatorze points. Quant aux 
clauses de l'armistice, l'article 19 réserve expressément, 
après avoir spécifié la réparation des dommages, tous 
les droits et réclamations ultérieures des Alliés et des 
Etats-Unis. 

Le droit à indemnité pour le cpttt de la guerre 



t,C.ooj^|i: 



178 LE PRÉSIDENT WILSON 

demeure donc entier en ce qui regarde les Alliés. Si 
les Etats-Unis y ont renoncé « pour eux-mêmes ■ dans 
le message du 3 ayrU 1917, leur président ne s'est 
jamais prononcé sur te droit des Alliés d'en poursuivre 
la recouvrement, et n'avait pas k le faire. 

Tel est le langage des iaiia. Voulez-Tous avoir 
maintenant celui des farceurs payés pour plaider en 
Franoe oontre les intérêts français? Prenez le seoond 
■ des journaux de Téry, celui qui paraît le soir. Le 

< journaliste > qui fait t&-revue de la presse cite un 
article de M, ledépaté Louis Puech exposant l'impât 
sur le capital dont nous sommes menacés et priuit 
le Gouvernement de commencer par 0xer le chiffre 
de la oontribntion de guerre allemande : arrivé à ce 
point, le oollaboratéur du louchissime fronce les 
yeux, pose la plume o^ demande si M. Puech oublie 

< QUE LA PAIX WILSQMENNB BXOLUB TOUTE CONTRIBUTION 
DB CE OBNBB ». 

Alh^d Capus avait émis le même vœa. < M. Capus 
l'oublie-t-il aussi? > demande l'homme de Téry.. 

Pad&ques ou guerriers, les principes wilsoniens 
ne servent, on le voit, dans certaines feuilles, qu'A 
minimiser les droits de la France et qu'i passer au 
bleu l'intérêt du paya. Le Présidentse rendra compte 
que nul Français digne de ce nom ne peut le con- 
fondre avec Ae tels personnages : mais nous sommes 
bien obligés de déplorer qu'ils ae coUenï à lui pour le 
compromettre, pour, le diffomer, pour associer son 
nom admiré et respecté & d'abominables besognes. 



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VALEUR, PRÉVISION, PRUDENCE 



7-8 mars 1919. 

Pour exprimer les forces en présence dans cette 
guerre * mondiale », l'Europe disait ; Germanisme 
et Civilisation; M. Wilson a dit: Autocratie et Démo- 
cratie. On a TU le résultat de cette erreur de fait. Se 
figure-t-il qu'elle lui a du moins valu une popularité 
quelconque. La haute estime dans laquelle il est . 
tenu, la gratitude que lui ont vouée les Gouverne- 
meats et les Etats procèdent de'raisons toutes diffé- 
rNites. Comme il appartient i. la véritable grandeur, 
ses merises sont déploré^ et ce juste, regret sera 
redoublé si la cause en est aggravée. 

Nous li«>n8 en gros caractères dans VHumaniti 
soua les titres significatifs c lbs boumbs d'Ëtat a.veu- 

OLBS, LBS PBUPLES CL&IRVOYANTS, DN AVERTISSEMENT 

SOLENNEL *, deux fixtraits d'un discours prononcé par 
M. Wilson au Metropolitan Opéra. Ils donneront 
lieu à de sérieuses méditations : 

La Ligue des nations n'est ni plus ni moins qu'une 
convention par laquelle Je monde s'engage à maintenir 
les principes dont il vient d'assurer la revanche au 
prix du sang le plus précieux qui fut jamais versé. 

Ceci n'est pas santi du conseil des Iiommes d'Etat. 

L'Europe est secouée dans ses entrailles à l'neure 
actuelle, car elle s'aperçoit que les hommes d'Ëtat 
n'ont pas de vision, et que seuls les peuples ont eu la 
vision. Ceux qui souffrent voient. Ceux qui subissent 
l'injure voient combien est désirable le droîf à la 
justice. 



,^lc 



m LE PRÉSIDENT WILSON 

Aucun Gouvernement, d'après M. Wilson, aucun 
Etat (et quoil pas m&me le sien?) n'a eu l'inspiration 
d'adoucir les souffrances, d'arrêter la tuerie, d'ap- 
peler la justice : 

fit c'est le peuple qui a eu cettA Tisîon. Mes araÏB, je 
voudrais que vous songiez à .ceci; la vision de ce qui 
est nécessaire pour entreprendre les grandes réform'ea 
a rarement étô accordée h. ceux qui dominent les na- 
tions. Cette vision a été accordée au besoin et à la 
Tolooté et elle s'est ouverte devant lei revendications 
des grandes masses des hommes qui oherchaiant la 
' liberté. 

Nous n'entrerons pas dans le détail de cette 
psychologie où le pragmatisme et l'apocalypse tien- 
nent trop de place pour nous. Le lecteur rôvêra ou 
devinera. M. WÎIson poursuit : 

Et je suis stapéFait — je ne suis pas alarmé mais je 
suis surpris — q«'il j ait dans certaines sphères iin« 
telle ignorance de la situation mondiale. Ces inatsiaurs 
ne se rendent pas canpta de ce qu'il y a de justice 
dans l'esprit des hommes actuellement. Tout le monda 
autour d'eux s'en rend compte. Je ne sais pas où ils 
ont été renfermés, Je ne sais paa quelles influences ont 
pu les aveugler, mais je sais qu'ils se sont trouvés en 
dehors des grands courants d^dées de l'humanité. 

Quel ton pour déorire un état de méprise «K'wreûr 
qui «et Ml jvsta ealui de l'oratenr ! 

Et je désire denner cet avertisse nent eoleniMd, imb 
pas mnme uae menace — tes forées da monde »e 
menacent paa, elles agissent — les grande flux et in- 
flux du .nAtnde ne préviennent pas,'ils montent et vent ; 



irrésistiMe et cei^j gui rç' trct^vent su,f. lei^r p^geagç 
sont ^ubmergëi. Maintenant J'àme du monda' s'est 
éveillés et l'âme du monde doit être satisfaite. 

Ne vous arrôtez pas i^ vous imaginer un instanli que 
le malaise des popui£tioua europftenofis e^t entière' 
ment dû à des causes ou f) d'arriôre-^ptifs éeonptni- ■ 
ques. Son origine est plus prpfonde. Ces populations 
ont vu que leurs Gouvernements n'ont jamais ôtô capa- 
bles de les défendre contre l'intrigue ou contre l'agres- 
sion, et que dans aucun cabinet moderne, il n'y a ni 
valeur, ni prémeion, ni prudence. 

Ia$ Cfliiinet» pwropéefts pourroi^ ^\fp qit»lqH« ppu 
surprù 4^ «'epfieii^re destituef p«r pe pqjlégue (le 
tputo valeur, prévis^, pu pruc^pp. Quelques 
grw4# HBfYiaEM qu>j( ffifidus ^. WilWJB, V^m ne 
aoiqjri^a fme aûrs ifu^ Ip tnode ^r^if 4* ^W i>4cr- 

vepUw i^ do^lIl^ }& droi» dp tfvtpr de jsi ^l♦^t pp q^p 

noi)« ipgeilBTQjm, d^^ son ^g48Pi 1^ Prochain. Car 

fait Bbstrjtft^QO 4^ Sik yaleur pfopce, fie l^ fligjfit^ 
den Minimes pt d^ fihefs d'État, i^ais )« Prpp}l^,\^ 
aura le droit de lui crier gaiement, et Ipn^fol? 
ay^c quelque sérieux, dèa le dél)firpadère : 

7^ .Sioftsi^HF W'IiSOiÏj ragneiei^r Wilapn* #j4 rjÙVier 
pt^«^ yoW( «^tiejï 4^ ^tith^tiS Jïien afl^epx^ ^ 
bifiiî ,i;i^«^, 4^ ftRi^tiéses .cfjjjt^pof^eç ^ jieij 
fjMgo, da^ votre oppi^^iti^p dfi§ déjo^ofif»^ a»f 
autocraties, et elles ofii ^si f)4i P^ R^ dç 
d^g448. P^nez ga>^^ de u'ei^ pQ^tt ^M^e jde nou- 
Teauz qiM ^eraieiut plu^ graves en .opposa^ les pfiPH- 
l&tiojw ^ux Q.o)i^v(^aea^cois. J>s ^ne3 et ]ea S.'otf^ 
viveateflp^x. ^a iie deiio'aai^eQf {^ oùe^ que A» 



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l80 LE PRÉSIDENT WILSON 

continuer. Ne leur donnez-pas de mauvais conseils. 
Ne les brouillez pas. Jusqu'ici, souvent, .vous avez 
ressemblé i un bon père, ou à un bon frère. N'altères 
pas votre oeuvre. Ne gÂchez pas votre bienfait. Ne 
donnez pas raison à ces diables de sénateurs améri- 
cains qui disaient l'autre jour que la principale vertu 
de votre système était d'ajouter un ou deux numéros 
inédits au catalogue des causes de guerre. Les luttes 
intestines sont aussi des fléaux. 

NUL N'ATTAQUE M. WILSON 

Personne n'attaque M. Wilson. On le respecte, on 
le salue et on l'acclame et, si l'on ne met pas ses 
idées au-dsssus de la discussion, si on ne lui accorde 
ni l'infaillibilité papale, ni davantage la demi-divinité, 
c'est que personne, du moins parmi les bons Fran- 
çais, ne veut le couvrir de flagorneries indignes de 
lui. Une pensée jeune, neave, inexperte, mais géné- 
reuse et ardente, amoureuse de controverses, doit 
préférer des contradicteurs comme nous à des appro- 
bateurs de la pAte de Jean Longuet ou de Cbarles 
Rappoport. 

Quant à la roideur fréquente de telles ou telles 
paroles échappées à la verve de la raison française, 
aucune n'est à comparer au mot désormais historique 
de M. Woodrow Wilson sur les cabinets européens 
qui n'auront eu, selon le président américain, ■ nt 
valeur, ni prévision, ni prudence ». 

Si la sentence n'est pas expliquée ou démentie, 
qu'est-ce qui pourra empêcher les hommes d'Etat 
de la vieille Europe.de montrer au porte-parole de 
la jeune Amérique, & côté du cabinet italien entré 



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VALEUR, PRÉVISION, PRUDENCE 181 

dans la lutte pour la beauté du monde et le salut de 
l'homme dès le dixième mois de la guerre, le cabinet 
anglais que cette sainte cause arma dès le second 
jour et le cabinet belge qui fut sous les armes dès 
le premier? 

Valeur, prudence, prévision, ô vertus cardinales 
du moraliste américain, où étiez vous & cette é^que? 
Dans le cabinet d'Albert I", de George V et de 
Victor-Emmanuel III, souverains héréditaires de 
l'ancien continent, ou dans le cabinet* de l'autocrate 
élu du nouveau monde à qui il fallut plus de deux 
années et demie d'hésitation avant de se résoudre â 
sauter le terrible pas I Valeur, ô Prudence, ô Pré- 
vision^ tirez-nous de doute! Prévision, Prudence, 
Valeur, répondez! 



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ÉPILOGUE 



VERTIGE DE LA PUISSANCE 



AU PEUPLE AHÊRWAIN 

« Valeurl' Prudence! Prévision!.... » Nous avons 
arrêté à ces mots ce recueil de nos touchants efforts 
pour expliquer M, Wilson à la France et la France 
à M. Wilson. Ces étrange» cris de dédain nous ont 
fixés ; de là date l'altération définitive du portrait que 
nous avions aiméànous faire du président américain. 

Proférées par M. Wilson ei^re deux voyages en 
Europe contre les gouvernements de l'Europe amie, 
OQB oEfenaes-ont. révolté des Américains éminents qui 
sont venus nous le dire et.qui le lui oi^t dit avant de 
le lui prouver. Car, s'ils ne- détruisent pas son œuvre 
internationale, ils l'ont déconsidérée pour toujours. 

Il ne dépendait plus de nous d'échapper & l'évi- 
dence de la vérité. L'œuvre du vertige était faite : 
dans le cas de M. Wilson, l'élément passionnel recoa- 
vrait, effaçait oe qui avait été an esprit. * 

Mais à quel moment ce vertige avait-il commencé? 
Le discours du 4 mars 1918 n'en est que le suprême 
éclat. Il ne s'explique bien que si l'on remonte à 
l'annistice de novembre précédent, surtout si l'on a 



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184 LE PRÉSIDENT WILSON 

Boia d'écarter d'une maîa hardie certains manteaux . 
de Sem queno8matns(prudemment,patriotiqaement) 
avaient étendus sur l'homme d'État ou le philosophe 



Autant, jusqu'à l'armistice du 11 novembre, on 
avait senti chez M. Wilson une attention profonde 
donnée aux signes do réel et un art véritahte de se 
réformer pour se conformer au vrai, autantcette faculté 
précieuse a paru ralentie et comme atrophiée depuis 
cette date. Avajit l'armistice, l'on eût dit que, d'un 
jour à l'autre, il se rapprochait de la vue exacte dék 
lointaines choses d'Europe. Après l'armistice, et bien 
que son voyage de la mî-novembre l'edt installé sur 
le vieux continent, les yeux, les oreilles, les narines 
et tou3 les autres sens politiques de t'homme sem- 
blent s'être refermés chez M. Wilson. 

L'armistice conclu, il semble remonter une fois 
pour toutes paf l'escalier mystérieux dont il a seul la . 
clef flans une tour inaccessible. De 1&, il ne découvre 
même plua les étoiles, jugées des corpS trop maté- 
riels ; il-vit tout à foit isolé dans le,téte-&-t£te de ces 
simples sigit^ de signes par lesquels ses rêves ' 
abstraits lui sont désignés. Pour comble de malheur, 
cette ascension dans la plus subtile atmosphère ne 
le délivre d'aucune impulsion du cœur et de la chair. 

Ces puissances intérieures se déchaînaient t«ut au 
contraire, et rien n'était plus naturel I M. Wilson 
venait de voir et d'entendre une vingtaine de trânes 
s'écrouler devant lui et, si l'évidence de la raison ou 
des faits en attribuait l'honneur à Foch et aux armées 
alliées et associées, rien au monde ne pouvait empê- 
cher quelque murmure insidieux d'affirmer i M. Wil- 



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ÉPILOGUE 185 

son que le fracas de cet écroulement immense n'avait 
obéi qu'à sa voix. 

Que s'était-il passé en fait? 

Quelques récits de source allemande nous l'ont fait 
oonnattre depuis. Nous avons été instruits des scènes 
de Spa où Guillaume II étala d'abord l'entêtement de 
. ses refus fébriles, puis sa résignation accablée et 
enfin sa fuite sans grâce. Nous avons vu, ducdtéde 
son entourage, transparaître un calcul de politique 
nationale & longue portée, conçu et exécuté par une 
oligarchie de vrais dirigeants qui ne perdait pas le 
nord. Ah ! M. Wilson attribuait la guerre aux auto- 
crates austro-allemands, non à l'Allemagne même ? 
eh bien ! le vrai coupable, qui était te germanisme, 
allait saisir cette erreur au boud et la manoeuvrer en 
maître. 

M. Wilson ne veut plus d'empereur, ni de rois? 
Aux ordres de M. Wilson! L'Allemagne se sauve 
par cette voie. Le naïf président qui joue de la trom- 
pette croit voir tournoyer dans l'abEme à chacune de 
ses sommations les Dominations et les Trfines, et les* 
autres Puissances du Mai européen. De grand cœur 
et grand train, l'Allemagne sacrifie* les décors du 
théâtre pour le salut de la seule réalité : Jéricho 
de Berlin! Jéricho de Vienne et de Dresde, Jéricho 
de Bade, de Munich, de Stuttgard, de Carlsruhe, 
des autres hauts lieux germaniques ! Toutes. les 
Jérichos de carton s'étant écroulées, M. Wilson n'eut 
' pas la^fermeté de douter dejui-méme. Il en oublia 
tout ce qui n'était pas lui. Les ■ Notes * où avait 
été dactylographiée la céleste milice deses Principes 
lui firent perdre de vue la v&Ieur des choses con- 



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186 LE PRÉSIDENT WILSON 

crêtes que Perahing, Foch, Douglas Haig et Diaz 
personnifiaient seuls ; il s'est cru et senti l'auteur 
unique, l'auteur direct de cette félicité plénièrd de 
trente peuples empressés à lui décerner son brevet 
d'autoorate temporel de la Liberté et de pontife spiri- 
tuel de la Démocratie. Les contradictions intimes de 
ces grands titres ne l'afFectaient pas: est-ce que le» 
Babylonien pouvait s'étonner de se trouver simulta- 
nément bâte et roi ? Le nouveau Josué entrait sans 
difUculté dans la peau d'un nouveau Nabuchodonosor. 

Nous sommes trop près des événements pour 
savoir au juste ce que deviendra le pouvoir temporel 
de M. Woodrow Wilson. Mais, bien avant aa courte 
maladie, quelques parties de ce pouvoir tombaient en 
ruines. L'égalité des races a dû céder aux inquié- 
tudes causées par le Japon et au sentiment de l'Amé- 
rique contre les nègres; l'idée d'intervenir à jet 
oraitinu en Europe a rendu une seconde jeunesse 
à la doctrine de Monroé qui exclut l'Europe de l'Amé- 
rique et réciproquement. Nous ignorons ce qui ad- 
viendra de la suite de ces débats dans le-Nouveau 
nionde. Ce qui est sûr, c'Àst que M. Wilson n'a pu 
quitter l'ancien sans se rendre compte de l'éclipsé 
totale qu'y avait subie sa pensée. 

Lui-même en donna des nouvelles à son second 
retour chez ses compatriotes en juillet 1919, puisque 
son premier mot fut pour atténuer, presque pour, 
retirer sa chère antithèse des peuples et des gouver- 
nements, autrefois point central d'une maHigureuse ' 
doctrine et le thème essentiel de son discours du 
4 mars. Il s'était figuré qu'une Allemagne sans 
empereur ni roi serait'inoffensive et loyale. Il a dû 



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ÉPILOGUE m 

découvrit la Céroeité de la vieille Allemagne '<^î est 
une Allemagne éternelle dans la mesure où l'éter- 
nité appartient aux groupes humains. Pareillement, 
M. Wilson dut l'econnaEtre dans le bolchevisme qu'il 
avait ai longtemps protégé, un régime t plus sangui- 
naire que le tsarisme *, et cela obligea Lénine à lui 
rendre gracieusement ses qualités en l'appelant i le 
plutf grand hypocrite de.l'Histoire >. 

M. Wilson avait dû abandonner dans les mêmes 
eondidons le tyran juîT de la Hongrie, Bêla Kun, 
et ooiuentir en fin de compte Uti minimam de justice 
^iv«r9 nos meilleurs alliés orientaux : lee Rottnwins. 
Par exemple, il s'exécuta sans bonne humeur. Put-ce 
par rancune? Et oelte Routa anie royale, faièant Uz 
guerre pour la paùc, donnait-elle un démenti trop vif 
aux idées de M. Wilson qui faisaient la paix pour la 
guerre ? 

Il n'était pas besoin des exemples russes, hongrois, 
turcs, caucasiens pour montrer que la paix révolu- 
tionnaire et démocratique tendait à des luttes sans 
Qn. L'histoire de son continent aurait pu révéler à 
M. Wilson ce que lui découvraient les conflits delà 
République arménienne et de la République d'Azer- 
beidjan: la République, en soi, n'a aucune horreur na- 
turelle des guerres ni du sang. Au contraire] La moin- 
dre réflexion aurait pu faire comprendre aussi à M. 
Wilson combien le Droit, cet enfant des dieux tascé 
parmi la race humaine, y doit devenir, à coup sûr, 
un stimulant de conflits armés... Mais que pouvaient 
valoir expérience ou réflexion, comparées au plaisir 
de débiter de belles fables I 

Ce plaisir aétépayésans grand retard par les dures 



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188 LE PRÉSIDENT WILSON 

rectifications dq.la vie t M. Wilson a dû se^étracter 
et 80 renier d'abord en fait. C'est ce qui a commencé 
à retourner contre lut tout le monde. 

Lies soeialiates français qui furent les derniers à 
cesser leur alliance avec lui ont dû finir par la 
rompre tout à fait, l'ayant exploitée jusqu'à l'os. Ces 
messieurs adressent à leur ancien ami et protecteur 
un flot de critiques amères, non sans ramasser, pour 
le monter en épingle, tout pe que sa propre patrie 
lai décocbe de désobligeaift. Lorsque M. Lincoln 
Colcord raconta dans The Nation que M. Wilson eRt 
« sincèrement insincère » ou qu'il « peut voir blanc 
quand c'est noir t, nous aurions tout ignoré de ces 
gentillesses sans les traductions qu'en a faites le 
journal ot^ciel du parti socialiste français : chacun 
venge comme il peut la déconvenue de l'esprit. 

Elle avait été formidable : de la Gn de l'hiver à la 
fin du printemps 1919, les principes du CovenSnt, 
proniulgués en janvier, s'étaient écroulés un par un. 
Plus de diplomatie secrète, avait dit M. >Vilaon, et 
quatre ou cinq hommes réglaient le sort de l'univers 
daiis un téte-à-téte mystérieux. Il avaij, ajouté : plus 
d'amitié particulière entre les peuples, plus d'alliances 
séparées de la grande alliance commune; or, sans 
compter que le traité du 28 juin ne put être accepté 
par la France qu'à la faveur d'une alliance spéciale, 
avec Londres et Washington, il n'était question en 
Europe que de tractations et de sou s -tractations 
clandestines ou demi-publiques faites avant, pendant 
et après la Conférence que M. Wilson dirigeait. 
Que l'on voulût réaliser ou dissoudre ces alliances, 



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ÉPILOGUE 1S9 

l'entreprise imposait les mêmes embarras & Fiume, 
à Smyrne, en Syrie, ailleurs. L'autorité morale de la 
Société des nations aviût été le grand clîeval de 
bataille de M. Wilson : elle est bafouée partout 
depuis le rappel désordonné des troupes de Russie ; 
pour son autorité légale, elle est compromise au moins 
en Amérique. La paix internationale future 7 Le 
militarisme prussien est debout I Règne de la justice 
pure? Les Français, les Belges, les Italiens ont été 
dépouillés au profit des peuples qui les ont assaillis 
et rançonnés. Désarmement 7 L'armistice n'a même 
pas été une suspension d'armes; on s'est battu, on 
se bat et l'on se battra à Odessa, & Arkhangel, à Bu< 
da-Pest, à. Mittau, à Rigar Partout les soldats de 
l'Entente ont fait de longs séjours sur les lisières 
orientales du Centre européen et. le fait de ces cam- 
pements aussi peu brillahts que prolongés et coûteux 
apparcdt d'autant moins utile que le soldat expatrié 
n'évite pas de se demander chaque jour : 

— Alors, pourquoi' [las à Berlin? 

Op, Berlin était intangible. Pourquoi? 

Du moment que la Force juste continuait d'être 
requise dans les innombrables guêpiers créés de main 
de philosophe et de politique, pourquoi n'attaquait- 
on pas au centre et au cœur la capitale de la Force 
brute qui restait la cause de tout le désordre et con- 
tre laquelle on avait déclaré «se croiser» ? Pourquoi 
s'était-on acharné & déchirer la faible Autriche dont 
le jeune souverain n'avait pourtant abdiqué que plu- 
sieurs jours après le roi de Prusse et pourquoi laissait- 
on l'unité allemande fortifiée, l'empire prussien, ce 
fléau du monde, in tact et même resserré ? Depuis l'heure 



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V» LE PRÉSIDENT WILSON 

OÙ l'on a vu la réaction se faire an AUeioagne, la 
restauration monarchique y menacer, pourquoi M. 
Wilson a-t-il hésité, et, finalement, s'est-il refusé à 
exiger l'extradition et le jugement de Guillaume il ? 
Si M. WilaoQ n'avait pas de secrètes obligations à ce 
prince comme un l'en a accusé, les actes wilso- 
niens ramenaient toujours l'attention sur les mêmes 
faits, curieusement concordante : les vœux peF«onneis, 
le rayonnement de M. Wilsou, l'action vivante du 
wilsonisme convergeaient régulièrement en faveur 
de notre plus grand ennemi. Pourquoi ? t^s raisons 
d'ordreintflUectualetmoral commençaient à mahquer 
au wilsonisme sur ce point-li. Nous étions obligés 
de répéter : Pourquoi ? Pourquoi gouverner Buda» 
Pest. Coflstantiaople, Soda, non Berlin ? Poiu-quoi 
vlaer Moscou et Pétrograd, non Berlin? Pourquoi 
respecter ainsi le centre commun de ce qu'on voulait* 
combattre, le Pangermanisme, la Hévolution ? Il jr 
avait difficulté croissante h ne pas répondre qus 
Berlin semblait défendu et môme garanti comme 
Francfort, par tel ou tel élément de baute finance 
influent et puissant sur l'esprit de M. Wilson. 

C'est alors, que, malgré les ménagements da la di»,- 
crétioa, nous sommes devenus indiscrets. Nous avooa 
serré nos questions. Il y a des peuples divers aa 
Allemagne : comment le droit de disposer d'eux^ 
mêmes ne leur a-t-il pas été reconnu? Commeid la 
Bavière révolutionnaire, le Hanovre légitimiste, la 
Rhénanie républicaine ont-ils été sacrifiés? Pourquû 
ce libéral sublime n'a-t-il pas défendu les antiques 
libertés du Germain oontfe le^Prussien? 

Ces doutes étaient graves, portant sur des sujets 



jb,C.ooglc " 



ÉPILOGUE m 

du plus haut intérât commun. Il y aurait eu da 
fortes raisons d'utilité à comprandre ainsi, Rappliquer 
ainsi dans la ligne traditionnelle, vérillée par l'his- 
toire, les principes généraux de M. Wilson. Mais il y 
avait aussi àcela un intérêt wilsonieii: une Société dei 
nations ne peut s'échafauder sans l'équiraleni» de 
ses sociétaires; nul équilibre continental n'est pos- 
sible avec une Allemagne de 60 oa 70 millions d'ha- 
bitants flanquée d'une poussière de nations petites ou 
moyennes : dès lors, comment se faisait-it que M. 
Wilson considérât toujours comme contradictoires 
deux régimes qui se complètent et se sous-entendent 
l'un l'autre ? Lo régime de la Société des nations est 
ina|MvtMablo sans le régime de l'équilibre, il n'y & 
pasdejustioeinternationale si l'un desplaideurs est plus 
fort que le tribunal et U maréchaussée qui le jugent. 
AutreoMnt, c'est comédie pure, et l'on fait juger le 
tigre ei le jaguar par le mouton et la colombe 
assistés du lapin et de la fourmi ! 

De même, il n'y a pas d'équité internationale sans 
indenuiités coinplètee allouées aux victimes de la 
guerre : mais en admettant qu'on tes ait allouées en 
théorie, oe qui n'« guère eu lieu, quelle espérance de 
lei percevoir sur U formidable agglomération de per- 
aonael et de matériel que représente l'Unité alle- 
mandfl7CoUe-ci paiera oequ'elle voudraet rien de plus, 
Le retour au particularisme allemand, faisait d'abord 
déclarer ■ biens sans maîtres > toutes tes propriétés 
de l'empire et fournissait ainsi le premier élément ma-" 
tériel de la satisfaction ; puis, rien qu'en divisant la 
difficulté, permettait le recouvrement des créances. 
C'était trop clair I On préférait l'obscurité et le trouble, 



198 IJE PRÉSIDENT WILSON 

l'illogisme et t'inoohérance I Ses priocipes philosophi- 
ques posés, ses buts moraux fixés, la politique de M. 
Wilson avait soin de s'en interdire les conséquen- 
ces et les moyens. Jamais la volonté de la justice, 
de la liberté et de la paix n'a été proclamée avec 
cette emphase; jamais la paix, la liberté et la justtce 
n'ont été plus cruellement démunies et sacrifiées. 

Dès lors, sur un seul point, d'intelligence pure, le 
Juste obtenait la satisfaction exigible : mais c'était 
aux dépens de M. Wilson. Pendant toute la der- 
nière période de son séjour à Paris, ce magistrat, 
monté si haut, fut dans l'obligation de redescendre un 
par un les degrés conquis. Son orgueilleuse confiance 
dans son étoile n'a servi de rien. On t'a vu tel qu'il 
était. Son insuffisance a reçu, elle a subi, mais n'a pu 
relever les défis de la conscience et de la raiaon. Lui 
si prompt à la controverse, il a baissé, puis amené 
le pavillon. Pria entre des doctrines revêtues de son 
nom et tes déductions justes qu'il ne pouvait ni admet- 
tre, ni contester, il s'est tu pitoyablement. Pour n'en 
citer qu'un exemple, le jour où il osa limiter et 
rogner de la façon la plus arbitraire nos gages sur 
nos débiteurs, agresseurs, envahisseurs et voleurs, 
on avait proposé & M. Wilson d'ajouter la signature 
de son pays au reliquat des pauvres garanties qu'il 
ne chicanait plus. Comme il tergiversait en silence, 
on lui dit ; — Ou, ces garanties étaient suffisantes : 
alors quel risque courez-vous en y joignant la vôtre? 
Ou vous voyez un risque, et c'est qu'alors elfes 
sont précaires : vous ne pouvez nous empêcher 
d'exiger nos garanties premières dans toute l'ampleur 



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ÉPILOGUE 193 

lègUime... InteHeotuellement, M. Wilson n'est pas 
sorti de là. Et personne n'en tàt sorti. Ea fait, s'il 
ne nous a pas rendu l'intégrité de nos gagea, et s'il a 
persisté à refuser de garantir la signature allemande, 
l'arbitraire, non la raison, la force, non le drojt, 
le silence, non la parole ni l'écrit, ontseuls gardé sa 
position. Il n'a pas répondu, et il ne l'a pas pu. ■ 

Quant à l'échappatoire d'une offre {acceptée, hélas! ) 
d'intervention anglo-américaine au cas oCi nous se- 
rions attaqués a sans provocation * par les Allemands, 
elle déplace la question sans la résoudre; il ne s'agis- 
sait nullement de prévoir une agression ou provoca- 
tion allemande, mais d'envisager le refus de l'Al- 
lemagne à tenir ses engagements et à payer ce 
qu'elle doit. M. Wilson a eu la chance de n'être pas 
solidement happé entre les deux branches de l'alter- • 
native. Nulle volonté énergique, nulle raison puissante 
n'a su l'obliger soit à briser son parli-pris d'amitié - 
germaine, soit à lier à notre fortune (inancière ses 
patrons et amis, les Juif.s allemands d'Amérique. 
Mais, en tirant sa politique de ce mauvais pas, il y a 
laissé son honneur intellectuel. 

Triste histoire en définitive que cette conférence 
ouverte par un professeur passé homme d'État et 
ajoutant à la magistrature politique une sorte de 
souveraineté morale et religieuse. Il était venu offrir 
au monde l'application du a jugement moral » aux 
affaires publiques ! Il ne s'était pas rembarqué que 
l'événement le forçait à se réfugier dans l'expression 
d'une volonté sans raison... 

Il n'était même plus possible de concevoir que cette 
volonté fût pure et que des intérêts inférieurs n'en 



194 LE PRÉSIDENT WILSON 

eussent |)a3 altéré le métal. Nous avons soupçonné. 
Puis nous avons appris. On finira bien par tirer au 
clair ce qui n'est presque plus un secret : l'influence 
décisive exercée sur M. Wilson pEtr un très petit 
nombre d'êtres humains, boursiers de profession, 
campés entre' Hambourg, Francfort et New-York. 

La raison sociale de ces louches intrigants .parmi 
les peuples alliés et associés s'appelait pour les 
profanes l'Association pour la Ligue des Nations 
libre». Elle avait son siège en Amérique et compre- 
nait, entre autres personnes, M. Félix Frankfurter, 
président du War Labor policies Board, le grand 
banquier Jacob H. SchifT, plus des Cohen, dès BIu- 
mt^ithal, des Chapiro.-sans oublier M"' Mary Sun- 
kovich. M. Wilson s'est brouillé depuis avec quelques 
membres influents de cette association d'idéologues 
financiers, sinon avec tous, mais il a commencé par 
les subir complètement*. On en connaît des témoi- 
gnages écrits : il n'est pas possible qu'ils ne soient 
pas révélés un jour, 

' Le monde entier saura que tel verdict condam- 
nant les Italiens, les Polonais et les Français a été 
prononcé par une poignée d'intellectuels peu éclairés, 
mais opulents, d'origine germano-juive pour la plu- 
part ; fin mai 1919, cet arrêt ayant été transmis pat 
câble à M. Wilson, il obéit de point en point. Pour- 
quoi ? Mystère, Ce qui est sûr, c'est que le libellé 
définitif du traité signé le mois suivant garde l'indé- 

1. Lee intérêts ethniques et financiers, les idées philoso- 
phiques et religieuses ou irréligieuses, onl-elles utilisé le lien 
el le véhicule de la Maçonnerie? Cela est vraisemblEtble. Voir 
le F.\ WilKon, gon œuore maçonnique, parleChan. Gaudeau. 



ÉPILOGUE. 195 

lébile cicatrice des coups ainsi portés aux alliés vâin- 
■ queurs sur l'atticle dés Réparatiorù, de la Sarre, de 
la Haute-SiUsie, de Fiume et de Dantzig. Ce tort 
fait à la paix du genre, humain comporte quelque 
chose de plus que l'humiliation de M. Wilson : il a 
signifié la faillite de l'esprit humain plié sous des 
forces d'intérêt -de parti, de confession, de race, 
soudées par les vertus de l'or- 

Apprenant en juillet ou en août suivant ce qui 
s'était passé entre M. Wilson et ses instigateurs 
secrets, un homme politique en deuil de bealicôup 
d'illusions se conte pta de répliquer avec son 
flegme : • 

— ^iors, tout s'explique. 

Cela s'explique, en effet, par le rythme de la domi- 
nation croissante d'une race agioteur et révolution- 
naire sur les peuples producteurs, conservateurs, 
civilisateiirs. Cela manifeste le triomphe de la" ri- - 
chesse sur la pensée etdu minéral sur l'humain. 
Mais, cette explication, la seule, n'étant pas très 
bonne à produire, M. Woodrow Wilson aima mieux 
renoncer à défendre aucune de ses c idées > contre 
la discussion et contre l'examen. M. Wilson se rési- 
gna à devenir une excellente machine & dire : Je veux 
ou ne veux pat. 

Déjà, quand il s'était permis d'adresser aux Ita- 
liens, par-dessus leur gouvernement, le message 
incorrect qui leur refusa Fiume, de mauvais applau- 
dissements avaient appris à l'univers que le pape 
puritain de. la Paix et de' la Justice avait < donné . 
un grand coup de poing sur la table > ; ces façons 
bismarckiennes firent désormais les délices de la.. 



196 LE PRÉSIDENT WILSON 

petite caitr de divagatears oontineatauz dont le 
président se vit'entouré*, les uns socialistes indé- - 
pendants comme l'ineffable Paul-Prudent Painlevé, 
les autres unifiés comme ce Paul Lévi, militant 
bolcheviste au Populaire et à l'Humanité sous le 
pseudonyme de « Phédon », directeur de la Revue 
Bleue sous le faux nom de Paul-Louis et, sous le 
voile du plus complet anonymat, directeur de tous 
les services de politique étrangère d'un grand journal 
républicain populaire comme le Petit Parisien. Cet 
entourage d'ennemis' publics plaidait à qui mieux 
mieux contre les intérêts vitaux des peuples martyrs. 
Ce plaidoyer prononcé en France donnait du cœur 
contre la France à H, Woodrow Wilson. Quant à la 
cause de l'esprit, du cœur, de lu logique et de la jus- 
tice, .il se cbargeait de la liquider tout seul — au 
profond désespoir de libéraux sincères qui se per- 
daient dans ces abîmes d'inconséquence ou de fai- 
blesse morale, navrés d'assister à, la démission de 
l'intelligence devant un consortium de complices et 
d'amis du peuple agresseur, ■ 

C'est en Amérique, naturellement, que la critique 
des vetos et des volos de M . Wilson atteignit au plus 
haut degré de lumière. Les libres esprits du Nets 

1. La camarilItL dénoncée en aoûl 1918 par Maurice Pujo 
dans l'Action, françaUe, était soupçonnée dès .janvier : voir 
les • IVaudeurs • dénoncés el signalés è. la page 155. Cette 
camarilla était toute formée k la veille de la première visite 
du Préaident Wilson. En étaient tous les » petits Français, » tous 
Jes partisans d'une plus petite France: voir VŒuere du 13 
décembre 1918 i > Pourquoi un Français doit- être wilaonieo, » 
article de ce malheureux Jean Hennessy. 



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EPILOGUE - 197 

■York Tn'bune en venaient à crier comme nous : b-Il 

NE PRÉPARE PAS LA PAIX, MAIS LA GUBBRB. > Là-ba8 

comme ici, tant d'actes qui ne furent ni réfléchis, ni 
justices, ni justiciables amenaient à poser la simple 
et grande question de fait, extérieure et supérieure 
à tous 4es systèmes : -r- Pouf maintenir actuellement 
la paix du monde, qu'est-ce qui sera pratique ? 
qu'est-ce qui sera efficace? Vous dilea : Vumié de 
tous les peuples dWmoHdé ? Mais comment la faire si 
l'agressivité allemande subsiste ? Si elle dispose de 
la puissance.? En maintenant la forle et turbulente 
Hnité allemande, comment maintiendr^-vous lafiaix 
à l'intérieur de la Société des Nations ? 

L'on mâchait et l'on remâchait ces grosses vérités 
pour les rendre plus clair€s et plus assimilables. Ce 
que nous avions été seuls i dire d'abord, tout le 
monde le répétait. On montrait que l'Xilemagne 
restée une serait forcément très puissante, et ne. 
saurait même pas résister aux tentations de cette 
. force. Comme à l'écolq du soir où vont les ouvriers 
■ incultes, comme à l'école mater'nelle où s'asseoient les 
tout petits enTants, on s'ingéniait â trouver des pa* 
rôles Jtour montrer à M. Wilson qu'il fallait toujours 
en revenir à poser la question de i'Étal geunain, la 
• question du Reich et de l*unité. Cela était murihuré, 
dit, crié sous vingt fornîes Etutour du tribynal de 
l'arbitre universel. Il était devenu uTuet. En fallait- 
il admettre la bizarre explication américaine d'après 
laquelle t/[, Wilson n'aurait été que le metteur en 
œuvre d'un roman d'idéologie politique publié en 
1912 BOUS un pseudonynxe p,ar le colonel House, 
son mentpr ^ Après avoir été, plus longtemps . ^t 



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198 .LE PRÉSIDENT WILSON 

plus loin qu'un duc de Bourgogne, le disciple - 
docile de ce Fénclon galonné, M. Wilsoii aurait-il 
fini par oublier sa leçon ? Alors pourquoi u'appre- 
nait-il pas la nôtre? Elle était nette, elle.était juste 
et humaine. ELle était la vraie. Il 'ne pouvait pas 
se défendre de voir et d'enten^Ire. Il était ^^olu à 
ne rien siVoir. _ 

Vertige d'aniour-propre I Devant la ( ^ble > de 
ses * Contradictions-» ' dreasée'pap l'inexorable évi- 
dence, il était fait < échec et mat > au point de s^ voir 
interdire de demander à e'éctajrcir pu, d'arliouler, 
parole libératrice, quelque simple et modeste : Je n» 
œynprends pas bien... Docteur de son métier, mais, 
par intérêt de carrière, retranché des communi- 
■ cations normales avec le réel, philosophe déchu réa- 
lisanten perfection- ce type (si commun) de l'ancien 
intellectuel, plus implacable que les ptus durs prati- 
.cienS envers les pauvres idées pures qui n'ont, pour 
se défraidre, ni sabre, ni boiirse, ni-corps, M. Woo- 
drow Wilson s'flnfonça avec un entêtement farouche 
dans l'activité silencieuse et brutale : incapable de mo- ■ 
tjver les décisions qui troublaient l'Europe; il ne 
les mettait pas moins en vigueur dans la mesure de 
ses mojéns. Meurtries et spoliées, les natioiis 
avaient la ressource de retourner- contré laipuraillê . 
tous les portraits du faux libérateur qui, l'année 
précédente, faisaient le naïf ' ornement de tant de 
chaumières et de palais. Mais cette .explosion de senti- 
ments de regret n'arrangeait rieo..Qu'imgortart que 
le désappointement universel trouv&t sa voie dans la 

*1. M. Maurice Muret [Gaiette de LaiManne^. 



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. ÉPILOGUE , 1119 

risée ou l'ironie, devenus les masques décents de l'in; 
dtgnation? "Ce que détruisait M. Wilson était bien 
détruit. Ce à quoi il interdisait l'être ne naîtrait point. 
La plus juste satire n'avait rien de réparateur. 
L'amitié non plus ne pouvait être répsiratrice ! Je 
Bonge à tant d'Américains -loyaux et ûdètes, géné- 
reusement perspicaces. Je songe à ceuf qui écri- 
vaient au New-York Herald en faveur de la part de 
notre combattant <, je songe aux écrivain? qui 
avaient af)erçu et annoncé aussi bienqueM. W.Mor- 
ton Fullerton, cette * course à, l'abîme •_ dont nous 
étions finalement les premières, mais non les der- 
nière» victimes. Je veux*aussi songer au sénateur 
Lodge, à tous ceux du parti républicain opposant 
qui réclamaient contre le scandale en laveur de la 
justice, en notre faveur; mais ce retour sur d'heu- 
reux sujets particuliers ne faisait pas que nous ne fus- 
sions d^çuB et volis. La plu» substantielle des ponso- 

1 La Cour suprême des 'Élats-Unis ayant confirmé le juge» 
ment qui octroyait 30.000 dollara.à Ji^mea Longacre, dont' le . 
pied avait été coupé par un tramway, un Américain de Paris 
écrivait au Neio-York Herald ; 

• Si la Cour suprSme dea États-Unis admet que le^pied d'un 
citoyen américain vaut 30.000 dollars, comment Us délégué^ 
américains de la Conférence de la Faix pourraient-ils trouver 
exorbitantes les exigences de la France qui estime la »ie d'un 
soldat français à 10.000 ou mémo SO.OOO dollars î • (Hélas I cette 
estimation idéale n'avait mÈme flas été failç.) ' 

■i*En ces temps où certains intéi-éts ftnanciers bochophiles 
essaient d'influencer les- délégués de la Conférence de la Paix 
pour ne pas • ruiner » cette pauvre Allemagne, y aurait-il un 
être assez borné pour croire qu'une nation actuellement com- 
posée de plus de 60 millions d'habitants, et qui dans un demi- 
siècle en aura 200 millions, ne pourra*, dans cet espace de - 
temps, payer, disons 200 milliards de francs à la France, • 

Marques d'amitié qui sont inoubliables de peuple à peuple. 



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200 4..K PRÉSIDENT WILSON 

lations entre Français consistait désormais à re'îjieillir 
dans la mémoire de leurs yeux et de leur cœur la 
honteuse violence avec laquelle la machine wilso- 
nienne osait passer sur le corps de la vérité, toute 
raison, toute lumière étant comptées pour rien ! 
M. \Vil3on tenait la placé. Il occiipait le clavier du 
dactylographe. Tout se brisait Qontre ce fait de pus-' 
session et d'occupation, expression pufe et simple 
d'un pouvoir matériel supérieur aur opérations de 
l'esprit, simple signe sensible et hélas ! décisif des 
canons, desr vaisseaux, des dollars et des régiments. 
Quelque falsification qu'ait subie l'histoire des 
peuples passés, je défie de trouver l'exemple «d'une 
plus complète occlusion aux forces de l'esprit chez 
aucun des magistrats qui autrefois s'offrirent pour 
prétresde l'Esprit comme l'a fait M. Wilson. Les tyran- 
neaux antiques n'étaient pas professeurs de droit. Ils 
avaient cette loyauté de voiler tes imagesde la Jjistice : 

■ c'est à son autel que le Juste .est égorgé ici. 

Rien de pareil nonj>lus dans la a nuit > du plus into- 
lérant moyen âge. Personne n'y a fait cela. Nul pape. 
Nul concile. En admettant que le spirituel ait pu être 
entraîné' à des pressions temporelles excessives, le 
fameux recours au bl-as séculier fut entourage cidres 
et puissantes opérations de l'esprit. C'est ici très 
exactement le'cçntraire. ^a puissance est dans les 
canons. La loyauté, d'ailleurs incontestable, dAns 
les dollars. Dollars et canons' étant en mesure 
d'étouffer le moindre murmure hostile à leur avis, 
le trait de plume wilsonien dévasta le monde en 
toute candeur. Il y donna force de loi à ce système 

_t[ui fait de lui le vrai père de la vie chère et de 



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ÉPILOGUE 201 

toutes nus crises économiques : l'agresseur vaincu 
^era déclaré insolvable et inviolable, la créance de 
l'assailli victorieux sera frappée de caducité de sorte 
qu'il périsse sous l'énorme fardeau de tous les frais de 
la victoire I Ne pas faire payer les frais de la guerre 
au criminel enfin désarmé devait en centupler la 
charge pour le juste vainqueur. Quelle extravagance 
philosophique I Elle oomgorte un criant abus de pou- 
voir en faveur de l'Allemagne et' elle est doublée d'un 
tel coup de force contre la coiliiance et contre l'amitié 
que, bientôt, les représentants de la culture et de la 
sciencei américaine, craignant d'avoir à en rougir jus- 
qu'à la' racine des cheveux, prendront nécessairement 
le seul parti honorable : notre parti. Ils conviendront 
de déGnir l'idéalisme wîlsonien comme la raison du 
plus fort et du moins éclairé. Ces Américains intègres 
et libres se demanderont ce qu'un Guillaume de Hohen> 
zollern eût tenté ou rèyé de pire. Le monde entier 
leur répondra t Mais rien du tout ! 

La presse wîlsdnienne qui* fonctionne en Europe 
a-t-elle pressenti ces menaces de l'avenir? l'our les 
détourner ou poui* les braver, elle a eu l'art d'ajouter 
à son rjdiqile tragique un élément de haine qui 
achève de la peindre, elle et son chef. 

Quand nous disions à cette ^ecte qu'il n'y a pas de 
Société des Nations posâible sur l'ancien continent si 
• les compOKanU trop inégaux disposent de forces dis- 
proportionnéet et que, masSé au centre de l'Europe, 
entraîné aux armes, le Beich uni menacerait dan- 
gereusement tous les autreig peuples divisés par 
d'inévitables rivalités d'intérêts ; lorsque nous répé- 



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201 « LE PRÉSIDENT WILSON 

sénateur français. Notre planète retentit de l'erreur 
criminelle commise par M. Wilson. Le silence forcé 
de celui-ci avoue. 

Quand donc se produira, comme une sorte de con- 
damnation à terme, la vérilîcation de nos claires cri- 
tiques ou de nos douloureuse» alarmes et lorsque, 
suite naturelle de Id paix wilsonieone,' la guerre 
wilsonienne, aura éclaté sur la tête innocente de la 
France, de l'Italie, de la Belgique, de la Rouniaaie 
ou des Britanniques, il y a des Français que je con- 
nais et dont nous serons, qui ne manqueront pas 
d'accomplir le funèbre pèlerinage dont en juin 1919 
ils ont fait vœu'et serment : ils se rendront au cime- 
tière de Suresnes, à la place où, hélàs ! par cen- 
taines, reposent les soldats d'Amérique tombés pour 
une paix de justice et d'honneur. Au lieu fatal où le 
Président répandit sa libation de fausses paroles, 
nous reviendrons prendre ces héros à témoin des 
avertissements qui lui furent donnés, des calculs trop 
certains qui lui furent communiqués et de toutes les 
prévisions trop claires que l'orgueil ignorant méprisa 
et foula aux pieds : * 

— Camarades, ô camarades, c'est le règne de sa 
folie qui fait" rouler sur nous la nouvelle vague de , 

^ sang ! Camarades, ô camar^deSj'fauchés pour le règne 
de la justice, de la paix et de la raison, voyez l'effet 

-de l'œuvre de ce président de malheur. Quelle « va- 
leur » ! Quelle • prudence »! Ah I surtout, quelle 
« prévision » 1 

FIN 



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TABLE DES MATIÈRES 



PREMIÈRE PARTIE 

LA NEUTRALITÉ 



i IMPARTIAL (12 avril 1915) 

Les idéals 

Au grand tribunal (fe l'opinion du monde. . 
Ni VAINQUEURS NI VAINCUS (24 janvier 1917). . . 

Souvenir singulier 

La morale utilisée .' 

Les intérêts et lei principes ........ 

•I Je n'ai pas confiance » 

De Le Chapelier en Wilson 

Idëausmes danoereuk (38 janvier 1917) 

Les Français ne varient pas 

Celui qui a changé 

Kant et m. Wilson (16 février 19K). ...... 

Moralistes libéraux 

Le kantisme wilsonien 

Le réel et l'idéal 

Oppositions de mots 

L'erreur vérifiée 

Le mauvais signe 

Le PACIFISME KANTIEN CONTRE LAPAix(19févrierl917) 

L'ignorance utile 

Les fabUs utiles 



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TABLE DES MATIÈRES 



DGUXlèUE PARTIS 



L'INTERVENTION 



M. WiLSON RBCOURT AUX ARMES (7 avril 1917). . 
L'autocratb d'ootre-mer (9 et 10 avril 1917), . 

Un président démocratique 

Ailemagne, Amérique et Angleterre vraies. 

Pour que iea Français voient 

Le pouvoir personnel élu 

Le contact des réalités (16 juin 1917) 

M. Wilaon et l'Allemagne 

Le géjint et les nains 

Le Message a M. Goupers (5 septembre 1917). 

DéiDocratie et organisation sociale 

L'ordre du jour des chenlinots 

Un bon portrait de M. Wilson (10 décembre 1917). 

Inventions et expériences coûteuses .... 

Un homme et'un état 

Valeur du formulaire wilbonien (10 mars 1918) 

En France et hors de France 

La paix par la victoire {16 juin 1918) 

La tradition américaine (b juillet 1918) 

Une ode au passe et aux morts 

Trois contrastes 

Nos trois principes 

La révolution américaine et la nétre. . . . 

Politique et morale 

Le gouvernement personnel de M. Wilson. 
Les progrès de M. Wilson (4 août 1918). . . . 

Intelligence, volonté 

, M. Wilson soldat do droit (28 septembre 1918) 
Risques de ouerre et société des nations (27 oc- 
tobre 1918). .- . . , 

La pensée américaine 



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TABLE DES MATIÈRES 
TROISIÈHE P&KTIE 

L'ARMISTICE 



Au KAiT PAR LE DROIT (25 novembre 1918). . . . 
I^ Belgique et le wilsonismb (6 décembre 1918) 

Wilsonisnie ou' anti-wilsoniame î 

Société des nations «ou » politique d'équilibre 
' (7 décembre 1918). w 

M. Wilson devant les faits 

M. Wilsoa contra les hommes de désordre. 
Il faut expliquer M. Wilson a l4 France (8 dé- 
cembre 1918) 

La patrie et la nation des Américains . . . 

Morale et religion américaines. ...... 

Il faut expliquer la France a M. Wilson (9 dé- 
cembre 1918) 

Nos hommes* malades 

Sachons causer avec M. Wilson 

M. Wilson et le Pape (10 décembre 1918) . . . 

Concurrence ou complément ? 

Utilité de la visite 

A J>ARis (15 décembre 1918) 

M, Wiîson et M: Poinca'ré 

Guerre et démocratie 

PoLiTiQOK ïT MORALE (16 décembre 1918) .- . . . 

A l'église 

Pour et contre les quatorze articles (17 dé- 
cembre 1918). . . . _ 

Passions, intérêts, 'religions 

Médecinp chinoise ; 

Le monde vu de Londres par un houue moral 
(29 décembre 19fS) 

L'âme du wilsoaiame 

Le wilsonisme religieux . '. 



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